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18 mai 2012

Pauvreté, immigration, assistanat, fraude... : cassons les idées reçues

Malgré la victoire de François Hollance, force est de constater que près d'un électeur sur deux a voté au second tour de l'élection présidentielle pour Nicolas Sarkozy. Cela signifie qu'ils partagent, à des degrés divers, ses prises de position sur l'assistanat (le cancer de la société française selon Laurent Wauquiez du courant de la droite "sociale"), l'omniprésence de la fraude sociale, la trop grande générosité de nos minima sociaux, le "vrai" travail, l'idée de référendum sur l'indemnisation des chômeurs, et peut-être ses incursions en terre FN quant à l'immigration...Il est donc important de mettre en face de ces idées reçues, de ce soi-disant "bon sens", des données chiffrées pour montrer leur inexactitude et leur caractère délétère.


Ce document, réalisé par ATD Quart Monde y contribue...


Travail réalisé par ATD Quart Monde et la MRIE, Mission Régionale d'Information sur l'Exclusion en Rhône-Alpes.

Mouvement ATD (Agir Tous pour la Dignité) Quart Monde France www.atd-quartmonde.fr/ideesrecues

 

Beaucoup de choses fausses sont dites sur l'assistanat, la fraude sociale, les étrangers qui coûteraient cher à la France... Elles installent une réthorique qui risque de marquer les esprits pour longtemps. Nous vous invitons à déconstruire ces contre-vérités en prenant connaissance de ce document et en le diffusant largement autour de vous.

 

Non, les pauvres ne sont pas des assistés

Aujourd'hui, tout le monde ne parvient pas à trouver du travail. Il y a entre trois et cinq millions de chômeurs en 2012 en France, selon la catégorie considérée. Il y a 8,7% de chômage chez les 16-25 ans ayant bac+2, et 35% chez les non-diplômés (voir http://bit.ly/JFSmCE page 36-37). Le taux de chômage des 15-29 ans est en 2009 de 29,5% en zone urbaine sensible et de 16,9% en moyenne nationale (source DARES, Analyses, 2010, n°072).

 

64% des chômeurs interrogés dans huit pays européens déclarent qu'ils veulent retrouver un emploi, même si cela ne leur procure pas un gain financier, alors que seuls 48% des personnes déjà en emploi déclarent vouloir conserver leur travail dans une telle situation (source : étude Duncan Gallie en 1999 http://bit.ly/wYVO4W ).

 

L'enquête « L'influence des incitations financières sur le retour à l'emploi des bénéficiaires de minima sociaux » menée en 2009 par la Direction Générale du Trésor montre que la valeur accordée au travail et la volonté d'assurer le meilleur avenir possible aux siens conduisent la plupart des bénéficiaires à accepter la reprise d'un emploi, même sans gain financier immédiat (http://bit.ly/ADZjZG ). Les principaux freins évoqués pour la reprise d'un travail sont le manque d'emplois, de moyens de transport, de formations adaptées, de modes de garde accessibles, etc. De plus, certaines personnes restées depuis longtemps sans travail ont besoin d'être particulièrement soutenues pour revenir à l'emploi.

 

D'autre part, l'accompagnement des chercheurs d'emploi n'est pas à la mesure des besoins. Le nombre moyen de demandeurs d'emploi suivis par conseiller de Pôle Emploi était de 85 fin 2008, 95 en 2009, puis 105,8 fin décembre 2010. Le Sénat estime qu'il faut se rapprocher de 60 (rapport du Sénat 2011 http://bit.ly/IcJoxd )

 

Non, les pauvres ne sont pas des fraudeurs

La fraude aux prestations sociales est évaluée à environ 3 milliards € et concernerait 1% des particuliers (source Cour des comptes, http://bit.ly/pszAmR ). NB : dans ces 3 milliards figure une part de fraude due aux médecins qui font des dépassements d'honoraires. 90% de ces 3 milliards sont récupérés. La CNAF estime le taux de fraude à 0,46% pour les prestations familiales, 3,1% pour l'API (Allocation Parent Isolé), 3,6% pour le RMI-RSA (source : AFP, 29 avril 2010). C'est à comparer avec la fraude aux prélèvements sociaux dûe aux entreprises, évaluée à entre 8 et 12 Milliards € et qui concernerait 10% des entreprises (source Conseil des prélèvements obligatoires en 2007), et avec la fraude fiscale, évaluée à entre 20 et 25 Milliards € par le Conseil des prélèvements obligatoires en 2007, ou 30 Milliards € par la Direction du Budget, ou encore 50 Milliards € par la Commission Européenne.

 

Non, une famille au RSA ne s’en sort pas mieux qu’une famille percevant le SMIC

 

Exemple d'un couple locataire en Île-de-France :

 
 20120512 - Idées reçues.JPG

Non, la France ne distribue pas des minima sociaux trop élevés

La France est dans la moyenne européenne. Le montant des minima sociaux pour une famille de deux enfants s'y élève à 72% du seuil de pauvreté à 60% du revenu médian, alors qu'il est en moyenne de 76% dans l'Union Européenne (source OCDE, cité dans la revue Études et résultats de la DRESS du ministère de l'Emploi, n°464, février 2006).

 

Par ailleurs, le montant des minima sociaux (RSA, AAH) ne connaît pas la même progression que l'ensemble des revenus. En 1988, le Revenu Minimum d'Insertion équivalait à 50% du SMIC. En 2012, le RSA socle est à 42% : soit 474,93 € pour une personne seule.

 

Non, les pauvres ne font pas des enfants pour toucher des allocations

Une famille proche du seuil de pauvreté s'appauvrit encore plus lorsqu'elle s'agrandit.

 

Par exemple, le seuil de pauvreté pour une famille de deux enfants est 2003 € mensuels (soit 954 € seuil de pauvreté à 60% du revenu médian x (1+0,5+0,3+0,3)). Supposons que cette famille ait 2100 € de revenus (y compris allocations familiales). Elle se situe juste au-dessus du seuil de pauvreté. Si un nouvel enfant survient, son seuil de pauvreté deviendra 954 € x (1+0,5+0,3+0,3+0,3) = 2290 €. Ses revenus seront augmentés de 161 € d'allocations familiales, soit 2261 €. Elle passera alors sous le seuil de pauvreté. Pour tout nouvel enfant, le revenu de la famille (en l'absence d'autre variation de revenu) s'élèvera de 161 € d'allocations familiales, et son seuil de pauvreté s'élèvera de 0,3x954 € soit 286 €. C'est ainsi que l'on décourage les familles pauvres d'avoir des enfants…


Non, les gens ne font pas tout pour toucher un maximum d’aides

La moitié des personnes éligibles au RSA n'en fait pas la demande (source Odenore http://bit.ly/zfPwiI ). Au 31 décembre 2010, une étude du Fonds CMU estimait que le nombre de personnes n'ayant pas recours à la CMU-C (couverture maladie universelle complémentaire) était de plus de 20%.

Les raisons : la volonté de ne pas dépendre de l'aide publique, la complexité des démarches, le manque d'information, le souhait de ne pas être contrôlé...

 

 

Non, l’immigration ne coûte pas cher à la France. Elle l’enrichit au contraire

L'immigration coûte chaque année 48 milliard d'euros à la France en prestations sociales, mais elle rapporte 60 milliards d'euros en impôts et cotisations sociales (source ministère de la Santé et des affaires sociales et étude de l'université de Lille-II de juillet 2010, voir http://bit.ly/Ifs8Zo ). La population immigrée est en moyenne plus jeune et en bonne santé que les autres habitants de la France. Or dans les prestations sociales la maladie pèse

47% et la retraite 31% (les autres dépenses étant les allocations chômage, le RSA, les allocations logement et les allocations familiales). La population immigrée est donc une chance pour aider au paiement de nos retraites. En moyenne, la contribution nette de chaque immigré (différence entre ce qu'il verse et ce qu'il reçoit en impôts et cotisations sociales) est de l'ordre de 1500 € par an. Voir "Migrations et protection sociale : étude sur les liens et les impacts de court et long terme" (ministère de l'Emploi, 2010, http://bit.ly/wo0Jxt ), ainsi que www.teloseu.com/fr/article/immigration-combien-ca-coute  ("En l'absence de l'immigration, le besoin de financement de la protection sociale en France augmenterait de 2 points de Produit Intérieur Brut)". Bien sûr, l'apport de l'immigration à notre pays ne se limite pas à cet aspect comptable. Il est aussi et surtout humain, culturel, scientifique, artistique, etc.

 

Non, la population d’étrangers n’augmente pas d’année en année en France

Leur part dans la population était de 6% en 1926, 6,3% en 1990 et 5,8% en 2008 (Insee http://bit.ly/e9LFc )

 

Non, les étrangers ne prennent pas d’emplois aux Français

Globalement, la présence des populations de nationalité étrangère en France crée de la richesse et donc de l'emploi, grâce à l'apport de consommation, d'impôts et de cotisations. Les étrangers sont aussi consommateurs, ils créent une demande supplémentaire et des emplois.

 

Les études montrent que les migrants arrivant créent leurs propres emplois. « En imaginant une augmentation de 10% du flux d'immigration au Royaume-Uni en 2007, le taux de chômage n'augmenterait alors que de 0,01 point au bout de 13 ans. » (http://bit.ly/Ifs8Zo )

 

 

Non, la France n’est pas un des pays d’Europe qui accueillent le plus d’immigrés

 « Avec un taux d'accroissement naturel de 4 pour 1000 et un taux d'accroissement migratoire de 1 pour 1000, la France est le pays d'Europe dont la croissance démographique annuelle dépend le moins de l'immigration » (tableau 2 page 2 du document « Cinq idées reçues sur l'immigration », source INED pour l'année 2001). En 2010, la part des personnes immigrées sur la population totale s'élevait à : Autriche (16 %), Suède (14 %), Espagne (14 %), États-Unis (13 %), Allemagne (13 %), France (11 %)5, Pays-Bas (10 %), Royaume-Uni (10 %), Belgique (9 %), Italie (7 %) (source INED, http://bit.ly/hK5Qrp ).

 

Non, les familles étrangères ne font pas beaucoup plus d’enfants

 « Dans la période 1991-1998, le nombre moyen d'enfants par femme était de 1,65 pour les seules françaises natives. Les femmes immigrées avaient en moyenne 2,2 enfants (« Cinq idées reçues sur l'immigration », INED, 2004)

 

Non, la France n’accueille pas toute la misère du monde

« Dans l'ensemble, les migrants représentent par rapport aux non-migrants de la société d'origine une population sélectionnée : en meilleure santé, plus instruite, plus entreprenante, dotée d'un minimum de ressources » (« Cinq idées reçues... », INED, 2004). La part des immigrés diplômés de l'enseignement supérieur est passée de 12 à 25% entre 1990 et 2007. La moyenne nationale est de 29% (Insee et http://bit.ly/Ifs8Zo ).


Non, les étrangers ne peuvent pas profiter facilement des minima sociaux

Il faut être en possession d'un titre de séjour et d'une carte de travail depuis au moins cinq ans pour bénéficier du Revenu de Solidarité Active (RSA) si l'on est natif d'un pays extérieur à l'Union européenne.

 

Non, les étrangers n’augmentent pas la délinquance

12,7% du nombre de condamnés sont étrangers (source : ministère de la Justice), alors qu'ils représentent 8% de la population de la France. L'écart n'est pas si important que veulent le faire croire certains hommes politiques.

 

Non, les enfants d’immigrés ne sont pas plus en échec scolaires que les autres

C'est la pauvreté qui est la plus grande cause d'échec scolaire et non pas l'immigration. À niveau social égal, les descendants d'immigrés ne sont pas plus touchés par l'échec scolaire que le reste de la population (source Conseil Économique, Social et Environnemental - CESE).

 

Non, dans les familles pauvres, les parents ne sont pas démissionnaires

Les parents défavorisés ont souvent peur de l'école car ils sont marqués par leur échec d'enfant. Par ailleurs, 80% des mères non-diplômées s'estiment dépassées pour aider leurs enfants études au collège, contre 26% seulement des mères diplômées (source INSEE, « L'aide aux devoirs apportée par les parents », 2004). Mais le lien entre pauvreté et échec scolaire n'est pas fatal : il est moins fort qu'en France dans d'autres pays développés, et très faible au Canada, en Finlande, au Japon ou en Chine (source étude PISA).

 

Non, ce n’est pas parce qu’ils ne travaillent pas que les enfants de pauvres réussissent moins bien à l’éocle

Les causes sont plus complexes. Par exemple, « le niveau de diplôme des parents (particulièrement celui de la mère) et, de manière plus globale, les possibilités d'encadrement de la scolarité par les familles revêtent une importance au moins aussi grande que leur situation socio-économique » (rapport CESE).

 

Non, les pauvres ne se complaisent pas dans leur situation

Personne n'accepte de vivre dans la misère. La distinction entre « bons pauvres » et « mauvais pauvres » traverse toute l'histoire de la pauvreté (cf. les ouvrages de Paul Christophe sur le sujet). Cette distinction est surtout le reflet du manque de volonté politique de s'attaquer vraiment à la pauvreté. C'est plus facile de s'attaquer aux pauvres.

 

Non, les pauvres ne sont pas exemptés d’impôts

Les plus pauvres peuvent parfois se faire exonérer de charges et d'impôts, mais il faut effectuer beaucoup de démarches avant d'obtenir ces exonérations et il faut les renouveler régulièrement. Globalement, le taux moyen d'imposition (impôts directs et indirects) des 10% les moins riches est d'environ 40%, celui des 0,1% les plus riches d'environ 37%, et celui des revenus moyens de 45 à 48% (source : calculs effectués par les économistes Saez, Landais et Piketty à partir des données INSEE). NB : pour les plus hauts revenus, les taux réels d'imposition sont souvent très inférieurs aux taux affichés, à cause des niches fiscales. Grâce à elles, une partie des plus hauts revenus échappe à une part de l'imposition. La Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) représente la moitié des recettes de l'État et les pauvres la paient comme tout le monde sur chaque produit ou service qu'ils consomment.

 

Non, l’école ne réduit pas les inégalités. Elle les amplifie au contraire

En France, l'impact du milieu social sur la réussite ou l'échec scolaire est plus grand que dans beaucoup d'autres pays, et il grandit au fil des années. En 2009, plus de 75% des élèves dont les parents sont cadres ou professions intellectuelles ont obtenu le bac général, contre 33% pour les enfants d'ouvriers et 41% des enfants d'inactifs (rapport CESE sur les inégalités à l'école) ; le pourcentage de variation de performance des élèves, en lecture expliqué par le milieu socio économique est de 17% pour la France bien au dessus de la moyenne de l'OCDE (14%), le double de la Finlande du Canada ou du Japon (rapport CESE).

 

Non, les Roms ne sont ni des fainéants, ni des fraudeurs, ni des tricheurs

Tout est fait en France pour que les Roms de Roumanie et de Bulgarie n'aient pas le droit de travailler : une « période transitoire » les empêche d'avoir les mêmes droits que les autres européens avant fin 2013. Pour travailler, ils doivent disposer d'une autorisation de travail. Les délais d'obtention sont de 3 à 6 mois à partir d'une promesse d'embauche à temps plein. Le plus souvent, l'employeur (qui doit en plus payer la taxe dûe à l'OFII – Office Français pour l'Immigration et l'Intégration – pour l'embauche d'un étranger) ne peut attendre la réponse et embauche quelqu'un d'autre. Le 26 octobre 2009, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (HALDE) a demandé au gouvernement qu'il mette fin à cette période transitoire, ainsi que la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme (CNCDH), dans un avis adopté le 22 mars 2012.

16 mai 2012

Non à l’austérité en Europe, non au Pacte budgétaire !

Non à l’austérité en Europe, non au Pacte budgétaire !


Le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique rassemble une trentaine d’organisations du mouvement social[1]. Son objectif est d’ouvrir le débat sur les vraies alternatives à la crise de la dette pour sortir de la pensée unique de la rigueur budgétaire en France comme en Europe.
 
Fort des 60000 signatures de son 
appel constitutif, et de plus d’une centaine de collectifs unitaires locaux, le Collectif lance une vaste campagne d’éducation populaire sur le nouveau traité européen, le Pacte budgétaire, sur la base d’un document d’explication disponible en ligne (cliquez ici).
 
Quelle que soit l’issue du scrutin présidentiel, le mouvement social doit faire pression pour que ce traité d’austérité soit rejeté. L’ajout d’un volet de croissance, appelé des vœux de M.Hollande, ne sera d’aucune utilité sans le rejet des dispositifs coercitifs et technocratiques qui visent à imposer de force l’austérité en Europe.
 
Partout en Europe, les peuples se lèvent contre ces politiques injustes qui plongent l’Europe dans la crise. Les dirigeants européens ne peuvent pas continuer à bafouer leurs droits démocratiques et sociaux !
 
Le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique,
Le 4 avril 2012

 
[1] Voici les organisations signataires de l’appel constitutif du Collectif pour un audit citoyen de la dette publique :
 
Membres du collectif
 : Act Up-Paris, Agir ensemble contre le chômage (AC!), AITEC, Amis de la Terre, Attac, CADTM, CEDETIM, Collectif National pour les Droits des Femmes, Collectif Richesse, Confédération CGT, Convergence SP, Coopérative DHR, Economistes Atterrés, Emmaüs International, Fakir, Fédération Syndicale Unitaire, Finances CGT, Fondation Copernic, Indecosa-CGT, L’Appel des Appels, Ligue des Droits de l’Homme, Marches Européennes, Marche Mondiale des Femmes France, Mouvement Utopia, Réseau Education Populaire, Résistance Sociale, SNESUP, Sud BPCE, Union SNUI-SUD Trésor Solidaires, Union syndicale Solidaires.
 
En soutien : Alliance Ecologiste Indépendante, Alternatifs, Association Nationale des Élus Communistes et Républicains, Démocratie & socialisme, Europe Ecologie Les Verts, FASE, Gauche Anticapitaliste, Gauche Unitaire, M’PEP, NPA, Parti Communiste Français, PCOF, Parti de Gauche, Parti pour la décroissance

14 mai 2012

Faut-il baisser les salaires pour faire gagner de la compétitivité aux pays de la zone euro en difficulté ?

Article paru sur le blog de Christian Chavagneux

 

Très intéressante petite synthèse de Patrick Artus de Natixis qui montre l’inefficacité des politiques de « dévaluation interne » (baisses de salaires) censées redonner de la compétitivité à la Grèce, au Portugal, etc. Leur seul résultat est de tuer la demande interne.


La crise des dettes publiques a souligné l’hétérogénéité des pays de la zone euro, ceux du Sud de la zone affichant des déficits extérieurs, et donc des besoins de financement, importants. C’est pourquoi il leur est demandé aujourd’hui par les instances européennes de diminuer leurs salaires afin de regagner en compétitivité. Et les salaires baissent effectivement. Mais quel en est le résultat macroéconomique ?


Les économies y gagnent en compétitivité si elles avaient auparavant un problème de compétitivité prix. Celui est souvent diagnostiqué par le fait que pour un coût salarial unitaire de 100 en 1999 (au moment de la création de l’euro), il se situe à un peu moins de 110 en Allemagne et autour de 135-140 pour l’Espagne, la Grèce, l’Italie et le Portugal. Sauf que, partant de niveaux bien plus faibles que celui de l’Allemagne en 1999, même avec une progression rapide, ils restent inférieurs au coût allemand (28,80 dollars par heure dans l’industrie, cotisations sociales comprises en Espagne, contre 43,9 en Allemagne et d’ailleurs 45,3 en France pas vraiment plus chère, mais c’est un autre débat).
D’après les calculs d’Artus, seule l’Italie a un problème de prix qui se lit dans le fait qu’elle est le pays qui a le plus perdu de parts de marché à l’exportation.


Mais, peu importe, même dans les pays où le prix des exportations n’est pas un problème, une baisse des coûts ne peut pas faire de mal et aider à soutenir la croissance ? Non, répond Patrick Artus. Dans les quatre pays en difficulté, la baisse des salaires a amélioré la profitabilité des entreprises mais sans effet favorable sur la compétitivité et sur l’investissement. En fait, l’effet direct de ces baisses de salaire est de tuer la demande des ménages et donc de ne pas inciter les entreprises à investir, le tout plombant la demande interne dans des pays où la politique budgétaire est déjà orientée du côté de l’extrême rigueur.


Bref, en contribuant aux forces déflationnistes, ces politiques aggravent les problèmes de dette publique de ces pays et nourrissent les tensions dans la zone euro. Il ne faut pas chercher plus loin la raison pour laquelle après l’Espagne, l’Italie a annoncé qu’il lui faudrait plus de temps que prévu pour maîtriser son déficit budgétaire. Sans soutien à l’activité, l’Europe ne s’en sortira pas.

12 mai 2012

L'Observateur des inégalités, n°96, mai 2012

La pauvreté selon l’âge

Enfants et adolescents représentent 1,5 million de pauvres au seuil de 50 %, soit plus du tiers du total. De 0 à 29 ans, le part de personnes pauvres est de l’ordre de 10 %.

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Les minima sociaux en France

Près de 3,6 millions de personnes sont allocataires de minima sociaux, mais un peu plus de 6 millions de personnes au total en vivent...

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Le taux de chômage selon le diplôme

Le taux de chômage des non diplômés est près de trois fois supérieur à celui des diplômés d’études supérieures. Le diplôme est plus que jamais un atout pour accéder à l’emploi.

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Le taux de chômage selon la catégorie sociale

13,5 % des ouvriers sont au chômage contre 4 % des cadres supérieurs.

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Le taux de chômage selon le sexe et l’âge

17,2 % des actifs de moins de 29 ans sont au chômage contre 6,8 % des 40-49 ans.

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Qui sont les pauvres en France ?

En France, la population pauvre est d’abord jeune et peu qualifiée. Le risque de pauvreté est très inégal selon les populations.

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"Faire payer les riches" : un consensus démagogique

La France, comme la plupart des pays riches, va devoir augmenter fortement les impôts. Pas uniquement sur les "super-riches", contrairement à une idée en vogue. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

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Inégalités : les 10 indicateurs clés

Comment évoluent les inégalités ? 10 indicateurs les plus pertinents pour aller à l’essentiel. Par Noam Leandri et Louis Maurin, de l’Observatoire des inégalités.

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Inégalités : les dix dossiers du futur président de la République

L’élection présidentielle est l’occasion d’établir une feuille de route pour l’avenir. Les inégalités figurent en tête des priorités des électeurs. Noam Leandri, président de l’Observatoire des inégalités présente les dix principaux dossiers qui seront sur la table du futur chef de l’Etat.

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Les assistés de la France d’en haut sont-ils "intouchables" ?

Les plus favorisés sont aussi assistés que les autres. La leçon d’assistanat donnée à la France d’en-bas est moralement inacceptable et politiquement risquée. Un point de vue de Noam Leandri et Louis Maurin, de l’Observatoire des inégalités.

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Réduction de la pauvreté des enfants : comparaisons internationales

La plupart des pays riches font face à une augmentation de la pauvreté chez les enfants. Etat des lieux des politiques destinées à combattre ce phénomène, extrait de Politiques sociales et familiales.

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11 avril 2012

L’Europe, malade de l’austérité

Artile paru sur ContreInfo

 

« De quoi souffre l ’Europe ? En vérité, le problème est essentiellement monétaire. En introduisant une monnaie unique sans disposer des institutions nécessaires pour lui permettre de fonctionner, l’Europe a en fait recréé les vices de l’étalon-or - vices qui ont joué un rôle majeur dans l’apparition et la prolongation de la Grande Dépression. » Le prix Nobel Paul Krugman met en garde ses compatriotes contre les politiques « cruelles et destructrices » appliquées en Europe.


Par Paul Krugman, New York Times, 26 février 2012


Lisbonne - La situation est ici dramatique, avec un taux de chômage qui s’est envolé au-delà de 13%. C’est encore pire en Grèce, en Irlande, et sans doute en Espagne. L’Europe dans son ensemble paraît retomber dans la récession.


Pourquoi l’Europe est-elle devenue « l’homme malade » de l’économie mondiale ? Tout le monde connaît la réponse. Malheureusement, la plupart de ce que les gens croient savoir est faux - et ces lectures erronées des malheurs de l’Europe déforment nos conceptions en matière économique.


Lisez une tribune sur l’Europe - ou un compte rendu soi disant factuel - et vous rencontrerez probablement l’une de ces deux thèses, que je qualifie de version républicaine et de version allemande, mais dont aucune ne s’accorde avec les faits.


La version républicaine - qui constitue l’un des thèmes centraux de la campagne de Mitt Romney -, c’est que l’Europe est en difficulté parce qu’elle dépense trop pour aider les pauvres et les malheureux, et que nous assistons à l’agonie de l’État-providence. Cette version est d’ailleurs un thème favori de la droite. En 1991, lorsque la Suède était victime d’une crise bancaire provoquée par la déréglementation (cela ne vous rappelle rien ?), le Cato Institute a publié un rapport triomphant clamant que cela prouvait la faillite du modèle de l’État providence.


Ai-je mentionné que la Suède, qui a encore un État-providence très généreux, enregistre actuellement des performances brillantes, avec une croissance économique plus rapide que celle de toute autre nation développée ?


Mais, soyons systématiques. Observons les 15 nations européennes qui utilisent actuellement l’euro (en laissant de côté Malte et Chypre), et classons-les en fonction du pourcentage du PIB qu’ils consacraient aux programmes sociaux, avant la crise. Les pays en difficulté (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne, Italie) se distinguaient-ils par des programmes sociaux exceptionnellement importants ? Non, ce n’est pas le cas ; seule l’Italie était parmi les cinq premiers, mais ses dépenses étaient cependant inférieures à celle de l’Allemagne.


Ce ne sont donc pas les dépenses de l’États-providence qui ont provoqué leurs difficultés.


Voyons ensuite la version allemande, qui affirme que c’est tout le mal provient d’une irresponsabilité budgétaire. Cette version semble correspondre à la situation de la Grèce, mais à personne d’autre. L’Italie avait connu des déficits dans les années précédant la crise, mais ils étaient seulement légèrement supérieurs à ceux de l’Allemagne (l’importante dette de l’Italie est un héritage de politiques irresponsables menées il y a plusieurs années). Les déficits du Portugal étaient significativement inférieurs, tandis que l’Espagne et l’Irlande dégageaient en fait des excédents.


Au fait, des pays qui ne sont pas dans l’euro paraissent se permettre un déficit et une dette importants, sans pour autant être confrontés à des crises. La Grande-Bretagne et les États-Unis peuvent emprunter à long terme à des taux d’intérêt d’environ 2%. Le Japon, qui est beaucoup plus endetté que n’importe quel pays en Europe, Grèce incluse, ne paie que 1%.


En d’autres termes, l’hellénisation de notre discours économique, affirmant qu’il suffirait d’une année supplémentaire ou deux de déficits avant de se transformer en une nouvelle Grèce, est complètement dépourvue de fondement.


Alors, de quoi souffre l ’Europe ? En vérité, le problème est essentiellement monétaire. En introduisant une monnaie unique sans disposer des institutions nécessaires pour lui permettre de fonctionner, l’Europe a en fait recréé les vices de l’étalon-or - vices qui ont joué un rôle majeur dans l’apparition et la prolongation de la Grande Dépression.


Plus précisément, la création de l’euro a favorisé un sentiment de sécurité illusoire parmi les investisseurs privés, faisant ainsi déferler d’énormes et insoutenables flux de capitaux vers toutes les nations appartenant à la périphérie de l’Europe. En conséquence de cet afflux de capitaux, les coûts de production et les prix ont augmenté, l’industrie est devenue non compétitive, et des nations dont les échanges commerciaux étaient relativement équilibrés en 1999, ont commencé a enregistrer d’importants déficits commerciaux. Puis la musique s’est arrêtée.


Si les pays de la périphérie avaient encore leurs propres monnaies, ils pourraient et voudraient utiliser la dévaluation pour rétablir rapidement leur compétitivité. Mais ils ne le peuvent pas. Ce qui signifie qu’ils vont subir une longue période de chômage de masse et seront lentement broyés par la déflation. Leurs crises de la dette sont principalement une conséquence de cette funeste perspective, parce que les économies déprimées aggravent les déficits budgétaires et que la déflation alourdit le fardeau de la dette.


Pourtant, comprendre la nature des difficultés de l’Europe ne procure que bien peu d’avantages aux Européens eux-mêmes. Les nations concernées n’ont à leur disposition que de mauvaises options : soit elles subissent les douleurs de la déflation, soit elles prennent la décision radicale de quitter la zone euro, ce qui n’est pas faisable, politiquement, avant que tout le reste n’ait échoué (la Grèce semble être proche de ce point). L’Allemagne pourrait aider à la résolution des problèmes en renonçant à sa propre politique d’austérité et en acceptant une inflation plus élevée, mais cela ne se produira pas.


Pour nous, cependant, comprendre ce qui se passe en Europe fait une énorme différence, car les lectures erronées de la situation de l’Europe sont utilisées pour mener des politiques qui seraient cruelles, destructrices, ou les deux à la fois. La prochaine fois que vous entendrez des gens qui invoquent l’exemple européen pour exiger que nous détruisions notre filet social de sécurité ou sabrions dans les dépenses au moment où l’économie reste profondément déprimée, voici ce que vous devrez garder en tête : ils ne savent pas de quoi ils parlent.



10 avril 2012

LE VOTE UTILE… AU PREMIER TOUR

Article paru sur le blog de Paul Jorion


Ce texte est un « article presslib’ » (*)


Dans la conférence que j’ai eu l’occasion de faire en décembre dernier pour un public composé des anciens de HEC et dont j’ai l’intention de reprendre la trame dans mon livre à venir intitulé : Les questions qui restent à résoudre, j’ai recours à l’image du soliton : une énorme vague résultant de la superposition de plusieurs vagues de taille normale venues accidentellement s’agréger en un monstre.

 

Les trois vagues que j’évoquais sont 1° la crise financière et économique, conséquence de la machine à concentrer la richesse qui caractérise nos sociétés, de nouveau régime, aussi bien que d’ancien régime, faute pour nous d’avoir jamais accordé l’attention qu’il mérite à ce vice qui handicape nos systèmes économiques, 2° la complexité de notre monde qui a cessé d’être maîtrisable depuis que nous avons abandonné de gaité de cœur à l’ordinateur les rôles d’une part de comprendre notre monde, et d’autre part de prendre les décisions qui s’imposent à son sujet, enfin 3° la fin du processus de colonisation de notre planète par notre espèce, qui découvre tardivement les limitations qu’une politique de « terre brûlée » finit par rencontrer et qui sont celles du Réel.

 

Ces trois vagues, considérable chacune, constituent désormais un tout indissociable et un candidat à l’élection présidentielle française doit vouloir les traiter de manière cohérente toutes ensemble.

 

À l’époque du discours de Toulon, M. Sarkozy parlait en termes très éloquents de la crise financière et économique. Ce thème a cependant disparu entièrement de son programme actuel pour se concentrer sur une problématique du montrer-du-doigt-de-préférence-quelqu’un-d’autre-que-soi-même, si bien qu’aucun des deux candidats les mieux placés pour l’emporter dans les élections présidentielles ne parle ni d’une manière ni d’une autre de l’une quelconque des trois composantes du soliton.

 

En fait, de la complexité engendrée par le développement de l’informatique et de la maîtrise sur le monde qui nous a échappé à cette occasion, aucun des candidats en présence ne parle en aucune manière : à les en croire, le monde reste transparent à leurs yeux, hypothèse qui conforte la supposition implicite qu’ils seront en mesure de prendre les décisions qui s’imposent, et que le monde répondra sans broncher à leurs injonctions et de la manière prévue par eux. M. Mitterrand revenu d’outre-tombe, pareil au spectre du père de Hamlet, pourrait leur expliquer ce qu’il en est réellement dans ces cas-là.

 

Restent les deux autres vagues : la planète et ce qu’il en reste sous nos coups de boutoir, et la crise financière et économique. Comme la première de ces deux vagues constitue le contexte général au sein de laquelle vient se loger la seconde, il aurait été logique que le parti qui maîtrise le mieux la problématique écologique insère conceptuellement la crise financière et économique au sein de celle-ci et nous propose un programme cohérent de réforme globale.

 

Pour des raisons que j’ignore mais qui sont probablement liées à la supposition fautive, et calamiteuse, qu’il fallait choisir de parler SOIT du contexte écologique et planétaire, SOIT de la crise financière et économique, et que, pareil à l’âne de Buridan, on était disposé à hésiter indéfiniment sur la ligne à suivre, EE – Les Verts sont tombés dans un mutisme mortifère dont les chiffres d’intentions de vote en faveur de leur candidate sont le reflet sans appel.

 

Le Front de Gauche qui, après avoir pris l’aspect crise financière et économique à bras le corps et avec un bel enthousiasme, s’aventure maintenant sur le terrain de la revendication écologique, s’en tire mille (à vue de nez) fois mieux.

 

Il n’en reste pas moins que le point de jonction entre la vague de l’avanie imposée par nous à notre planète et la vague de la machine à concentrer la richesse, source de dérive financière, est celui de la troisième vague, à savoir celle de la complexité hors de contrôle. Le parti qui parviendrait à présenter aux électeurs la combinaison complète de ces trois facteurs qu’il s’agit pour nous d’affronter d’abord et de résoudre ensuite, imposerait sa façon de voir au premier tour, et du coup, certainement au second, soit dans le meilleur des cas, directement, soit, faute de mieux mais sans se déjuger, indirectement par la cohérence de son approche.

 

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

09 avril 2012

L’art de ne rien comprendre à la dette publique

Article paru sur ContreInfo

 

« Les familles doivent rembourser leurs dettes. Pas les gouvernements, » assène Paul Krugman à l’attention de tous ceux qui réitèrent sans cesse cette analogie stupide et se réclament des vertus des « bons pères de famille » pour faire croire à la nécessité absolue d’une austérité porteuse de récession.

 

Par Paul Krugman, New York Times, 1er janvier 2012 (extrait)


Ceux qui s’inquiètent du déficit public dépeignent un futur où nous serions appauvris par la nécessité de rembourser l’argent emprunté. Ils décrivent l’Amérique comme une famille qui aurait souscrit un prêt hypothécaire trop lourd, et peinerait à effectuer les remboursements mensuels.

 

C’est là une analogie vraiment déplorable, pour au moins deux raisons.

 

Premièrement, les familles doivent rembourser leurs dettes. Pas les gouvernements.

 

La seule chose qu’ils aient à faire, c’est de s’assurer que la dette croisse plus lentement que leur assiette d’imposition. La dette de la Seconde Guerre mondiale n’a jamais été remboursée. Elle est tout simplement devenue de moins en moins significative, au fur et à mesure des progrès réalisés par l’économie américaine, et de l’élévation en parallèle des revenus assujettis à l’impôt.

 

Deuxièmement - et c’est un point que quasiment personne ne semble percevoir - une famille trop endettée doit de l’argent à quelqu’un d’autre. Mais la dette américaine est, dans une large mesure, de l’argent que nous nous devons à nous-mêmes.

 

Ce fut clairement le cas de la dette contractée pour financer l’effort de la Seconde Guerre mondiale. Les contribuables ont hérité d’une dette qui était sensiblement plus importante, mesurée en pourcentage de PIB, que la dette actuelle. Mais les créances correspondant à cette dette étaient également détenues par les contribuables, par tous ceux qui avaient acquis des obligations d’Etat. De ce fait, cette dette n’a pas rendue plus pauvre l’Amérique de l’après-guerre. En particulier, elle n’a pas empêché la génération vivant à cette période de connaître la plus forte hausse des revenus et du niveau de vie de l’histoire de notre nation.

 

Mais, la situation n’est-elle pas différente aujourd’hui ? Pas autant que vous pourriez le penser.

 

Il est vrai que des résidents étrangers détiennent maintenant d’importantes créances sur les Etats-Unis, y compris un volume important de dette publique. Mais chaque dollar de créances étrangères sur l’Amérique est compensé par l’équivalent de 89 cents de créances que les USA détiennent sur l’étranger. Et dans la mesure où les résidents étrangers ont tendance à diriger leurs investissements en Amérique dans des actifs sûrs - mais ayant un faible rendement - l’Amérique gagne en réalité plus sur ses avoirs à l’étranger qu’elle ne paie aux investisseurs étrangers. Si vous avez en tête l’image est d’une nation qui est déjà largement redevable à la Chine, vous avez été mal informé. Ce n’est pas le cas, et nous ne prenons pas ce cap.

 

Cependant, le fait que la dette publique ne soit aucunement comparable à une hypothèque sur l’avenir de l’Amérique ne signifie pas pour autant qu’elle soit inoffensive. Des impôts doivent être prélevés pour payer les intérêts, et il n’est nul besoin d’être un idéologue de droite pour concéder que les impôts imposent un coût sur l’économie, ne serait-ce qu’en provoquant un détournement de ressources utiles, sous forme de fraude et d’évasion fiscale. Mais ces coûts sont bien moins dramatiques que ce que l’analogie de la famille surendettée pourrait suggérer.

 

Et c’est pourquoi les nations ayant des gouvernements stables et responsables - c’est-à-dire des gouvernements qui sont prêts à une augmentation limitée des impôts lorsque la situation le justifie - ont historiquement été en mesure de vivre avec des niveaux de dette beaucoup plus élevés que ce que l’opinion commune aujourd’hui pourrait laisser penser. La Grande-Bretagne, par exemple, a supporté une dette dépassant les 100% du PIB pendant 81 des 170 dernières années. Lorsque Keynes a écrit sur la nécessité d’effectuer des dépenses publiques pour sortir de la dépression, la Grande-Bretagne était plus lourdement endettée que ne l’est aujourd’hui toute autre nation de premier plan - exception faite du Japon.

 

Cependant, l’Amérique, avec son mouvement conservateur farouchement opposé à l’impôt, pourrait ne pas bénéficier d’un gouvernement responsable, au sens évoqué précédemment. Mais dans ce cas, la faute ne proviendrait pas de notre dette, mais de nous-mêmes.

 

Alors certes, la dette est une question importante. Mais aujourd’hui même, d’autres facteurs le sont plus. Nous avons besoin de plus - et non pas moins - de dépenses publiques pour sortir du piège du chômage. Et cette obsession déplacée, ces conceptions erronées sur la dette, viennent barrer le chemin.



07 avril 2012

L’équipe actions d’Attac France : Les marchés ou les citoyens, qui doit décider?

Chers amis,


Nous vous écrivons pour vous faire part de nos craintes quant à la ratification du nouveau traité européen. Tout porte en effet à croire que ce « pacte d’austérité » engagera durablement l’Europe sur la voie de politiques économiques dangereuses pour nos sociétés, et ce en l’absence de tout débat démocratique (plus d’information ici).


Attac a déjà interpellé les candidats à la Présidentielle à ce sujet (les réponses sont disponibles ici). Mais Nicolas Sarkozy et François Hollande n’ont pas daigné répondre… Exigeons de ces candidats qu'ils acceptent et organisent le débat !


Nous mettons à votre disposition un outil d’interpellation (sur cette page).Vous pouvez aussi copier-coller le texte d'interpellation reproduit ici. Et surtout, pour informer et agir, faites circuler ce message ! C’est tous ensemble que nous ferons changer la donne.


Bien à tous,
L’équipe actions d’Attac France

05 avril 2012

L'Observateur des inégalités, n°96, avril 2012

Le poids des dépenses de logement selon les revenus
Les dépenses de logement pèsent pour 39 % dans le budget des 10 % des ménages aux revenus les plus faibles contre 15 % pour les 10 % les plus riches. La part de ces dépenses est d’autant plus lourde que les ressources des ménages sont modestes. lire l'article ...
 
 

Les hauts revenus du show-biz et du sport dans le monde
Les revenus annuels du show-biz et du sport représentent pour certains près de 900 années de Smic en France, 17 000 années aux Etats-Unis... lire l'article ...
 
 
 
 
 

Le travail des enfants dans le monde
176 millions d’enfants âgés de 5 à 14 ans sont contraints de travailler dans le monde. Même si ce chiffre est important, le travail des enfants est de moins en moins répandu… lire l'article ...
 
 
 

La répartition des tâches domestiques
En moyenne, les femmes consacrent près de 4h par jour aux tâches domestiques contre 2h30 pour les hommes... lire l'article ...
 

 




Nouveau : le diagnostic local des inégalités
Une offre nouvelle destinée aux collectivités locales : une analyse détaillée des inégalités dans de nombreux domaines, des revenus à l’éducation en passant par l’emploi. lire l'article ...

 


L’école : une machine à trier
Le niveau global d’éducation s’est amélioré en France mais en revanche nous sommes toujours dans le peloton de tête des pays de l’OCDE, voire les premiers, pour l’inégalité et l’élitisme que sécrète notre système scolaire. Le point de vue de Pierre Cahuc , Stéphane Carcillo , Olivier Galland et André Zylberberg. Extrait de "La machine à trier". lire l'article ...

 


Les inégalités et la crise en Europe
« Les inégalités et la crise en Europe », un colloque international organisé par le réseau européen sur les inégalités Inequality Watch, le 6 avril 2012 à Saint-Denis. lire l'article ...

 


S’attaquer enfin aux inégalités territoriales
La France n’est pas traversée par un mécanisme généralisé de ségrégation spatiale, mais les écarts se creusent. Des logements sociaux à l’école, en passant par la fiscalité, beaucoup reste à faire. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. Extrait du Hors-série "Spécial élections" de Alternatives Economiques. lire l'article ...

 


La pauvreté en Europe : état des lieux
16,4 % de la population européenne est pauvre. Suivant le pays, l’âge, le sexe ou encore l’origine, les taux de pauvreté varient considérablement… lire l'article ...

 


Comment mesurer la pauvreté en France et en Europe ?
La mesure de la pauvreté en France et en Europe ne dépend pas seulement de considérations monétaires mais aussi d’indicateurs liés aux conditions de vie et à l’emploi. Une analyse de Denis Clerc, fondateur du magazine Alternatives Economiques. lire l'article ...

 


Synthèse : Les inégalités entre les femmes et les hommes en Europe
Les inégalités entre les femmes et les hommes se réduisent, mais nous sommes loin de l’égalité et les situations sont contrastées d’un pays à l’autre. Le tour de la question en Europe par l’Observatoire des inégalités. lire l'article ...

 
 


Synthèse : les inégalités entre les femmes et les hommes en France
Les inégalités entre les femmes et les hommes se réduisent, mais on est encore loin d’atteindre l’égalité. Le tour de la question en France par l’Observatoire des inégalités. lire l'article ...

 


Héritage et équité
Que faire pour que les transferts de richesses entre générations soient moins source d’inégalités ? Une analyse de Caroline Guibet Lafaye, philosophe au Centre Maurice Halbwachs. lire l'article ...

 

 

24 mars 2012

Le mépris et autres considérations sur le mérite, les footballeurs et le modèle social européen

Je suis tombé par hasard sur l’émission « Questions d’infos » sur LCP dont l’invité était Jacques Cheminade, le candidat « surprise » à l’élection présidentielle. Il était face aux journalistes Françoise Fressoz, Sylvie Maligorne et Marie-Eve Malouines, sous la houlette du maître de cérémonie Frédéric Haziza. Car il s’agissait bien d’une cérémonie, en l’occurrence le sacrifice de Mr Cheminade sur l’autel du mépris. Je n’ai pas de sympathie particulière pour ce monsieur, mais il a réussi à obtenir les 500 parrainages d’élus et il a donc droit à un minimum de considération, même si on peut penser par ailleurs que c’est un hurluberlu… Mais on aurait dit que les journalistes lui en voulaient d’être là, l’interrompant constamment, remettant en cause le moindre de ses propos, de ses citations. La palme revint à François Fressoz, qui lui demanda sans ambages « Vous vous revendiquez comme une secte ? ». On s’attendait à ce qu’elle termine son intervention par « Répondez-nous, Mr Cheminade, est-ce que vous mangez des enfants ? ».


Bizarrement, en visionnant d’autres numéros de « Question d’infos », je n’ai pas perçu la même pugnacité de la part des quatre journalistes. Par exemple, face à Claude Guéant, ils n’ont pas trouvé grand chose à redire quand il s’est glorifié de la baisse de la délinquance que tout le monde sait artificielle, ou, qu’interrogé sur sa proximité avec les thématiques du Front National, il préfère répondre sur le laxisme de François Hollande en matière de contrôle des flux migratoires…Ils ont également accepté sans trop broncher les leçons de journalisme assénées par Jean-François Copé

 

Autre forme de mépris, la tribune « Mélenchon à la Bastille: le révolutionnaire en peau de lapin » signée par Eric Le Boucher, grand pourvoyeur d’eau tiède devant l’éternel pour le « robinet » Slate. Selon l’éditorialiste Jean-Luc Mélenchon serait « Un rigolo de prétoire, un rigolo de JT, un rigolo malin, un rigolo drôle. Mais un candidat dont le programme est un tissu de conneries. ». Mieux contrôler les banques ? « les Soviets en 2012 » ! Pour enfoncer le clou et montrer toute l’ineptie des prétentions sociales du candidat du Front de Gauche, il conclut sa diatribe en citant Alphonse Allais : « il faut ne plus travailler le lendemain des jours de repos pour, enfin, vaincre définitivement la fatigue du peuple ». On peut ne pas être d’accord avec le programme de Jean-Luc Mélenchon, mais encore faut-il avancer d’autres arguments que la moquerie et la dérision pour convaincre son auditoire. Mr Le Boucher, qui doit avoir son rond de serviette au « Cercle de la raison » a les mêmes réactions outrancières que son tenancier, Alain Minc, qui s’était emporté contre les « connards » qui prônent la démondialisation. Chercher à discréditer son interlocuteur, c’est vraiment la pire des méthodes de débat…Il faut croire que ces messieurs sont un peu moins sûrs d’eux qu’il y a quelques années…

 

Moins de mépris, plus de mise en perspective…

 

On serait en droit d’attendre de ces « experts » et autres « intellectuels » qu’ils nous éclairent, qu’ils mettent les questions en perspective, au lieu de discréditer ceux qui ne pensent pas comme eux…Par exemple, lorsque, au début de la campagne électorale, le débat s’est porté sur la politique familiale suite à la proposition de François Hollande de supprimer le quotient familial pour le remplacer par un crédit d’impôt. Depuis, plus rien… A-t-on cherché à aller au-delà des mesures techniques, pour formuler une réflexion sur la politique familiale ? Doit-elle être redistributive (des « riches » vers les « pauvres ») ou contraire faire en sorte qu’une famille avec enfants, quel que soit son niveau de vie, ne soit pas désavantagée ? Et d’ailleurs, n’y a-t-il que la question du revenu dans la politique familiale ? Ne faut-il pas intégrer au débat le financement des modes de garde collectifs des enfants, l’accueil des tout-petits à la maternelle, le crédit d’impôt pour la garde d’enfants…

 

Autre sujet d’importance, le débat récent sur la fiscalité…Le débat a été principalement centré sur le ping-pong entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Le premier répondant par un impôt minimal sur les « grands groupes » à la proposition du second de taxer à 75% la part de revenu dépassant 1 million d’€. N’aurait-il pas été souhaitable d’avoir un débat plus large sur le rôle de la fiscalité, le lien entre mérite et rémunération…

Au lieu de cela, on a jugé bon d’interroger…des footballeurs en leur demandant si ils étaient d’accord pour payer plus d’impôts…Réponse des intéressés : « Ah bin nan, alors ! ». Ces « pauvres » garçons ne se doutent même pas que leur rémunération n’est pas due à leur seul mérite, mais qu’ils sont pris dans une bulle, qui comme toutes les autres finira bien par éclater… Comme le rappelle Thierry Pech dans le dernier numéro d’Alternatives Economiques, les 665 clubs professionnels européens de première division ont affiché en 2010 des pertes record de1,6 milliards d’€ et un endettement non moins record de 8,4 milliards. « Cette mécanique rappelle les bulles financières où quelques actifs – ici les joueurs – sont privilégiés par les investisseurs – ici les clubs – au motif que leur valeur est censée croitre toujours dans le futur. Jusqu’ici cette valeur s’est en effet accrue du fait de l’afflux permanent d’investisseurs qui soutiennent la demande, bouclant un phénomène qui s’auto-entretient et déjoue la régulation des prix. Mais les arbres ne montent pas jusqu’au ciel et la bulle du foot business semble sur le point d’éclater. »

Il existe bien d’autres cas où les rémunérations sont manifestement déconnectées du mérite ou de l’utilité sociale. On peut bien sûr citer le cas de la finance, secteur dans lequel les rémunérations des cadres ont été multipliées par 8,7 depuis 1996 contre seulement 3,6 pour les autres secteurs, sans que l’on sache bien ce qu’ont apportés ces acteurs à l’économie… (étude d’Olivier Godechot « Finance and the rise in inequalities in France »).

Et que dire, par exemple, d’Arnaud Lagardère ou de Liliane Bettencourt ?

Dans les exemples précédents, qui peut prétendre que les revenus sont vraiment corrélés aux seules qualités ou au mérite de ceux qui les reçoivent ? Dans ces conditions, il semble nécessaire d’utiliser la fiscalité pour remédier à ces aberrations manifestes.

 

La fin du modèle social européen ?

 

« Les impôts sont le prix à payer pour une société civilisée. Trop de citoyens veulent la civilisation au rabais. » Voilà ce que disait Henry Morgenthau, secrétaire au Trésor des Etats-Unis, après l’adoption (en 1937) d’une réforme fiscale visant à renforcer la progressivité de l’impôt et à réduire le nombre des niches fiscales. Payer des impôts (ou des cotisations sociales) sur ce que l'on gagne ou sur son patrimoine, en payer proportionnellement plus lorsqu'on a des revenus ou un patrimoine élevés est parfaitement légitime, comme le reconnaît lucidement le milliardaire américain Warren Buffet: « Je pense que la société est responsable d'un pourcentage significatif de ce que j'ai gagné. Plantez-moi au milieu du Bangladesh, du Pérou ou d'ailleurs, et vous verrez ce qu'est réellement capable de produire mon talent dès lors qu'il lui faut s'exercer sur le mauvais type de sol. Dans trente ans, je serais encore en train de lutter. »

 

Il s’agit ici de rappeler que c’est la société, la collectivité, qui a permis de réunir les conditions permettant aux talents individuels de s’exprimer : sécurité, infrastructures, réseaux, respect du droit…C’est par la mise en commun de moyens au service de l’éducation, de la santé, et plus généralement de la protection sociale, que nos sociétés ont pu atteindre le niveau de développement qui est le leur. Pourtant, selon Mario Draghi, le gouverneur de la Banque Centrale Européenne (BCE), ce  modèle social est mort. Il l’a dit le 24 février dans un entretien au Wall Street Journal. Selon lui, il n’y pas d’alternatives à la mise en œuvre de politiques d’austérité dans les pays européens. Pour enfoncer le clou, et souligner l’extravagance de ce modèle, il a cité l’économiste allemand Rudi Dornbusch : « Les Européens sont si riches qu'ils peuvent se permettre de payer les gens pour ne pas travailler ».

 

Il y a fort à parier que Mario Darghi ne soit pas le seul à penser cela parmi les « élites dirigeantes » européennes…Sommes-nous donc condamnés à l’austérité sans fin dont on voit qu’elle ne fait qu’aggraver les problèmes ? Sommes-nous voués à constater le lent délitement de nos systèmes de protection sociale, au prétexte qu’ils coûtent trop cher ?

 

Même l’OCDE, peu suspecte d’être une organisation bolchevique, commence à se rendre compte que quelque chose ne « tourne pas rond ». Son Secrétaire général, Angel Gurría, a déclaré en présentant un rapport sur les inégalités au sein des pays membres de l’organisation: « Le contrat social commence à se lézarder dans de nombreux pays. Cette étude balaie l’hypothèse qui voudrait que les bienfaits de la croissance économique se répercutent automatiquement sur les catégories défavorisées et qu’un surcroît d’inégalité stimule la mobilité sociale. Sans stratégie exhaustive de croissance solidaire, le creusement des inégalités se poursuivra ».

 

L’organisation propose par ailleurs des mesures telles que :

  • relever les taux marginaux d’imposition des individus riches,
  • améliorer le respect des obligations fiscales
  • éliminer des abattements fiscaux
  • réévaluer le rôle de l’impôt vis-à-vis de toutes les formes de patrimoine.

 

On en a traité de « révolutionnaires en peau de lapin » pour moins que ça !

 

PP