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29 juin 2007
FMI et Banque Mondiale dans la tourmente
Le président du Fond Monétaire International (FMI), l’espagnol Rodrigo de Rato vient d’annoncer qu’il quittait son poste avant le terme officiel de son mandat, officiellement pour des raisons personnelles
Il y a quelques semaines, c’est son homologue de la Banque Mondiale, Paul Wolfowitz (protégé de George W. Bush), qui avait été contraint à la démission. Il avait été éclaboussé par une sombre affaire de favoritisme : il avait fait augmenter considérablement le salaire de l’une de ses collaboratrices, Mme Shaha Riza,…qui se trouvait aussi être sa compagne.
Ces deux évènements traduisent à leur manière les difficultés que rencontrent ces institutions internationales. Le FMI est en proie à des difficultés financières importantes, tandis que l’on reproche à la Banque Mondiale l’opacité de son fonctionnement. Au-delà de ces difficultés, c’est la légitimité des ces institutions qui est remise en question.
Un peu d’histoire…
Le FMI et la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD, plus communément appelée Banque Mondiale) sont nées en 1945, suite aux accords de Bretton Woods qui ont, entre autre, instauré un système de changes fixes, visant à assurer la stabilité de l’économie mondiale de l’après-guerre. Le FMI avait pour rôle de défendre ces taux de change fixes. La Banque Mondiale, quant à elle, devait financer des projets de développement dans les pays émergents. Après l’abandon de la convertibilité en or du dollar et la mise en place de changes flottants en 1971, le rôle de ces institutions a évolué.
Ils sont devenus tristement célèbres pour leurs « plans d’ajustement structurels », imposés aux pays en développement en contrepartie de l’octroi de prêts. Ces plans consistaient en la mise en œuvre du fameux « consensus de Washington » : privatisations, dérégulations, austérité budgétaire…En d’autres termes, il s’agissait d’ouvrir le plus rapidement possible les marchés, de privatiser les entreprises publiques et de diminuer l’intervention de l’Etat dans tous les domaines. Bien entendu, peu leur importait de savoir si les infrastructures, l’environnement juridique…permettaient de conduire ces politiques sans explosion des inégalités, sans constitution de monopoles privés !
C’était alors l’âge d’or du marché, il devait tout résoudre ! Lorsque les premières crises sont apparues (Mexique en 1994, Asie en 1997, Russie en 1998,…), les causes furent évidentes : la libéralisation n’avaient pas été poussée assez loin, il y avait encore trop d’entraves au marché. Les idéologues néo-libéraux (tels que Milton Friedman) avaient gagné la bataille des idées. Leur travail de sape avait débuté dès l’après-guerre, via les « think tanks », ces organisations financées par des fonds privés dont le but était de convaincre les décideurs des bienfaits du libéralisme. Pendant les Trente Glorieuses, leur discours était marginal, puisque l’économie était relativement prospère. L’incapacité des politiques d’inspiration keynésienne (associant l’Etat à la relance économique, via la dépense publique) à surmonter la crise économique du début des années 1970 (inflation et faible croissance) a mécaniquement renforcé l’influence des néo-libéraux. Pourquoi alors ne pas expérimenter leurs solutions ? D’autant plus qu’elles avaient l’avantage de la simplicité : un Etat minimal, une concurrence sans entrave… et il n’y a plus qu’à laisser faire. Il est vrai qu’une réflexion sur l’adaptation des régulations publiques au nouveau contexte économique aurait été autrement plus complexe !
C’est en suivant ces logiques pseudo-scientifiques que les Etats ont commencé à renoncer à leur politique monétaire en donnant aux banques centrales leur indépendance, au prétexte que seuls des « professionnels » étaient aptes à trancher sur des domaines aussi pointus.
En Europe, les conséquences de ces idées délétères se traduisent encore aujourd’hui de plusieurs manières : la préférence donnée par la Commission Européenne à l’instauration d’une politique de la concurrence plutôt qu’à une politique industrielle, l’absence de coordination macroéconomique au sein de l’Union Européenne, le statut de la Banque Centrale Européenne qui lui impose de se focaliser sur l’inflation en oubliant la croissance…
La faillite idéologique des néo-libéraux…
« Un marché imparfait vaut mieux qu’un régulateur parfait », voilà ce que disait (sans plaisanter) …le PDG d’Enron, dont la faillite frauduleuse a contribué au krach de la nouvelle économie. Dans le fond, il n’avait pas tort…en ce qui le concernait. En effet, un marché imparfait permet à une minorité d’acteurs de capter un profit maximal. La concurrence parfaite, telle qu’elle est rêvée par les théoriciens, fait tendre les profits vers zéro. C’est pour cela qu’elle n’intéresse pas les entreprises, ce qui les intéresse, c’est au contraire de dominer rapidement un marché pour empêcher les nouveaux entrants d’y accéder. C’est ainsi que libéralisations des marchés de réseaux (énergie, télécommunications, transport) conduisent presque systématiquement à la constitution d’oligopoles (un petit nombre d’entreprises se partageant un marché).
Dans un récent rapport de la Banque Mondiale, on peut lire que « les politiciens sont trop enthousiastes dans leur croyance dans la magie du marché ».
Qui a dit : « La libéralisation financière a accru la possibilité de conséquences néfastes plus grandes de l’instabilité financière sur les performances économiques » ? Olivier Besancenot ? Non, l’économiste en chef du FMI…
Dans les temples du libéralisme pur et dur, on se met donc à avoir des doutes sur l’idéologie dominante ! Faut-il y voir un signe que la « ligne de plus grande pente » de la pensée est en train de changer de direction ? Toujours est-il que des économistes comme Joseph Stiglitz, qui militent pour un rôle plus important de l’Etat dans l’économie, sont de moins en moins isolés.
De nouvelles régulations internationales
Leur début d’aggiornamento idéologique est peut-être bon signe, mais cela n’empêche pas les instances de régulation internationale d’être en difficulté. En effet, de nombreux pays d’Amérique du Sud ont décidé, sous la houlette du président vénézuélien Hugo Chavez, de quitter le FMI pour créer leur propre fond régional. La tentation de faire de même est forte en Asie.
Des fondations privées (Bill Clinton, Bill Gates) ont aujourd’hui une force de frappe financière plus importante que le FMI, dont l’encours de prêt est passé de 100 à 20 milliards de dollars depuis 2002.
L’Organisation Mondiale du Commerce doit faire face au développement d’accords commerciaux bilatéraux (accords directs entre deux pays), qui remettent en cause son principe même.
Les tentations protectionnistes, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, se font de plus en plus pressantes comme remède aux déséquilibres commerciaux vis-à-vis des pays émergents. Le regain de volatilité des Bourses chinoises au début de l’année, après celui enregistré en Hongrie et en Turquie, sont peut-être des signaux avant coureurs de difficultés de plus grande ampleur.
Dans ce contexte, il est urgent d’ajuster les objectifs des instances internationales aux enjeux majeurs : réchauffement climatique, aide au développement, encadrement de la finance (fonds spéculatifs,…) et de son emprise sur l’économie, lutte contre le dumping fiscal et social, lutte contre les paradis fiscaux…
PP
15:20 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : FMI, Banque Mondiale, finance, régulation







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