04 août 2008

Préparation du congrès du PS (4/4)

Martine Aubry développe une vision détaillée de la société: petite enfance, scolarité, santé, dépendance, économie, développement durable, logement, vivre ensemble, culture, internet, Europe, international… Selon elle, « il nous faut dire clairement qu’à chaque droit dont bénéficient les citoyens, doivent correspondre les devoirs qui en découlent envers la société », ainsi « l’octroi d’un logement ayant bénéficié d’une aide publique pourrait s’accompagner de l’adhésion à une charte de vie collective prévoyant la participation à la vie de l’immeuble (tranquillité, propreté, petit entretien, locaux communs, cours de soutien assurés par les étudiants, garde d’enfants assurée par les retraités, courses assurées par les étudiants ou les jeunes ménages auprès des personnes âgées dépendantes, implication dans les conseils de résidants et les associations de locataires…) ». Franchement, je ne sais pas vraiment quoi en penser…
Quelques extraits significatifs :
« La politique, c’est proposer une vision et un projet de société, trouver les chemins pour y mener, et mobiliser les citoyens pour agir avec nous »
« La régulation doit aussi concerner la consommation médicale, en sensibilisant les médecins aux bonnes pratiques et en sanctionnant leurs abus, plutôt qu’en culpabilisant les patients. »
« Travailler plus nombreux avant de travailler chacun davantage, c’est une question de bon sens mais aussi de justice sociale. »
« Les nombreuses normes limitant l’impact des activités industrielles sur la santé et sur l’environnement doivent être complétées d’une stratégie volontariste de développement économique basée sur la revalorisation de l’économie des ressources et le développement des écosystèmes industriels dans les 25 000 zones d’activités françaises. »

Marylise Lebranchu propose de spécialiser chaque collectivité territoriale : développement économique pour la Région, solidarités et éducation pour le Département, réseaux locaux et aménagement urbain pour les communautés de communes. L’élection directe des délégués communautaires se ferait sur un scrutin de liste avec une représentation obligatoire de toutes les communes. Les campagnes électorales inciteraient les candidats à s’engager clairement sur un projet de territoire à l’échelle communautaire.

Marie-Noëlle Liennemann: La Gauche défend « la valeur du travail » et non la « valeur travail »
Travailler mieux, travailler tous, travailler moins chacun et plus ensemble, gagner plus par le travail et moins par la rente, voilà l’orientation que nous opposons au slogan libéral «travailler plus et gagner plus» !

Henri Emmanuelli : « Les travailleurs ont progressivement été rendus responsables du marasme de l’investissement, du chômage et de l’exclusion, en raison du prétendu fardeau des coûts salariaux et des charges collectives inhérentes à l’Etat providence. Dans le même temps tous leurs acquis ont été dénoncés comme autant d’infâmes « privilèges » qu’il conviendrait d’abolir. Ceux qui tiennent en tel discours n’hésitent d’ailleurs pas à dénoncer les malades comme des irresponsables sur-consommateurs de soins et de médicaments et les désigner à la vindicte publique comme étant la seule cause du déficit de l’assurance maladie. »
« Celui qui affirme que le capital a une dette envers le travail, peut être certain, par exemple, de se voir qualifié de "dangereux idéologues" par les libéraux, ce qui est un compliment acceptable, et parfois de « dangereux populiste » par une certaine gauche, ce qui est plus inquiétant. »
« L’opinion, soudain devenue « experte », est censée posséder les réponses – largement suggérées - aux grands maux contemporains : les politiques n’ayant plus qu’à les mettre en œuvre ». Il y a en une dont les oreilles doivent …royalement siffler !

Sarkozy
Bertrand Delanoë qualifie le sarkozysme de « bonapartisme saugrenu au conservatisme agressif ». Pour François Hollande, le sarkozysme est « fait de fausses promesses, de désinvolture et de culte de l’argent ». Mais c’est Ségolène Royal qui est la plus agressive à son égard, n’hésitant pas à consacrer un chapitre à « LA MAINMISE DU CLAN SARKOZY SUR LA FRANCE».
Martine Aubry, elle, veut prendre un peu de hauteur : « Ne nous égarons pas non plus dans une critique de la personnalité du Président de la République. Ce serait laisser croire qu’il suffirait de changer l’homme par un autre pour que cela aille mieux. C’est la politique qu’il mène que nous critiquons parce que nous pensons qu’elle tourne le dos aux préoccupations majeures des Français. »

Fonctionnement du PS
En ce qui concerne la stratégie d’alliance, la tendance générale est à la création d’un parti socialiste fort (certains évoquent un objectif de 25% à 30% lors des élections nationales) qui puisse ensuite fédérer l’ensemble de la gauche. Seule exception notable : Ségolène Royal qui veut rassembler « tous les démocrates ».

La ligne claire : « Nous voulons que le Parti Socialiste redevienne le parti de la pensée »

Bertrand Delanoë : « En 2007, c’est plutôt la crédibilité de notre projet qui a souffert de la comparaison avec celui de notre concurrent. »
« Notre parti doit être un parti de militants et non de supporters. »

Ségolène Royal : « Nous devons faire du Parti socialiste le grand parti démocratique, populaire et de mobilisation sociale dont la France a besoin »

Laurent Fabius « Notre Parti socialiste doit redevenir un parti fondamentalement populaire. »
« Si nous avons perdu, c’est notamment parce que nous avons cédé à la tendance qui consiste à définir notre message en fonction de la demande quantifiée par les instituts de sondage. »

François Hollande : « Je propose que ceux qui pensent, sur les principaux sujets, la même chose se rassemblent sur le même texte et proposent un contrat de direction pour mener le travail du parti dans les trois prochaines années. » On peut rêver…

Le rôle des élus locaux :
Laurent Fabius : Le premier secrétaire « doit associer mieux qu’aujourd’hui les élus locaux à la prise de décision, mais il ne saurait leur déléguer le soin de fixer à la place du PS l’orientation politique nationale ».

Ségolène Royal « Faire fonctionner le parti de façon ascendante, en nous appuyant sur les responsables fédéraux et les élus locaux, qui auront toute latitude pour l’irriguer. »
« Dans chaque département, ou dans chaque région, une université socialiste de la connaissance sera créée. »

En conclusion, je reprendrai la phrase de Gaston Bachelard citée par Jean-Luc Mélenchon : « le futur n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons faire ».

PP

03 août 2008

Préparation du congrès du PS (3/4)

Concernant l’économie la philosophie générale peut être résumée par une phrase de Pierre Moscovici : « Alors que la droite agit pour construire une économie de la rente, la priorité du Parti socialiste doit être un partage plus juste de la valeur ajoutée, l’inversion du processus de smicardisation qui tire les salaires vers le bas et une mobilisation pour enrayer la précarisation des salariés. »

Beaucoup font allusion à la nécessité d’une politique industrielle. On peut citer Marylise Lebranchu : « Notre avenir économique passe par la revalorisation des métiers ouvriers et pas uniquement par le développement du secteur des services. ». « On ne peut pas séparer l’innovation de la production : pour rester compétitif, il faut donc garder des unités de production près des centres d’innovation : les coûts sont trop grands de séparer ingénieurs et ouvriers. »
Laurent Fabius n’est pas loin : «Pour nous, une croissance molle n’est pas une fatalité à condition de reconnaître d’abord que la France ne peut pas se passer d’une base industrielle solide et suffisamment spécialisée. Le développement des services et notamment des services à la personne sera encouragé, mais ils ne pourront à eux seuls endiguer la désindustrialisation. »

La plupart des contributions prennent acte de l’essoufflement de la social-démocratie et de la « 3ème voie ».
Laurent Fabius « Les gouvernements sociaux-démocrates ont parfois été fascinés à contretemps par la vigueur du modèle adverse, certains allant jusqu’à lui faire allégeance. »

Laurent Fabius : « Face à l'urgence d'une nouvelle répartition des richesses, socialistes et sociaux-démocrates ne parlent plus assez de production, de redistribution, de protections. »

Henri Emmanuelli : « Depuis juin 2006, la social-démocratie européenne a enregistré 13 défaites lors des 15 derniers scrutins nationaux. »

Henri Emmanuelli : « Les clivages opposeraient les modernes aux archaïques. Comme si la modernité se résumait à la soumission docile aux modèles dominants imposés par ceux qui en bénéficient et l’archaïsme s’incarnait dans l’espoir d’une réduction des inégalités. La modernité ne peut être entendue comme l’acceptation d’un libéralisme aujourd’hui dépassé. »

Quelques propositions concrètes, qui me paraissent intéressantes :
o Développer la formation et la qualification pour tous
o Organiser les carrières dans les services à la personne (Hollande)
o Porter l’effort de recherche à 3% du PIB
o Fusionner les « grandes écoles » avec l’université
o Faire de la caisse des dépôts un fonds d’investissement dans les PME
o Small business administration (Fabius) ou Small business act (Royal, Delanoë)
o Poursuite de la décentralisation
o Fusion impôt sur le revenu et CSG dans un grand impôt progressif
o Abandon du quotient familial
o Service public de la petite enfance
o Augmentation du SMIC
o Révision de l’assiette des cotisations patronales de Sécurité Sociale
o Introduction d’impôts « écologiques »
o Réforme de la fiscalité locale, principalement la taxe d’habitation
o Supprimer les niches fiscales
o Moduler l’IS en fonction du réinvestissement des bénéfices
o Conditionnement des aides aux entreprises
o Augmenter les salaires et plafonner les hautes rémunérations
o Allongement des cotisations (sous réserve de pénibilité, emploi des séniors)
o Remise en cause de la tarification à l’acte pour les professionnels de santé
o Financement de l’assurance maladie par l’impôt
o Mise sous condition de ressources des allocations familiales
o Amélioration de l’habitat (performance énergétique)
o 120 000 logements sociaux par an
o Favoriser les énergies renouvelables (solaire, éolien), mais refus de sortir du nucléaire
o Service public de l’eau, de l’énergie
o Développer le ferroutage
o Taxer les super-profits des compagnies pétrolières
o Lutter contre la violence, notamment à l’école par un encadrement renforcé
o Restauration de la police de proximité
o Régulariser les travailleurs sans-papiers et leurs familles
o VIe République sociale, démocratique, laïque, parlementaire
o Droit de vote des étrangers aux élections locales
o Création d’un statut de l’élu
o Relancer la construction européenne sur le modèle des « cercles », des « noyaux » ou des « coopérations renforcées »
o Communauté européenne de la recherche et de l’innovation (CERI) (Fabius, Emmanuelli)
o Clauses de « sauvegarde sociale » qui interdise qu’une directive européenne puisse avoir pour conséquence un recul social dans un pays
o Créer un impôt européen pour financer un budget européen
o Régulation de la finance mondiale (règles prudentielles, titrisation, agences de notation, paradis fiscaux…)
o « montants compensatoires » sur les importations de pays qui ne respectent pas des normes sociales et fiscales
o Faire du PS un « mouvement d’éducation populaire » (Fabius, Mélenchon)
o Créer des sections thématiques
o Elargir la base sociologique du PS
o Transformer l’Université de La Rochelle en conférence nationale annuelle
o Mieux former les militants
o Tenir des conventions annuelles thématiques

A suivre...

PP

02 août 2008

Préparation du congrès du PS (2/4)

Certaines contributions, les plus courtes, sont d’ordre « philosophique » et principalement centrées sur le Parti Socialiste et le congrès.
D’autres, les plus volumineuses, sont déjà des embryons de programme de gouvernement, avec un détail de mesures concrètes. On peut citer celles de Laurent Fabius, Martine Aubry, Ségolène Royal, Henri Emmanuelli, Bertrand Delanoë et, dans une moindre mesure, celles de Marie-Noëlle Liennemann et de François Hollande (ce n’est pas lui faire injure puisqu’il le reconnaît lui-même).

Certaines, dont celles de Pierre Moscovici et de Marylise Lebranchu, sont à mi-chemin, pas vraiment des programmes détaillés mais un peu plus que des recommandations générales. Ceux qui reprochent à Pierre Moscovici son dilettantisme seront sans doute confortés dans leur opinion ! Quant à Marylise Lebranchu, elle prend appui sur des petites phrases entendues en campagne. Elle a des réflexions intéressantes sur l’aménagement du territoire et les collectivités territoriales.

Dans la catégorie « A gauche toute », on peut citer Jean-Luc Mélenchon qui nous livre un véritable plaidoyer contre la dérive « démocrate » du PS. On peut également citer Gérard Filoche (ancien de la LCR) avec sa contribution « D'abord, redistribuer les richesses », qui rejoint sur certains sujets « Debout la gauche » de Marc Dolez (autorisation administrative de licenciement, augmentation des cotisations patronales de retraites…)
Dans un autre registre, on peut citer les altermondialistes d’Utopia avec « Socialistes, Altermondialistes, Ecologistes ». Utopia « appelle à l’émergence d’une gauche d’avant-garde fondée sur une identité écologiste, altermondialiste et anti productiviste, capable de transformer la société, de porter de nouveaux idéaux et de les réaliser. » Ils développent une réflexion sur la croissance (qui ne permet pas forcément de réduire les inégalités), la consommation (le crédo du pouvoir d’achat), le travail (ou plutôt la « valeur » travail)…

La contribution « Et si le Parti restait socialiste », la plus courte, est peut-être la plus radicale dans la mesure où elle prône la nationalisation d’une grande partie des moyens de production. Bref, revenir aux « fondements originaux du socialisme ».

Il y a également une sorte d’OVNI : « Urgence sociale » de Pierre Larrouturou. C’est peut-être la plus vivante, la plus riche, la plus prospective et la plus pédagogique des 21 contributions. Elle intègre de nombreuses références à l’évolution historique du capitalisme, à l’actualité via des articles de presse, des graphiques, des schémas. Elle est résolument tournée vers l’international, l’Europe et la réduction du temps de travail. Elle reprend également de nombreux arguments tirés des ouvrages de l’auteur (« Pour la semaine de quatre jours » et « Le livre noir du libéralisme » notamment). Sans doute un peu trop « avant-gardiste », elle a le mérite de susciter la réflexion, en proposant par exemple un nouveau « Bretton Woods », un impôt européen sur les entreprises, la semaine de 4 jours, l’indexation des salaires, des montants compensatoires pour la Chine (thème repris par Henri Emmanuelli).

La contribution « Pour un socialisme écologique » est proposée par le pôle écologique du PS, créée en février …2008 ! Cela sent un peu la récupération et le surf sur des thèmes à la mode. D’autant plus que Christophe Caresche, son leader, est plus connu pour ses avis sur la sécurité que sur l’écologie…Cela paraît d’autant plus artificiel que désormais « Les socialistes sont partisans d’une économie sociale et écologique de marché » (article 6 de la déclaration de principes). L’écologie fait donc partie intégrante du discours du PS. Ce que semble confirmer Bertrand Delanoë : « Pour les socialistes, le temps de la « sous-traitance » de la question environnementale est donc révolu. Le socialisme doit assumer sa double identité : sociale et écologique, les deux étant désormais étroitement imbriqués. »

La contribution « Pour un socialisme du 21ème siècle en France » fait mention du « SMIG » et de l’actionnariat d’Usinor. Le SMIG a disparu depuis 1970 au profit du SMIC et Usinor est fondu dans l’ensemble Arcelor – Mittal. Je trouve que ça décrédibilise un peu leurs propos…De plus cette contribution est un peu « jargonneuse ».

A suivre...

PP

01 août 2008

Préparation du congrès du PS (1/4)

Dans le cadre de la préparation du congrès du Parti Socialiste qui se déroulera à Reims en novembre, 21 contributions générales ont été déposées. Sans rentrer dans les détails de la cuisine interne, les contributions ont pour vocation de précéder l’élaboration des motions sur lesquelles les militants se prononceront afin de fixer l’orientation politique du parti.

Voici donc la liste des 21 contributions :

Aux militants - Gaëtan Gorce (5 pages)
Besoin de gauche - Pierre Moscovici (9 pages)
Brèves de campagne - Marylise Lebranchu (22 pages)
Changer ! - Marie-Noëlle Lienemann (28 pages)
Clarté, Courage et créativité : Choisir maintenant, pour agir demain - Bertrand Delanoë (29 pages)
Combattre et proposer - Ségolène Royal (42 pages)
D'abord, redistribuer les richesses - Gérard Filoche (22 pages)
Debout la gauche ! - Marc Dolez (6 pages)
Donner une cohérence à la gauche et un espoir à la France - François Hollande
(16 pages)
Et si le Parti restait socialiste- Jacques Fleury (3 pages)
La ligne claire - Gérard Collomb / Jean-Noêl Guerini (28 pages)
Pour un socialisme du 21ème siècle en France - Pascal Jacquemin (10 pages)
Pour un socialisme écologique - Géraud Guibert / Christophe Caresche (23 pages)
Reconquêtes - Henri Emmanuelli / Benoît Hamon (29 pages)
Reconstruire à gauche - Laurent Fabius (26 pages)
Réinventer la gauche - Jean-Luc Mélenchon (22 pages)
Réussir ensemble le congrès du Parti socialiste - Jean-Marc Ayrault (6 pages)
Socialistes, Altermondialistes, Ecologistes - Franck Pupunat (21 pages)
Une vision pour espérer, une volonté pour transformer - Martine Aubry (56 pages)
Unité et refondation (s) ! - Frédéric Léveillé (12 pages)
Urgence sociale - Pierre Larrouturou (56 pages)

soit un total de 471 pages !

François Mitterrand, qui disait qu’ « un congrès se ganga à gauche », serait fier de ses « enfants » !

La plupart des contributions s’accordent sur plusieurs points : le capitalisme actuel « marche sur la tête », la remontée des inégalités est pose problème pour la cohésion sociale, la crise écologique doit être prise en compte, l’éducation, la santé, la recherche ou la culture ne doivent pas être confiées au marché, la défense de la laïcité est impérative, les dirigeants du parti socialiste doivent dire « nous » plutôt que « je », le parti socialiste doit avoir plus de liens avec les syndicats, associations… et il doit gagner la bataille des idées, le congrès ne doit pas désigner un(e) présidentiable.

Tous sont d’accord pour dire que le PS a perdu parce qu’il n’a pas été capable de proposer une vision de la société cohérente et porteuse d’espoir. Il a perdu le goût du travail collectif au profit des « écuries ». A plusieurs reprises, la transformation des militants en « supporters » est dénoncée. Le PS ne doit pas non plus devenir un parti d’élus locaux, cantonné à la gestion locale et incapable d’accéder au pouvoir national.

Selon Marylise Lebranchu, la gauche doit retrouver son « hégémonie culturelle », cette capacité à dominer par ses thèmes le champ politique. Selon elle, « ce que le candidat Sarkozy a accompli mérite d’être souligné. Au terme d’un pilonnage quotidien, il est parvenu, pour la première fois depuis vingt-cinq ans, à rompre avec l’équation qui faisait de la contestation des thèmes mitterrandiens une régression. Aussitôt, la préservation des limites posées par la gauche est devenue conservatisme : ce sont les rentiers, les fraudeurs du fisc qui ont soudain incarné, aux yeux des Français, le camp du mouvement, de la liberté et du progrès! »

Aucune contribution ne s’affirme ouvertement « moderne » (tendance Manuel Valls), sauf peut-être celles de Gaëtan Gorce et de Gérard Collomb (La ligne claire) qui décrit les changements du monde à grand renforts de chiffres et statistiques, sans pour autant donner de beaucoup de solutions concrètes…
La ligne claire « Et ils ne trouveront de crédibilité que s’ils opèrent une véritable révolution culturelle, notamment par rapport au monde de l’entreprise. »
« Cela doit au contraire nous amener à inventer des solutions à partir des changements de notre société depuis l'origine de notre État Providence, devenu obsolète. »

Bertrand Delanoë tacle les « modernes » dès le début : « L’immobilisme est un fléau, mais l’ingratitude est un leurre : on ne révèle pas sa modernité en se contentant de dénigrer son propre héritage. »
Henri Emmanuelli le rejoint : « Les clivages opposeraient les « modernes » aux « archaïques ». Comme si la modernité se résumait à la soumission docile aux modèles dominants imposés par ceux qui en bénéficient et l’archaïsme s’incarnait dans l’espoir d’une réduction des inégalités. La modernité ne peut être entendue comme l’acceptation d’un libéralisme aujourd’hui dépassé. »

A suivre...
PP

31 juillet 2008

La Chine ? Trop cher, mon bon monsieur !

Le numéro deux mondial des équipements sportifs, l'allemand Adidas , juge le niveau des salaires en Chine dorénavant trop élevé et va transférer une partie de sa production vers des pays encore plus compétitifs, déclare son patron dans un entretien publié lundi.

« Les salaires, qui sont fixés par le gouvernement, sont progressivement devenus trop élevés » en Chine, a dit Herbert Hainer à l'hebdomadaire Wirtschaftswoche de lundi. La part de la production de chaussures Adidas en Chine, qui représente pour l'instant la moitié de la production totale de chaussures du groupe bavarois, « va reculer », prédit le patron.

« Nous avons déjà ouvert une première usine en Inde. Des pays comme le Laos, le Cambodge et le Vietnam s'y ajoutent », a-t-il expliqué. « La production va également revenir dans les pays de l'ex-URSS et en Europe de l'est », mais pas en Allemagne, selon lui.

Si besoin était, voilà encore une preuve du besoin de normes sociales au niveau mondial pour éviter cette mise en concurrence des territoires sans cesse renouvelée par les multinationales.

PP

30 juillet 2008

GDF Suez

A l’heure où il est de bon ton de saluer la naissance d’un « leader mondial de l’énergie », certains analystes s’interrogent sur les performances futures du nouvel ensemble et surtout sur sa capacité à surmonter les différences de cultures entre les deux entreprises…

La culture d'entreprise et le management de Suez devraient prendre le dessus au sein de GDF Suez mais cela ne se fera pas du jour au lendemain et entraînera des tensions qui pourraient retarder l'intégration du nouveau géant mondial de l'énergie. Le mariage de Gaz de France - qui était contrôlé par l'Etat - et du groupe privé Suez a eu lieu officiellement mardi après deux ans et demi de fiançailles, donnant naissance à un nouvel ensemble dont les activités gazières et électriques sont complémentaires. Il devrait générer un milliard d'euros de « synergies opérationnelles » à l'horizon 2013.

Alors que les analystes financiers saluent la pertinence de l'opération au niveau géographique et des activités, certains estiment que la direction bicéphale du nouvel ensemble est intenable et que les différences culturelles rendront difficile la génération de synergies supérieures à l'objectif affiché.

fd521fba25c9fdd73577847460bced6d.jpg


Gérard Mestrallet, ex-président de Suez, est devenu le P-DG du nouveau groupe tandis que l'ex P-DG de GDF Jean-François Cirelli a été nommé vice-président et directeur général délégué. A un étage plus bas, les cadres de GDF Yves Colliou et Jean-Marie Dauger partagent les responsabilités de vice-présidents avec les hauts dirigeants de Suez Jean-Pierre Hansen et Gérard Lamarche, ce dernier étant en charge des finances. Le comité exécutif comprend toutefois sept cadres de Suez, en charge des divisions clés de l'énergie à l'international, de la stratégie et de la communication, contre six pour GDF.

« Les flingues vont sortir. Tous les patrons sont des hommes clés de Suez qui vont dégommer les uns après les autres les anciens de GDF », prédit un analyste basé à Paris sous couvert d'anonymat. Pour l'anecdote, il suffit de jeter un oeil au nouveau logo pour voir que c'est Suez qui impose son «esprit».

Selon un autre analyste, basé à Londres, « il y aura petit à petit une majorité d'anciens de Suez et cela va créer des tensions. Il ne faudrait pas sous-estimer ces tensions entre les hommes. Cela pourrait retarder les décisions, créer une publicité négative et, si cela dure, entraîner une intervention du gouvernement. GDF dispose de bons réseaux dans le monde politique et pourrait demander le soutien du gouvernement pour résoudre les problèmes. »

Dans gDf SuEz, il manque juste le A pour faire «EADS» !

PP

29 juillet 2008

Au pays du soleil levant...

e9580e54accf61c58e44291f922450c4.jpgL'excédent commercial du Japon s'est établi à 138,6 milliards de yens (816 millions d'euros) en juin, ce qui représente une baisse, plus marquée que prévu, de 88,9% par rapport à il y a un an.

La prévision médiane des économistes était d'un excédent de 503,0 milliards de yens, soit une baisse de 59,6%.

La contraction plus forte que prévu de l'excédent commercial s'explique essentiellement par la baisse, la première en près de cinq ans, des exportations, ce qui laisse à penser que le ralentissement économique provoqué par l'effondrement du marché des "subprime" aux Etats-Unis il y a près d'un an commence à se faire sentir auprès des pays clients du Japon.

Les exportations ont reculé de 1,7% alors que les économistes attendaient une hausse de 3,8%. Les importations ont de leur côté augmenté de 16,2%.

Vers les Etats-Unis, les exportations ont chuté de 15,4%, ce qui représente le dixième mois de baisse consécutive.

A méditer par tous ceux qui croient (ou veulent croire) que la crise est "derrière nous" !

PP

28 juillet 2008

La démocratie face au marché

Voici des extraits d’une interview de Pierre Rosanvallon, paru dans Alternatives Economiques :

« Pour moi, la démocratie a deux dimensions. La première, c’est de prendre acte de la division dans la société. Nous vivons dans des sociétés divisées, en termes de philosophie sociale, en termes culturels et plus encore en termes de situations économiques : il y a des riches et des pauvres. La première tâche de la démocratie, c’est donc de prendre acte de la division de la société et de faire de cette division un objet central de discussion, de penser des solutions et de trancher. (…) La démocratie est donc toujours un affrontement, entre solutions, entre intérêts.

Le marché est à la fois un système de régulation de l’économie et un système d’allocation de la propriété, de la richesse. A partir des années 20, et cette idée n’est pas née d’abord dans les pays communistes, on a longtemps pensé qu’une société rationnelle moderne trouverait des moyens d’organisation plus rationnels que la marché pour faire fonctionner l’économie, grâce à la planification. Mais on a accepté que le marché avait une supériorité informationnelle (…) En revanche, il y a un renouveau du débat autour du marché, comme système d’allocation de la propriété du fait des niveaux atteints par les inégalités économiques dans nos sociétés, qui pose une question fondamentale à l’ordre démocratique. En effet, la démocratie ne repose pas seulement sur une organisation des droits, c’est aussi une société dans laquelle les personnes se respectent, peuvent se parler ensemble, vivre ensemble et ne sont pas étrangères les unes aux autres, ce qui suppose qu’elles soient commensurables. Or le développement actuel des inégalités rend aujourd’hui incommensurable la situation des personnes.

Le développement des Etats-providences (…) avait conduit au siècle dernier à faire émerger une forme de civilité démocratique et sociale qui tranchait avec le capitalisme décrit par Disraeli dans son roman Sybil, or the Two Nations : on y voit, dans cette Angleterre du XIXème siècle, le prolétariat et la bourgeoisie aristocratique comme deux nations totalement hostiles(…) Eh bien, nous revenons aujourd’hui à cette situation, dans des conditions et pour des raisons économiques qui sont bien connues : la mondialisation engendre une diffraction généralisée du monde et on retrouve dans chaque pays les inégalités observées entre les pays.

La reconstruction d’une civilité démocratique est la grande question du XXIème siècle. Elle suppose de penser la question des inégalités. Le mérite peut justifier les inégalités. Le problème est de définir ce qu’est le mérite. Qu’est-ce qui procède de l’investissement des personnes et qu’est-ce qui procède, dans la création de richesse, des acquis sociaux, d’un héritage collectif ? Il nous faut donc faire de la question du mérite un objet central du débat social(…) Aujourd’hui, on accepte des différences injustifiables au nom du fait qu’elles sont acceptées ailleurs. »

27 juillet 2008

Non à l'hyperprésidence

Par Robert Badinter, sénateur, ancien président du Conseil constitutionnel

Publié dans l’édition du Monde du 20 juillet 2008

« Certains se demandent si, en refusant de voter la révision constitutionnelle, les socialistes ne sont pas en train de passer à côté d'une opportunité : rééquilibrer les institutions. La réponse est non. Cette révision est une occasion perdue, non pour les socialistes, mais pour la République. Nos institutions souffrent d'un mal profond : l'hyperpuissance du président. Il est le véritable chef du gouvernement, pour ne pas dire le gouvernement à lui seul, dans la pratique actuelle de l'Elysée. Et, depuis le quinquennat et la succession des élections présidentielle et législatives, il est le chef réel de la majorité présidentielle à l'Assemblée. La séparation des pouvoirs n'est plus qu'apparence. De surcroît, ce pouvoir sans pareil n'est assorti d'aucune responsabilité. J'appelle ce régime la monocratie : le pouvoir d'un seul dans la République.

Or le projet de révision ne réduit pas les pouvoirs du président. Il les accroît en lui permettant de s'adresser directement aux parlementaires réunis en Congrès. Le président présentera un bilan flatteur de son action et fera acclamer par sa majorité son programme de gouvernement. Le premier ministre comme chef de la majorité parlementaire disparaît. Le renforcement des prérogatives du Parlement, premier objectif de la révision selon le président, est un leurre en termes de pouvoir réel. Tant que le président sera le chef incontesté de la majorité à l'Assemblée, le Palais-Bourbon demeurera une annexe du palais de l'Elysée. "Cy veut le Roi, cy fait la loi", l'axiome de l'Ancien Régime demeure la règle sous la Ve République.

Quant aux pouvoirs de nomination du président aux grandes fonctions (Conseil constitutionnel, CSA, etc.), on annonce "un changement considérable" : le choix du président pourra être refusé par un vote des trois cinquièmes des membres d'une commission parlementaire. Mais un tel vote requiert le concours de la majorité présidentielle, qui ne sera jamais donné contre la volonté du président. Si on voulait rendre ces nominations consensuelles, il faudrait une majorité positive des trois cinquièmes nécessitant l'accord de l'opposition. On est loin du compte.

D'autres font valoir que la réforme accorde à l'opposition parlementaire des droits nouveaux. Mais il faut regarder la portée des textes et non pas seulement l'étiquette. On nous dit : le Parlement aura la maîtrise de la moitié de l'ordre du jour, "un progrès immense". Mais qu'en est-il pour l'opposition ? Le projet lui réserve un jour pour trois semaines, à partager avec les centristes. Belle avancée démocratique !

Autre exemple. Le président annonce que la présidence d'une commission parlementaire sur huit sera réservée à l'opposition. Pourquoi pas trois ? Nous ne demandons pas des pourboires, mais un rééquilibrage.

Enfin, la révision proposée consolide le mode d'élection archaïque des sénateurs, qui assure à la droite une majorité pérenne au Sénat. Cette situation est un défi à la démocratie. Le comité Balladur avait ouvert la voie à un changement possible. La droite sénatoriale a tout refusé à ce sujet. Elle entend demeurer maîtresse du Sénat et, par là, de toute révision constitutionnelle proposée par la gauche. Lors de la prochaine alternance, la gauche devra donc présenter un projet de révision constitutionnelle, soumis directement au pays par voie de référendum. Il devra inclure la reconnaissance du droit de vote aux élections municipales des immigrés régulièrement établis en France. Cette réforme-là, si importante pour l'intégration, est ignorée par l'actuelle révision.

Dans ces conditions, libre à qui le veut de danser un pas de deux constitutionnel avec le président de la République. Ce n'est pas notre choix. »

26 juillet 2008

L'efficacité supposée du marché

Je vous livre un extrait d’un article de Robert Boyer (économiste et directeur de recherches au CNRS) :

« Le marché s’est avéré fort efficace pour organiser les échanges de marchandises que sont les matières premières, les produits intermédiaires, les biens de consommation. Surtout si on le compare à la planification centralisée de type soviétique. En revanche, la puissance du marché a été plus problématique lorsqu’il s’est agi d’organiser les échanges en matière de travail, de monnaie et de relation avec la nature. Karl Polanyi qualifiait de fictives les marchandises correspondantes, et à sa suite, une large fraction des sciences sociales s’accorde sur le caractère corrosif du marché concernant leur gestion. Clairement, la vie, support du travail, n’est pas produite en vue du marché ; l’histoire a montré les limites d’une gestion purement marchande de la monnaie et du crédit ; enfin, en l’absence de normes et de règlements spécifiques, l’activité productive conduit à la détérioration de l’environnement.

Paradoxalement, les limites du marché apparaissent le plus dans le domaine de la finance, alors même que l’on semble confronté à la figure emblématique de marchés parfaits agrégeant un ensemble d’offre et de demande au travers de cotations devenues électroniques. Mais cette apparence est trompeuse car, en matière de finance, s’échangent non pas des marchandises typiques mais des promesses et des anticipations d’une valeur future marquée par toutes les incertitudes nées de la conjonction de comportements stratégiques, mais aussi de l’incapacité qu’ont les acteurs à calculer les conséquences de leurs décisions présentes sur leur revenu futur. Voilà pourquoi les acteurs du marché boursier, par exemple, s’avèrent incapables de calculer la valeur fondamentale – celle qui résulterait d’une analyse de l’activité réelle de l’entreprise dans son secteur – des titres qu’ils s’échangent, contrairement à ce que suppose la théorie standard.

Car de l’agrégation de leurs anticipations émerge une convention, un sentiment partagé, qui sert de référence à la révision des évaluations privées. Or, lorsque l’incertitude s’accroit, les acteurs sont tentés de faire davantage confiance à la convention du marché qu’à leurs propres évaluations. Dans ce cas, le marché tend à osciller entre deux évaluations extrêmes : soit très optimiste, soit excessivement pessimiste. Le basculement de l’une à l’autre se manifeste souvent par une crise financière. Bref, les marchés financiers sont intrinsèquement soumis à des crises périodiques qui peuvent se diffuser au reste de l’économie, précipitant le passage du krach financier à la récession économique, voire à la dépression. C’est d’autant plus probable que la finance occupe une place importante dans l’économie, comme le montre tant l’histoire financière que les comparaisons internationales. C’est une première explication à la résurgence des crises depuis deux décennies. »