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16 janvier 2012

Étienne Chouard : la dette et la fin de l’État-providence

Un entretien avec Etienne Chouard. Il revient de façon synthétique sur les mécanismes qui ont conduit à la situation actuelle. Il résume son propos par l'image d'une pince dont les deux machoires sont l'abandon de la création monétaire et le déficit budgétaire.


L'abandon de la possibilité offerte à la Banque centrale de prêter aux Etats (article 123 du Traité de Lisbonne) a condamné ces derniers à recourir aux seuls marché financiers. Ainsi, la part négociable de la dette publique française (celle placée sur les marchés obligataires) représentait 25% du total en 1979 contre 85% aujourd'hui...


Le déficit public a engendré la nécessité d'emprunter. Mais le déficit n'est pas dû à la hausse des dépenses, mais à la baisse des recettes. Et ce sont les impôts progressifs, payés majoritairement par les plus riches, qui ont le plus diminué...


En conclusion, il faudrait en finir avec le système actuel de l'élection et passer à la "vraie" démocratie. Que nous devenions citoyens et non plus seulement électeurs... Plus facile à dire qu'à faire, mais il est clair qu'il faut changer quelque chose !



Étienne Chouard : la dette et la fin de... par cinequaprod

12 janvier 2012

L'Observateur des inégalités, n°93, janvier 2012

Le taux de chômage selon la nationalité

Près d’un quart des actifs non-ressortissants de l’Union européenne sont au chômage contre 9,1 % de l’ensemble de la population active et 8,6 % des Français. lire l'article ...
 

Les inégalités de salaires hommes-femmes : état des lieux
A temps plein, les femmes gagnent 20 % de moins que les hommes. Tous temps de travail confondus, l’écart est de 27 %... lire l'article ...
 

L’évolution des inégalités de salaires
Sur longue période, les inégalités relatives de salaire ont eu tendance à se réduire. Mais dans les années récentes on assiste à une forte hausse des salaires les plus élevés. lire l'article ...
 

L’état des lieux des inégalités de salaires en France
Les 10 % des salariés les moins bien rémunérés touchent au mieux 392 euros, les 10 % les mieux rémunérés touchent au minimum 2 923 euros. lire l'article ...
 

Les représentants syndicaux sont moins bien payés
Le salaire des délégués syndicaux est inférieur de 10 % à celui des autres employés à travail égal. lire l'article ...
 

Le niveau de diplôme dans les quartiers en difficulté
6 % des habitants des Zones urbaines sensibles ont un diplôme universitaire supérieur contre 16 % de la population qui réside hors de ces territoires. lire l'article ...
 

La représentation des catégories socioprofessionnelles à la télévision
Parmi les personnes qui prennent la parole à la télévision, on compte 79 % de cadres supérieurs contre 2 % d’ouvriers. Cette représentation est en complet décalage avec la réalité sociale. lire l'article ...
 

Une justice qui peine à pénétrer l’intimité des notables
Les violences n’épargnent aucun milieu social. Mais elles sont davantage signalées dans les catégories populaires, comme l’explique le sociologue Laurent Mucchielli. Article extrait de son ouvrage "L’invention de la violence", paru aux éditions Fayard. lire l'article ...

 


Le handball, les femmes et l’indifférence des élites françaises
L’équipe de France féminine de handball a joué et perdu la finale du mondial dans une relative indifférence. Il faut dire que ce sport rapporte peu, et que des femmes sont en compétition... Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. lire l'article ...

 


La hausse des inégalités de revenus dans les pays riches
Au sein des pays riches, les 10 % des ménages les plus aisés ont en moyenne un niveau de vie neuf fois plus élevé que celui des 10 % les plus pauvres. Les inégalités de revenus augmentent presque partout. lire l'article ...

 


« Les inégalités de revenus ont atteint un niveau jamais vu depuis 30 ans », entretien avec Michael Förster, analyste à l’OCDE
Les inégalités sont en progression dans presque tous les pays riches, indique un rapport de l’OCDE. Entretien avec Michael Förster, analyste des politiques sociales au sein de l’organisation et principal auteur de ce travail. lire l'article ...

 


« L’exclusion bancaire est une injustice sociale doublée d’une aberration économique », entretien avec Alain Bernard du Secours catholique.
L’exclusion bancaire toucherait environ 5 millions de personnes. Ce phénomène se conjugue le plus souvent avec l’exclusion sociale. Entretien avec Alain Bernard, responsable du département Emploi - Economie solidaire du Secours catholique. lire l'article ...

 


Quelles solidarités entre les générations ?
L’Observatoire des inégalités a organisé une conférence intitulée « Quelles solidarités entre les générations ? ». Nous vous en proposons aujourd’hui le compte-rendu. lire l'article ...

11 janvier 2012

Nous ne méritons pas Jean-François Copé, nous sommes vraiment trop minables.

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Ce billet a été publié sur Rue89.


Dans leur ouvrage « L’oligarchie des incapables », les journalistes Sophie Coignard et Romain Gubert citent une phrase qu’aurait prononcée Jean-François Copé à propos des parlementaires qui ne cumulent pas de mandats.

« Tu comprends, si on n'a ici que des gens qui se contentent de 5.000 euros par mois, on n'aura que des minables. »

 

Evidemment, l’intéressé dément formellement avoir prononcé cette phrase. Il dément, la belle affaire ! Forcément qu’il dément ! Peut-il faire autre chose ? Malgré tout le cynisme dont il est capable, on le voit mal se justifier d’une telle affirmation, sur le thème « je préfère l’oligarchie des incapables à la démocratie des minables ».

 

Il est vrai que Jean-François Copé est loin d’être un « minable » : Député de Seine et Marne, Président de la communauté d’agglomération du Pays de Meaux, maire de Meaux. Pendant un temps, il a aussi été conseiller régional d’Ile de France. Et comme ces passe-temps lui laissaient quelques disponibilités, il a été collaborateur à temps partiel, entre 2007 et 2010, du cabinet d’avocat Gide Loyrette Nouel…pour la modique rémunération de 20 000 € mensuels. Qui a dit que les emplois à temps partiels étaient mal payés ?

 

Pour Jean-François Copé, on vaut ce qu’on parvient à se faire payer. Point final. Lors d’une interview sur France Inter en janvier 2010 (que j’ai eu l’occasion de commenter ici), il nous avait éclairé sur ses convictions profondes. C’était au moment de la polémique sur le salaire d’Henri Proglio et, selon lui, il était tout à fait normal que des « dirigeants d’exception » soient payés des sommes sans commune mesure avec le commun des mortels. C’est la concurrence internationale qui veut que les patrons français soient aussi bien traités que leurs homologues anglo-saxons. C’est la même concurrence internationale qui lui fait dire que les salariés français (les normaux, les minables) coûtent trop chers par rapports aux chinois. N’oublions pas que Jean-François Copé est, de longue date, un chaud partisan de la TVA « sociale » et de manière générale de tout ce qui peut faire baisser le coût du travail.

 

En résumé, soit on continue comme ça, soit c’est le « communisme », voire la Corée du Nord où « tout le monde gagne pareil », et on voit « ce que ça a donné ». Le maire de Meaux, sous ses airs de modernité, perpétue la pensée de Ronald Reagan. Il est en effet clairement adepte de la «  trickle down economics » ou « théorie du ruissellement » qui veut que les revenus des plus riches contribuent, directement ou indirectement, à l'activité économique générale et à l'emploi dans le reste de la société. C’est un grand sorcier de cette « économie vaudoue » (l’expression est de Georges Bush père, alors concurrent de Ronald Reagan pour l’investiture républicaine), selon laquelle, en réduisant les impôts, on pourrait augmenter les recettes de l’Etat, grâce à la libération des forces vives du joug d’une fiscalité confiscatoire. Les bénéficiaires de la fameuse « niche Copé » (défiscalisation progressive des plus-values sur les cessions de titres de participations détenus depuis au moins 2 ans) peuvent en témoigner : 22 milliards d’économie d’impôts en trois ans, ça vous libère d’un poids !

 

Malheureusement, ces chimères font aujourd’hui la preuve de leur ineptie. Et même l’OCDE, organisation que l’on ne peut pas soupçonner de bolchevisme échevelé le reconnaît. Dans un rapport intitulé « Toujours plus d'inégalité : Pourquoi les écarts de revenus se creusent », elle dénonce l’envolée des inégalités et leurs méfaits économiques et sociaux. Le principal rédacteur du rapport, Michael Förster, a donné une interview éclairante à l’Observatoire des inégalités.

 

Dès le début, il annonce la couleur : « En haut de l’échelle, on observe une augmentation de la part de richesse détenue par les 1 % les plus aisés (et, en particulier les 0,1 % les plus riches). Elle se poursuit dans les pays anglo-saxons et tend à se généraliser en Europe. Une telle augmentation des inégalités est concomitante avec la réduction des taux d’imposition sur la même période. »

 

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France : Evolution de la part de la masse salariale touchée par les 1 % les mieux rémunérés

 

La vision d’une France égalitariste en prend un coup : « Les inégalités de revenus des ménages sont relativement stables en France depuis le milieu des années 1980, (…). Mais cette stagnation sur l’ensemble de la période cache en vérité une augmentation des inégalités de revenus depuis le début des années 2000 après une baisse dans les années 1980 et 1990. En d’autres termes, la réduction des inégalités observée entre 1985 et 1995 est aujourd’hui quasiment annulée… Les prestations et taxes redistribuent moins aujourd’hui qu’il y a cinq ou dix ans, fait également soulevé par le dernier « portrait social 2011 » de l’Insee. Un autre élément en France vient surtout du patrimoine : si les inégalités des revenus sont moins élevées que dans la moyenne des pays de l’OCDE, la distribution du patrimoine, semble bien plus inégalitaire qu’ailleurs ! ».

 

Selon la dernière enquête « Patrimoine » de l’Insee, les 10 % les mieux dotés détiennent 46 % de la masse des patrimoines, alors que la moitié la moins riche des ménages ne se partage que 7 % du total.

 

L’analyste de l’OCDE conclut : « J’ajouterais que l’inégalité est davantage prise en compte aujourd’hui. Elle est pensée comme un problème en tant que tel, et non plus seulement en lien avec la pauvreté notamment. Les inégalités posent un problème économique dès lors que l’éducation et d’autres capitaux restent la propriété de groupes minoritaires au sein de la société et réduisent fortement la mobilité sociale. Elles constituent également un problème politique, dans la mesure où elles réduisent la cohésion sociale et conduisent les électeurs à se tourner vers des solutions nationalistes. Partout dans le monde, les mouvements sociaux actuels expriment le fait que la croissance des inégalités conduit à un déficit démocratique (…). »

 

Si Jean-François Copé ne voit toujours pas où est le problème, gageons que les 95% de minables qui constituent le peuple français sauront le lui rappeler le jour où il briguera le poste de Président de la République française. Quoique…21 133,37 € bruts par mois, c’est pas un peu minable, ça ?

 

PP

10 janvier 2012

Hervé Novelli, le libéral à la « grand-papa »

1323112_3_822f_herve-novelli-est-secretaire-general-adjoint-de.jpgDans une interview donnée au journal Le Monde le 26 décembre, Hervé Novelli, secrétaire d’Etat au commerce et à l’artisanat, réaffirme son attachement au libre échange, à la mondialisation qui « peut être heureuse » et son refus absolu du protectionnisme.

 

Selon lui, le protectionnisme a abouti « aux événements qui sont survenus pendant la seconde guerre mondiale ». C’est aller un peu vite en besogne et oublier que l’effondrement du commerce mondial au début des années 1930 est principalement dû à la crise bancaire induite par la crise boursière de 1929. C’est avant tout la contraction du crédit et celle de l’activité qui a engendré la chute du commerce mondial. En 2008 et 2009, le commerce mondial a baissé sans qu’il y ait une recrudescence de mesure protectionnistes. Il a baissé tout simplement parce que l’activité dans les pays industrialisés a baissé. Contrairement à ce que voudrait nous faire croire les libéraux, ce n’est pas le commerce qui engendre la croissance économique, c’est la croissance économique qui tire le commerce.

 

Pour s’en convaincre, essayons de mesurer l’impact de l’ouverture de la France au commerce mondial. Pour cela, nous utiliserons un indicateur un peu rustique, mais qui a l’avantage d’être simple à calculer : le taux d’ouverture de l’économie. Le taux d'ouverture d'une économie mesure la place que tient le commerce avec le reste du monde dans l'économie d'un pays. Il se calcule en divisant la moyenne du montant des exportations et des importations par le produit intérieur brut (PIB). Le graphique suivant montre l’évolution du taux d’ouverture depuis 1949, ainsi que le taux de croissance moyen par période de 10 ans.

Libéralisme,mondialisation


Force est de constater qu’avant 1970, la France était relativement peu ouverte (taux d’ouverture inférieur à 8%), mais qu’elle a connaissait une croissance moyenne d’environ 5%. Entre 1970 et 1990, le taux d’ouverture a doublé, mais la croissance moyenne est passée de 4% à un peu plus de 2%. Enfin, entre 1990 et 2010, la croissance moyenne a continué de chuter, pour atteindre 1,4%, alors que le taux d’ouverture explosait, passant de 16% à près de 28%.

 

Nous pouvons conclure que l’insertion de la France dans la mondialisation commerciale n’a pas conduit à une hausse de la croissance, c’est même exactement l’inverse. Est-ce à cause de l’ouverture que la croissance s’est effondrée ? Difficile de l’affirmer à ce stade, en tout cas, la mondialisation n’a pas permis de la maintenir à son niveau d’avant les années …1980 !  Pourra-t-elle nous permettre de trouver les chemins d’une « prospérité sans croissance », pour reprendre le titre d’un rapport de l’économiste britannique Tim Jackson ? Rien n’est moins sûr, tant les caractéristiques du modèle de développement lié aux principes de la mondialisation sont inégalitaires, court-termistes, consommateurs de ressources.

 

Toujours selon Hervé Novelli, « la mondialisation peut être heureuse », et il prend l’exemple de la Chine pour étayer son propos. Or, en 1960, le revenu moyen des habitants des pays riches était 30 fois supérieur à celui de ceux des pays pauvres. En 2007, ce rapport est passé à 89. En à peine cinquante ans, cet écart a donc triplé. En réalité, les pays qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu, comme la Corée du Sud et bien sûr la Chine, n’ont pas appliqué les principes de la mondialisation. Au contraire, ils ont su protéger leurs marchés et leurs entreprises et mettre en œuvre de vraies politiques industrielles. La protection ne passe d’ailleurs pas seulement par des droits de douane, mais aussi par des barrières non tarifaires. Le dernier exemple en date est l’interdiction faite par la Chine à la société Zara de vendre ses produits sur le territoire chinois pour des raisons prétendument « techniques ». Mais Zara est aussi une des seules marques à ne pas faire fabriquer ses produits en Chine…

 

En fait, pour la grande majorité des pays pauvres, l’ouverture au commerce mondial s’est traduite par l’abandon de l’agriculture vivrière, remplacée par les cultures d’exportation, censées leur rapporter des devises dans un contexte de réduction des investissements publics (imposée par le FMI). Un temps compensée par les importations bon marché (excédents du Nord largement subventionnés, par exemple), cette perte de souveraineté alimentaire s’est révélée gravissime lorsque les cours mondiaux ont repris leur ascension (émeutes de la faim en 2008).

 

En définitive la mondialisation n’est heureuse que dans la mesure où l’on ne joue pas son jeu, mais où d’autres acceptent de le jouer !

 

Ensuite, Hervé Novelli évoque la nécessité de laisser jouer les « avantages comparatifs » des différents pays. Cette théorie des avantages comparatifs imaginée par l’économiste David Ricardo au XIXème siècle voudrait que chaque pays se spécialise dans le domaine où il est le meilleur (exemple classique du vin portugais et du drap britannique). Sauf que cette vieillerie est largement démentie par les faits, dans la mesure où le commerce international est un commerce intra-branche (on s’échange des automobiles entre la France et l’Allemagne par exemple). De plus, la Chine, que l’on croyait cantonnée à tout jamais dans un rôle « d’atelier du monde » est en train de remonter les filières et sera bientôt en mesure, quand ce n’est pas déjà le cas, de concurrencer les pays occidentaux sur la conception et le design.

 

Le commerce mondial n’est pas, comme semble le croire Hervé Novelli, un « doux commerce » résultant de la spécialisation des différents pays dans la division internationale du travail. Il est aussi largement dû (pour environ un tiers) aux échanges entre filiales d’entreprises transnationales, mais aussi entre ces entreprises et leurs sous-traitants. En effet, les sociétés transnationales ont la capacité de localiser les différentes étapes de leur chaîne de production là où les conditions leur semblent les plus favorables. De plus, leurs méthodes de production leur permettent d’obtenir une productivité presque comparable à celle des pays développés dans des pays où les salaires sont très faibles. De plus en plus, ces grandes firmes sont déconnectées de leurs bases nationales et ont pour terrain de jeu le monde entier. Dans ces conditions, il est légitime pour elles de considérer les salaires exclusivement comme des coûts qu’il faut baisser et non comme des revenus permettant d’entretenir la demande qui leur est adressée.


Vouloir être « compétitif », c’est rentrer dans cette logique qui conduit à chercher à baisser le coût du travail (voir la nouvelle lubie sarkozienne de la TVA sociale) en oubliant que le coût du travail, c’est aussi le revenu de 90% de la population.


Vouloir être « compétitif », selon la vision «novellienne », c’est considérer l’excédent de la balance commerciale comme unique indicateur. C’est par là même oublier que les excédents des uns sont forcément la contrepartie des déficits des autres, ce qui rend cette stratégie intenable à long terme. Dans ses propositions pour la conférence de Bretton Woods, Keynes proposait de pénaliser les excédents au même titre que les déficits. La banque des règlements internationaux, dont il préconisait la création en lieu et place du FMI, aurait exigé un taux d’intérêt pour accorder des crédits supplémentaires aux pays en déficit, mais elle aurait stérilisé, moyennent un coût correspondant à un taux d’intérêt, tout excédent structurel au-delà d’une certaine limite.


Enfin, la tarte à la crème de « l’innovation » censée remplacer avantageusement une politique industrielle à la « grand-papa », n’est que le prolongement de l’illusion de « l’économie post-industrielle », du « capitalisme dématérialisé », de « l’économie de la connaissance ». C’est oublier un peu vite que l’innovation trouve largement sa source dans les usines, au cœur des processus de production (l’industrie représente plus de 85% des dépenses de R&D) . Or, comme le relève un article paru dans Les Echos, les trois dernières années ont été pour le moins très difficiles pour le tissu industriel français, avec plus de 900 sites industriels qui ont fermé leurs portes occasionnant la perte de 100 000 emplois industriels. Les créations dans l’aéronautique, l’agroalimentaire et le luxe ne suffisent pas à compenser l’hémorragie dans les secteurs tels que l’automobile, la pharmacie, la high-tech, la chimie ou encore la métallurgie. Au-delà des pertes de compétences que représentent ces destructions d’emplois, du risque de perte de taille critique pour des pans entiers de l’industrie, il convient de rappeler qu’un emploi industriel induit quatre emplois dans les services.

 

Il semble donc urgent et vital de réfléchir à des mesures permettant la relocalisation des productions sur notre territoire. Favoriser l’innovation est une chose, mais cela ne suffira pas à rétablir suffisamment rapidement la situation. Des mesures plus radicales, méritent d’être examinées, à l’image de celles que prennent de nombreux pays d’Amérique du Sud. Hervé Novelli préfère, lui, « laisser le temps faire son œuvre », oubliant que, selon la formule de Keynes, « à long terme serons tous morts »…


PP

07 janvier 2012

Des voeux brutaux et provocateurs

éducation,sarkozyPar le Syndicat National de l'Enseignement Supérieur


Lors de la présentation de ses vœux au monde de l’éducation et de la recherche, avec autosuffisance, le Président en campagne Nicolas Sarkozy a prononcé un discours brutal et provocateur, alliant l’affabulation et l’incohérence.



Axant son propos en priorité sur l’enseignement supérieur et la recherche, il n’en a pas moins omis de dessiner sa feuille de route, en particulier pour les enseignements primaire et secondaire, éludant le sort des élèves : autonomie des établissements, meilleure utilisation des moyens…  « Il n’y a pas de place pour la médiocrité », c’est par ces propos que le président de la République a résumé la ligne de sa politique.  Hors d’une supposée excellence, point de salut. Nicolas Sarkozy, non sans contradiction avec sa conception d’une « école qui ne peut pas tout »,  notamment concernant le chômage, a réaffirmé une fois de plus sa vision étriquée et utilitariste pour les formations du supérieur en considérant que « seuls les diplômes menant à l’emploi méritent d’être des diplômes ». 



Sans prononcer une seule fois le terme de service public, sans s’adresser une seule fois au personnel administratif, le Président a tiré un bilan à mille lieux de la réalité dans les établissements d’enseignement supérieur. Alors que l’urgence, utilisée comme argument d’autorité, a été le lot quotidien de la communauté universitaire durant sa mandature, Nicolas Sarkozy s’est fait l’accusateur « de ceux qui privilégient le court terme au risque de sacrifier l’avenir, quitte à oublier leurs valeurs ». Devant tant d’incohérence et de mystification notamment sur le financement de l’enseignement supérieur et de la recherche, comment peut-il revendiquer de « parler vrai »… ?



De la part de celui qui fait de la sélection arbitraire, du creusement des inégalités et de la mise en concurrence l’essentiel de sa politique pour l’enseignement supérieur et de la recherche, revendiquer « l’excellence, la justice et l’unité » est indécent. Enfin, ce n’est pas en méprisant une fois de plus la communauté universitaire ou en qualifiant de manipulateurs les organisations qui ont porté la contestation contre la LRU, que l’on construit l’avenir pour le service public d’enseignement supérieur et de la recherche dont le pays a besoin.



Paris, le 5 janvier 2012

05 janvier 2012

Nadine Morano la « gazouilleuse » et la TVA sociale (suite)

rue89-eco.pngMon billet de ce jour a été publiée sur Rue89 Eco, le site économique de Rue89.

 

====> Lire ici...

 

Voir sur le même sujet, la brillante intervention de Nadine "The brain" Morano chez Jean-Jacques Bourdin.

 

PP

Nadine Morano la « gazouilleuse » et la TVA sociale.

nadine_morano-guignols.pngHier matin Nadine Morano, ministre chargée de l’apprentissage et de la formation professionnelle, était l’invitée de France Inter. Elle a été interrogée sur sa passion pour le réseau social Twitter. Il est vrai qu’elle est très prolixe en « tweets », avec pas moins de 200 messages pendant la semaine de Noël. Rappelons que « tweet » signifie « gazoullis ». Pour ma part, quand je pense à Nadine Morano, c’est plutôt « aboiement » qui me vient à l’esprit !

 

Mais enfin, peu importe. Le sujet majeur de l’intervention de la gazouilleuse était la défense du nouveau Graal de son mentor (Nicolas Sarkozy), à savoir la TVA « sociale », ou « anti-délocalisation », c’est selon. Depuis les vœux présidentiels, les ministres se répandent dans les médias, de Nathalie Kosciusko-Morizet à Valérie Pécresse, en passant par Xavier Bertrand. Quitte pour ce dernier à avaler goulument son chapeau, puisqu’il y a moins d’un an, il était très opposé à ce dispositif ! Rappelons qu’il s’agit de transférer une partie des cotisations sociales (patronales et peut-être salariale) sur la TVA (en augmentant son taux), afin de réduire le coût du travail.

 

Nadine Morano a ainsi affirmé qu’en Allemagne pour 100 € de masse salariale, 39 € étaient destinés aux cotisations sociales, contre 50 € en France. Dans ces conditions, « comment voulez-vous que notre balance commerciale soit équilibrée » ?

Cette affirmation appelle plusieurs commentaires. Tout d’abord, il convient de rappeler que dans l’industrie (la balance commerciale ne prend pas en compte les services), les coûts horaires allemands et français sont très voisins. Selon l’institut COE-Rexecode, réputé proche du patronat, à fin 2011, une heure coûtait en Allemagne 34,94€ contre 35,71 € en France, soit un écart de 2%.

 

Donc la comparaison entre le niveau des cotisations sociales, si les chiffres avancés par la ministre sont avérés, revient à dire que les salaires nets sont supérieurs en Allemagne qu’en France. La contrepartie étant que les allemands financent une part grandissante de leur protection sociale à tire individuel.

 

Quant au niveau des cotisations sociales françaises de 50% (50 € sur 100€), cela n’est pas vrai pour les bas salaires. Car la réduction des cotisations sociales n’est pas une nouveauté. Depuis 1993, les exonérations de cotisations sociales ont été systématiquement utilisées pour faire baisser le coût du travail au niveau des bas salaires. Depuis 1993, on constate ainsi un décrochage du taux de prélèvement au niveau du SMIC. Ainsi, depuis cette période, les cotisations patronales de Sécurité sociales au niveau du SMIC sont passées de 30% à …4,48% du salaire brut.

 

Mais en admettant qu’une nouvelle baisse des cotisations sociales puisse aligner le coût du travail français sur le niveau allemand, il n’est pas sûr que cela suffise à rééquilibrer notre balance commerciale avec nos voisins d’outre-Rhin, car leur compétitivité est principalement fondée sur des critères « hors coût ». Rappelons aussi que la France présente un excédent commercial avec le Royaume-Uni de 6 milliards d’€ alors que les coûts horaires français sont supérieurs de …70% à ceux des sujets de sa Royale Majesté.

 

De plus les excédents commerciaux allemands sont également fondés sur la compression de leur demande intérieure. En effet, en 2000 les coûts horaires en Allemagne étaient de 28,48€ contre 24,01€ en France donc supérieurs de plus de 18%, alors que nous avons vu plus haut que les coûts français sont désormais légèrement supérieurs. N’oublions pas que les coûts de la main d’œuvre sont aussi les revenus des salariés et que les économies des grands pays reposent avant tout sur la consommation intérieure.

 

Si l’effet d’une baisse des cotisations sociales est douteux dans la « compétition » entre la France et l’Allemagne, que dire alors de son impact face à des pays comme la Hongrie, la Pologne ou la Roumanie où les coûts horaires sont respectivement de 7,50 €, 6,39€ et 3,77 € (toujours selon COE-Rexecode) ? Et la Chine, le Vietnam ? Et ce d’autant plus qu’avec des pays hors zone euro les fluctuations de taux de changes peuvent avoir des impacts beaucoup plus importants que les quelques % grappillés sur les cotisations sociales…

 

Cette course à la baisse du coût du travail ne peut que contribuer à un positionnement « bas de gamme » de la France dans la mondialisation, terrain sur lequel elle ne peut plus concurrencer les pays émergents que ce soit en Asie en Europe de l’Est. De plus, une étude de l’Insee attribue la baisse de la productivité de l’économie française, toutes branches confondues, aux politiques de baisses successives du coût du travail peu qualifié, qui ont déformé la structure de l'économie en soutenant les activités les moins productives.

 

L’autre argument massue en faveur de la TVA « sociale » consiste à dire qu’elle permet de financer notre protection sociale par les importations. On voudrait nous faire croire que ce seront les industriels allemands ou chinois qui financeraient la Sécu ? Non, bien sûr, la TVA reste payées par les consommateurs français ! Elle s’apparente au mieux à une mini dévaluation dans la mesure où elle renchérit le coût des produits importés, ce qui favoriserait les produits français. Mais encore faut-il qu’il existe des produits français capables de concurrencer ces produits importés. Dans le cas inverse, cela veut dire qu’il y aura une perte de pouvoir d’achat pour les français.

 

Et puis qui dit que les entreprises françaises répercuteront les baisses de cotisations sur leurs prix ? On a vu dans le cas de la baisse de la TVA sur la restauration que cela n’a rien d’automatique !

 

Ce graphique d’Alternatives Economiques (cliquez pour l'agrandir) résume très bien les effets contradictoires de ce dispositif :

 

A299029A.GIF

 

 

Les effets de la TVA « sociale » ou « anti-délocalisation » sont donc pour le moins aléatoires et imprévisibles…

 

Tout cela est plutôt un nouveau petit bricolage imprudent qui n’est absolument pas à la hauteur des enjeux de notre économie et de la pérennisation de notre protection sociale.

 

PP

 

 

04 janvier 2012

2012 s'annonce bien !

Je sens qu'on va vraiment se régaler en Europe durant cette année 2012 !


Tout d'abord, un retour sur l'année 2011, car les décisions prises durant l'année écoulée déploieront leurs conséquences néfastes dès le début de 2012 :

2011 vu par Frédéric Lordon: "Les ingrédients du désastre"

A lire ici...

 

Et un mini tour d'horizon chez nos voisins les plus proches :


Espagne - crise : le parjure fiscal de Rajoy accroît le pessimisme

Perdre la première semaine de pouvoir une part substantielle d'un capital aussi précieux que la crédibilité !... Cet exploit est signé dans l'Espagne en crise par le nouveau président du gouvernement, le conservateur Mariano Rajoy, dont le Parti Populaire (PP) remporta à la majorité absolue les législatives de novembre dernier. Huit jours après avoir prêté serment, son gouvernement décrétait le 30 décembre une forte hausse d'impôts pourtant niée par M. Rajoy en campagne électorale et même lors de son investiture.

Le concert des réactions permet de supposer que le nouvel ajustement de M. Rajoy conforte peut-être sa crédibilité internationale, mais au prix de la perte d'une large part de sa crédibilité nationale. De quoi renforcer le sentiment qu'en Espagne, comme dans d'autres pays européens, les aspirations et intérêts des citoyens et, d'autre part, ceux des gouvernants et d'instances supranationales divergent progressivement depuis le début de la crise globale.

Lire la suite...

 

Mario Monti, pas si super que ça

Un mois et demi après avoir été accueilli comme un sauveur à la tête de l'Italie, le nouveau président du Conseil, Mario Monti n'a pas encore réussi à sortir l'Italie de la crise. Et suscite beaucoup de déceptions.

Alors que le décret de son plan d'austérité "Sauve-Italie", adopté le 22 décembre, entre officiellement en vigueur lundi 2 janvier, les syndicats italiens dénoncent à nouveau un plan injuste qui pèse surtout sur les petits salaires. Dimanche 1er janvier, les principaux représentants syndicaux ont solennellement annoncé "des tensions sociales inévitables dans les semaines et les mois à venir" si le gouvernement ne modifiait pas encore son plan.

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Nouveau record pour le chômage en Grande-Bretagne

C'est un nouveau record depuis dix-sept ans, le nombre de chômeurs britanniques s'élevait à la fin octobre à 2,64 millions, selon des chiffres officiels, publiés mercredi 14 décembre. Le taux global reste lui inchangé, à 8,3 %.

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Pourtant des solutions existent...

Lire à ce propos cette tribune de Michel Rocard et Pierre Larrouturou : "Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ?"

Extraits :

Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ? "Etre gouverné par l'argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé", affirmait Roosevelt.

Faire payer des taux d'intérêt colossaux pour des dettes accumulées il y a cinq ou dix ans ne participe pas à responsabiliser les gouvernements mais à asphyxier nos économies au seul profit de quelques banques privées...

Il faut en finir avec le deux poids, deux mesures : en nous inspirant de ce qu'a fait la banque centrale américaine pour sauver le système financier, nous proposons que la "vieille dette" de nos Etats puisse être refinancée à des taux proches de 0 %.

Il n'est pas besoin de modifier les traités européens pour mettre en oeuvre cette idée : certes, la Banque centrale européenne (BCE) n'est pas autorisée à prêter aux Etats membres, mais elle peut prêter sans limite aux organismes publics de crédit (article 21.3 du statut du système européen des banques centrales) et aux organisations internationales (article 23 du même statut). Elle peut donc prêter à 0,01 % à la Banque européenne d'investissement (BEI) ou à la Caisse des dépôts, qui, elles, peuvent prêter à 0,02 % aux Etats qui s'endettent pour rembourser leurs vieilles dettes.

Rien n'empêche de mettre en place de tels financements dès janvier !

L'urgence est d'envoyer aux peuples un signal très clair : l'Europe n'est pas aux mains des lobbies financiers. Elle est au service des citoyens.

03 janvier 2012

Démondialisation : une définition finalement très simple...

Finance,crise,mondialisationJe vous propose la conclusion d'un article de Frédéric Lordon paru dans le Monde Diplomatique :

 

L’on pourrait aussi, à l'exact opposé, ramener la controverse de la démondia­lisation à une question d'identification conventionnelle finalement très simple, sous la lumière crue de la conjoncture présente.

 

  • La concurrence non faussée entre économies à standards salariaux abyssalement différents; la menace permanente de délocalisation; la contrainte actionnariale exigeant des rentabilités financières sans limites, telles que leur combinaison opère une compression constante des revenus salariaux;
  • le développement de l'endettement chronique des ménages qui s'ensuit;
  • l'absolue licence de la finance de déployer ses opérations spéculatives déstabilisatrices, le cas échéant à partir des dettes portées par les ménages (comme dans le cas des subprime);
  • la prise en otage des pouvoirs publics sommés de venir au secours des institutions financières déconfites par les crises récurrentes;
  • le portage du coût macroéconomique de ces crises par les chômeurs, de leur coût pour les finances publiques par les contribuables, les usagers, les fonctionnaires et les pensionnés;
  • la dépossession des citoyens de toute emprise sur la politique économique, désormais réglée d'après les seuls desiderata des créanciers internationaux et quoi qu'il en coûte aux corps sociaux;
  • la remise de la politique monétaire à une institution indépendante hors de tout contrôle politique:

c'est tout cela qu'on pourrait, par une convention de langage peu exigeante, décider de nommer mondialisation.

 

D'où suit, .toujours aussi simplement, que se dire favorable à la démondialisation n'est alors, génériquement, pas autre chose que déclarer ne plus vouloir de ça !

02 janvier 2012

Bilan de la fréquentation

En ce début d'année, voici un petit bilan de la fréquentation de ce blog.


Le mois de décembre 2011 a connu un record de fréquentation avec près de 7000 visites (6978 exactement).


Merci à toutes et tous de votre fidélité ! Et n'hésitez pas à laisser des commentaires !


En route pour 2012... je crois qu'il y aura beaucoup de choses à dire !

 

Moyennes mensuelles

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Visites par mois

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Pages vues par mois

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