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31 mai 2008

Les socialistes et le marché (1/2)

J’ai consulté le blog de la rénovation du Parti Socialiste ! Eh oui, ça existe !
Ainsi, j’ai pu parcourir le compte-rendu du forum de la rénovation autour du thème « LES SOCIALISTES ET LE MARCHÉ », qui s’est déroulé le 15 décembre 2007 à La Villette.

Pour ceux que ça intéresse, voici l'intégralité du forum en vidéo:



Je vous épargne les poncifs habituels sur la « nécessaire régulation du marché ».
En revanche, je vous livre ci-dessous la contribution de Liêm Hoang-Ngoc. Cet économiste est membre du Conseil National du PS et maître de conférences à Paris I-Sorbonne. Il a écrit plusieurs ouvrages, le dernier en date est « Sarkonomics » aux éditions Grasset.

Il a un discours qui détonne avec le conformisme ambiant. Je le trouve particulièrement intéressant, mais je vous laisse juges…

Liêm Hoang-Ngoc :
Une offensive idéologique sans précédent tente de discréditer les idées socialistes. Elle assimile encore le socialisme au modèle soviétique. Elle somme la gauche de se convertir à l’économie de marché qu’elle réduit au capitalisme anglo-saxon. Les socialistes n’ont jamais eu de problème avec le marché. Ils ont toujours été fâchés avec le capitalisme, surtout lorsqu’il planifie le pouvoir économique des nouveaux rentiers. Ce débat est déjà ancien. Un futur jeune Premier ministre en avait fait la synthèse, il y a près de trente ans, en proclamant qu’entre le plan et le marché, il y a le socialisme !
Depuis le congrès de Metz, de l’eau a coulé sous les ponts. C’est un euphémisme, la France de Nicolas Sarkozy est moins socialiste que celle dont Laurent Fabius hérita en 1984… Mais elle l’est aussi moins que la France du Général de Gaulle… qui, à bien des égards, était bien plus socialiste que l’Angleterre de Tony Blair.

Dans la France néo-conservatrice, la rénovation du PS passe en premier lieu par la rénovation de son diagnostic économique. Notre diagnostic devrait diverger de celui de Jacques Attali, notre déjà bien ancien camarade. Son diagnostic est d’ailleurs le même celui que vient de publier le FMI. Attali nous dira dans quelques jours que les freins à la croissance sont à rechercher du côté de la concurrence faussée, des rigidités du marché du travail et du poids de l’Etat. Le monde dont il rêve, avec tous ceux qui usurpent le trône de la modernité, est le monde néo-conservateur qui régnait au début du siècle dernier. Un monde dont Keynes (qui n’était pas socialiste) écrivait en 1936 qu’il était habité par deux vices marquants : le chômage et les inégalités.

Nous sommes aujourd’hui revenus un siècle en arrière. Les chiffres récemment publiés sont têtus. Au cours de ces dix dernières années, les revenus des nouveaux rentiers et des dirigeants du capitalisme financier ont explosé, alors que le pouvoir d’achat de l’immense partie de la population baissait. La moitié de la population gagne moins de 1480 euros par mois. 7 millions de pauvres survivent avec moins de 817 euros.
Les efforts demandés aux salariés ont-ils pour contrepartie les retombées économiques annoncées !?... Même pas ! L’économie de rentier dans laquelle nous vivons est incapable d’assurer le plein-emploi. La consommation est menacée par la baisse du pouvoir d’achat. Mais surtout, les profits et l’épargne d’hier ne sont pas les investissements d’aujourd’hui, qui ne seront pas l’emploi de demain ! L’investissement ne souffre aucunement du droit du travail et du coût du travail. Il est entravé par la hausse du coût du capital consécutive aux privatisations afin d’assurer les dividendes des nouveaux rentiers. L’investissement dans les nouvelles technologies et dans les énergies renouvelables devrait être une priorité nationale ! Il est inexistant ! Nos industries ne sont pas compétitives, faute d’avoir investi ! Le commerce extérieur est chroniquement déficitaire.

Dans ce marasme, le défi que doivent relever les socialistes est de montrer que la politique peut encore agir sur la production et la répartition des richesses. La politique, c’est en premier lieu l’Etat, que nous aspirons à diriger. Un Etat que les néo-conservateurs et les néo-conservatrices veulent littéralement castrer !
L’Etat jacobin et centralisateur n’est heureusement pas devenu complètement impuissant. Il n’a jamais été en faillite et ne vit aucunement aux crochets des générations futures. Les épargnants se ruent sur ses bons du Trésor si bien qu’il peut s’endetter à des taux d’intérêt très bas. Romano Prodi a raison de le dire : le pacte de stabilité est, à cet égard, une belle stupidité. Malheureusement, la droite a gâché les marges de manœuvre dont elle disposait. Les 15 milliards du paquet fiscal auraient pu être consacrés à la politique industrielle, à la redistribution et au développement des services publics. Ils nourriront une fois de plus la spéculation boursière et immobilière.

Bien évidemment, une autre réforme fiscale était possible ! Une réforme qui rendrait l’impôt juste en étendant la sphère de l’impôt direct et progressif. Cette réforme commencerait par réduire la TVA, que la droite voulait augmenter. La baisse de 1 point de la TVA, que nos députés viennent de proposer, améliorerait immédiatement le pouvoir d’achat. Cette mesure permettrait d’injecter 6 milliards pour relancer la consommation. Son coût est 2 fois et demi inférieur à celui du paquet fiscal.

Mais, pour s’attaquer véritablement au problème du pouvoir d’achat, il faudra rompre le tabou des salaires, bloqués dans notre pays depuis 1983. Nos aînés ont su « techniquement » organiser la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. L’inflation salariale est désormais vaincue. Les travailleurs français détiennent la médaille de bronze de la productivité mondiale ! Dès lors, une hausse des salaires est possible, sans détériorer la situation des PME, qui bénéficieraient en outre de notre réforme des cotisations patronales ! Qu’on cesse de tourner autour du pot ! Notre génération, qui ne manque pas de réparateurs de logiciels socialistes en panne, saurait, « techniquement », organiser la hausse des salaires. De plus, parce la productivité s’élève avec l’économie de la connaissance, les salariés ont aussi droit à une réduction de leur peine au travail, sous forme de retraite ou de réduction du temps de travail ! Telle est la version socialiste de la théorie de la valeur-travail. Elle s’oppose aux thèses les plus éculées, refusant jusque 1848 toute législation sur la durée du travail. Celles-ci proposent aujourd’hui d’aggraver l’exploitation, d’augmenter le taux d’emploi des vieux et accusent les victimes du capitalisme d’avoir choisi d’être des assistés volontaires !

Il faut rétablir la vérité ! La durée effective du travail en France se situe dans la moyenne européenne (41h. hebdomadaires, à peu près comme en Allemagne). Les 35 h ont créé 500000 emplois sans détériorer la productivité ! Au contraire l’allongement de la durée du travail, proposé par Sarkozy, ne créera pas un emploi et ne modifiera en rien le partage du gâteau pour revaloriser le travail ! Le rachat des RTT est une véritable entourloupe. Il revient à proposer des heures supplémentaires sous-payées !

Enfin, nous aurions tort de laisser à Sarkozy et aux souverainistes le monopole de la critique de la politique économique européenne. Il n’y a pas de politique budgétaire, faute de budget européen ! Il n’y a pas d’harmonisation fiscale faute d’Europe politique ! Quant à la politique monétaire, il a fallu que Louis Gallois le reconnaisse pour que l’on se rende enfin compte que l’euro fort est source de délocalisations ! La BCE doit baisser ses taux pour que l’euro cesse de s’apprécier ! En matière de libre-échange, il faut cesser d’être dogmatique : Le tarif extérieur commun doit être relevé pour protéger nos industries et nos emplois !

La gauche ne doit pas commettre l’erreur de se contenter d’une simple opposition méthode. Un bon socialiste n’est pas un socialiste de droite ! Il a le droit et le devoir de défendre son camp, lui aussi, sans complexe. Pour contrer une vraie politique de droite, nos électeurs attendent une véritable opposition de gauche.

C’est à cette condition que nous redonnerons vie au vrai débat politique !

30 mai 2008

Le nom de la rose

Comme beaucoup de militants socialistes, j'imagine, je suis atteré par le pseudo-débat sur la compatibilité du socialisme et du libéralisme auquel se livre les prétendants au poste de premier secrétaire.
Ce débat, d'une portée théorique aussi fondamentale que celui sur le sexe des anges ou la couleur du cheval blanc d'Henry IV, était-il vraiment indispensable ?

Alors que tous les jours, les coups pleuvent contre le droit du travail, la protection sociale, la fiscalité...les responsables du parti socialiste débatent pour savoir si, oui ou non, on peut être socialiste et libéral, et font de subtiles distinction entre libéralisme économique et libéralisme politique.
On croit rêver...

Tiens, ça me fait penser à une scène du film "Le nom de la rose" (ça ne s'invente pas!).

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On y voit des évêques embagousés, confits dans leur fatuité, débattre pour savoir si, oui ou non, le Christ était popriétaire de l'habit qui le vêtait. Pendant que, sous leurs fenêtres, les gueux disputent des restes de nourritures aux animaux... Ca ne vous rappelle rien ? Non ?

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PP

29 mai 2008

C'est triste...

Les derniers développements sur les 35 heures ne font que confirmer deux de mes convictions :

1) Xavier Bertrand est un faux-cul
Dominique de Villepin, alors Premier Ministre, qualifiait celui qui était son ministre de la Santé de « Traître sans couille ». Et Dominique de Villepin, qui a côtoyé Jacques Chirac pendant vingt ans s’y connaissait en traitrise ! Au passage, j’en viens à regretter Chirac. Au moins lui, je pense qu’il aimait vraiment les gens et qu’il aurait pu, s’il avait eu plus confiance en lui, être un vrai homme de gauche. Alors que Nicolas Sarkozy, triste petit matamore de supermarché, n’a que des comptes à régler avec lui-même et son passé. Mais enfin bref, je m’égare… Revenons à nos moutons.

Xavier Bertrand ne cessait de nous répéter, la main sur le cœur, qu’il fallait « laisser faire les partenaires sociaux », que le gouvernement ne devait plus s’immiscer dans les négociations sociales… Et il nous balance un avant-projet de loi dont même le Medef n’osait plus rêver !
En effet, cet avant-projet renvoie à la négociation d'entreprise ou, à défaut, à des accords de branche, non seulement les modalités de dépassement du contingent d'heures supplémentaires mais aussi la fixation de ce contingent et le repos compensateur octroyé pour les heures travaillées au-delà de ce contingent.

L’individualisation du droit du travail ne peut conduire qu’à plus d’inégalités entre les entreprises et les salariés, sans que cela ne permette de lutter contre le chômage ou améliore la compétitivité des entreprises. Là encore, nous sommes dans l’idéologie réactionnaire pure et dure.

2) Patrick Devedjian est nul
Allez, je l’écris une fois de plus : Patrick Devedjian est nul. Ca fait du bien !
Il est nul, parce qu’il a mis grossièrement les pieds dans le plat, la semaine dernière, sur les 35 heures. Il devait être au courant du projet de loi et n’a pu se retenir de balancer ce qui pour lui était une évidence : la fin des 35 heures.
Malheureusement, malgré tous les démentis, c’est lui qui avait raison !

Quelle tristesse pour la France…

PP

28 mai 2008

Epargnez-nous ça!!

L’omniprésident est de retour ! Désormais, toutes les semaines, une solution miracle !
Cette semaine, c’est l’intéressement et la participation (ou épargne salariale) qui vont résoudre le problème du pouvoir d’achat !
Rappelons que l’intéressement consiste (schématiquement) en un complément de rémunération variable et lié aux performances de l’entreprise. Il est mis en place par accord d’entreprise, n’est pas soumis à cotisations sociales et doit rester bloqué au moins cinq ans pour permettre à son bénéficiaire d’avoir droit à des exonérations fiscales.
La participation suit à peu près le même fonctionnement, à ceci près qu’elle obligatoire pour les entreprises de plus de 50 salariés. Pour l’anecdote, elle a été instaurée à l’initiative du général De Gaulle.
Nicolas Sarkozy veut rendre l’intéressement obligatoire dans les entreprises et autoriser le déblocage « immédiat » de l’épargne salariale bloquée.

Selon une étude de l’Insee datant de 2002, si 45% de l’ensemble des salariés bénéficiaient d’épargne salariale ils n’étaient que… 9% des salariés dans les entreprises de 10 à 49 salariés.
Sans surprise, les cadres en bénéficient plus que les ouvriers et les CDI plus que les CDD !
Toujours en 2002, la participation et l’intéressement représentaient en moyenne 3,1% du total de la rémunération (0,7% dans les entreprises de moins de 50 salariés).

En 2004, la moitié des salariés bénéficiaires d’épargne salariale détenaient moins de 1800 €. Les 10% les moins bien lotis disposaient de moins de 300 € alors les 10% les mieux pourvus disposaient de plus de 14200 €.
Les sommes sont plus élevées pour les cadres – et de façon moins accentuée pour les professions intermédiaires – que pour les employés et les ouvriers. Dans le cas de l'intéressement, par exemple, l'accord qui institue son mécanisme dans l'entreprise peut prévoir que la répartition entre les salariés est uniforme, ou proportionnelle aux salaires, ou proportionnelle à la durée de présence, ou encore mixte. Dans la pratique, la forme proportionnelle est la plus répandue.

Que peut-on conclure de ces quelques données ? Que, pour la plupart des salariés concernés, ce n’est pas forcément le Pérou ! Ensuite que les inégalités sont fortes entre cadres et ouvriers, CDI et CDD, salariés des petites et grandes entreprises.
Les incitations projetées (réductions d’impôts sur les sociétés) seront-elles suffisantes pour faire rapidement converger les situations ? On peut en douter.
De plus, débloquer de l’épargne est, par définition, un « fusil à un seul coup » ! Une fois cet argent dépensé, que faire ? Le problème restera entier…

Jusqu’à présent, l’intéressement était un complément de rémunération à destination des salariés des plus grandes entreprises, la « cerise sur le gâteau » en quelque sorte. Demain, sa généralisation dans les PME ne constitue-t-elle pas une étape supplémentaire vers des rémunérations toujours plus fluctuantes et instables ? En effet, tout comme les heures supplémentaires, l’intéressement est très largement aléatoire.

Enfin, l’épargne salariale bloquée (notamment la participation) avait pour vocation de financer des investissements sur le long terme. Or, la France a besoin d’épargne de long terme pour l’avenir de sa croissance et de l’emploi.

Une fois de plus, la solution proposée, sous ses allures de panacée, va à l’encontre du bon sens, de l’intérêt des salariés, et privilégie le très court terme au détriment de l’avenir de l’économie.

PP

27 mai 2008

Socialiste et Libéral ??

Je vous propose d'écouter (ou de réécouter) la chronique du 26 mai de Kathleen Evin sur France Inter. C'est très court (moins de 4 minutes).

Une chronique en forme de clin d'oeil au débat fondamental qui agite les "ténors" du Parti Socialiste ces jours-ci...


podcast


PP

26 mai 2008

Montres suisses et haute couture

4032f9328021240df770c13eafc74973.jpgOn le sait, Nicolas Sarkozy apprécie les montres suisses. Mais qu'apprécie-t-il le plus : leur apparence flatteuse ou leur précision ?
A en juger par ses derniers propos sur les dockers, on peut penser que la précision est, somme toute, secondaire pour lui.
En effet, lors de sa conférence de presse du 20/05/08 dans le Loiret, il n'a pas hésité à tenir les propos suivants:
"Que voulez vous que je vous dise? Les dockers d'Anvers et Barcelone travaillent 4000 heures/an et les dockers de Marseille 2000 heures/an".
Il entendait ainsi justifier ses projets de "réformes" du secteur. Avec de tels écarts, il est manifestement impossible pour nos dockers de rivaliser avec leurs homologues étrangers.
Sauf que...le moindre apprenti horloger serait en mesure de faire le calcul suivant : dans une année, il y a 52 semaines (même Nicolas Sarkozy ne peut changer ça!), en supposant que nos dockers anversois ou barcelonais prennent 4 semaines de congés, il leur reste 48 semaines de travail, à raison de 6 jours par semaine, cela fait 48x6=288 jours. Donc, selon Nicolas Sarkozy, ils travaillent... plus de 13 heures par jour.
C'est à peu près ce qui se passait au début du 19ème siècle...

On le sait, Rachida Dati apprécie la haute couture. Elle pousse la passion jusqu'à nous broder un magnifique tissu de perles (16/05/2008 en réponse à l'AFP) :
"Il y a, je crois, à peine 6% des établissements qui seraient en surpopulation".
En fait c'est...63 %

PP

23 mai 2008

L’œuf ou la poule ?

Qu’est-ce qui est apparu en premier : l’œuf ou la poule ?
Cette éternelle question me fait penser à la situation actuelle du Parti Socialiste !
Faut-il d’abord se mettre d’accord sur les idées ou choisir un chef ?
Est-ce le « chef » qui doit imposer ses idées ou les idées qui doivent aboutir au choix de celui (ou celle) qui sera le mieux à même de les incarner ? La droite a réglé la question depuis belle lurette en choisissant un chef. Même s’il est de plus en plus contesté, personne n’ose ouvertement s’opposer à lui.

Les idées d’abord ou le chef ? Au PS, si on a du mal à discerner des propositions cohérentes sur les grands sujets, ce ne sont pas les chefs potentiels qui manquent : Royal, Delanoë, Aubry, Valls, Dray, Moscovici, Fabius, Strauss-Kahn… Que ceux que j’ai oubliés veuillent bien m’excuser !
Toujours prompts à expliquer les raisons des échecs, à dire ce qu’il n’aurait pas fallu faire, ils sont moins loquaces lorsqu’il s’agit de proposer une vision de la société.

Qu’est-ce qui fait la légitimité d’un chef ? Quelle est cette étrange alchimie qui fait dire, sans hésitation, « c’est lui » ? Pourquoi est-il si difficile aujourd'hui d’identifier un leader ? Par exemple, aux Etats-Unis, c’est la première fois qu’il est si difficile de départager les candidats à l’investiture démocrate. Cette tendance serait-elle l’apanage de la gauche ? Pas si sûr… Si Nicolas Sarkozy se retirait de la vie politique demain (on peut rêver), le bal des prétendants à sa succession ne serait pas triste : Fillon, Copé, Bertrand, pourquoi pas Villepin, le retour ?
La raison à tout cela ne réside-t-elle pas dans la recherche systématique du consensus : à vouloir contenter tout le monde, on ne satisfait personne. La médiocrité des propositions (on dit aujourd’hui, « l’offre politique ») induit la tiédeur des réactions. A quoi bon se prononcer pour tel ou telle, s’ils sont interchangeables ? Si leurs idées ne diffèrent qu’à la marge ?
Si Nicolas Sarkozy a gagné l’élection présidentielle, c’est qu’il a réussi un « hold-up » idéologique en faisant croire qu’il apportait des idées nouvelles. Il s’avère aujourd’hui, et ce n’est guère surprenant, qu’elles sont inefficaces et d’ailleurs pas forcément nouvelles, mais c’est une autre histoire !

Quoiqu’il en soit, nous avons le sentiment que nous devons faire face à des changements, des bouleversements majeurs dans la marche du monde, et que nous propose-t-on ? Des petits bricolages : un an de cotisation en plus par là, ou encore des heures supp. ou des franchises médicales par ici …
Alors que les grands enjeux sont européens, voire planétaires : protection de l’environnement, montée en puissance des pays émergents, régulation de la finance mondiale…
Alors que le bon sens milite pour une harmonisation fiscale et sociale de l’Europe, on veut nous faire croire que la France peut s’en sortir seule, voire au détriment de ses voisins (comme l’a fait l’Allemagne du social-démocrate Schroeder, d’ailleurs).

Mais revenons à la problématique initiale : le chef ou les idées ?
J’ai du mal à imaginer une réflexion sereine sur fond de combat à fleuret moucheté voire à couteaux tirés !
Qu’est-ce qui fait que l’on veuille devenir un responsable politique ; la volonté de servir ses concitoyens ou la satisfaction de son ego ? Il y a forcément un peu des deux, le problème, c’est que de plus en plus souvent, c’est la deuxième motivation qui prend largement le pas sur la première. Lorsque la quête du pouvoir est vécue comme une fin en soi, il n’est pas surprenant que la question des idées soit reléguée au second plan, et que finalement, tout le monde pense plus ou moins la même chose sur la plupart des sujets. Certes, lorsque l’on est dans l’opposition, il y a bien quelques effets de manche, mais c’est tout.
L’idéal, ce serait un chef avec des idées !

Etre socialiste, qu’est-ce que ça signifie ?
Etre socialiste, c’est lutter farouchement contre les inégalités. C’est refuser de croire que la situation de chacun est le résultat exclusif de ses actes. La société a des responsabilités, notamment vis-à-vis des plus fragiles de ses membres.
Les inégalités, elles existent, parfois sournoises et indicibles, parfois criantes et concrètes : l’obésité touche 25% des plus pauvres, un ouvrier a une espérance de vie 6 ans inférieure à celle d’un cadre… La France est un des pays développés où les inégalités se transmettent le plus d’une génération à l’autre.
On nous dit que faisons tous plus ou moins partie d’une « classe moyenne », qu’il n’y a plus lieu de raisonner en termes de classes sociales, que nous avons tous les mêmes intérêts. Les intérêts des 10% des français qui possèdent 46% du patrimoine sont-ils a priori les mêmes que ceux du reste de la population ? Pourquoi alors le business de « l’optimisation fiscale » est-il si florissant ? Tant de trésors d’ingéniosité et d’astuce déployés pour s’affranchir de la solidarité nationale…Malgré tous les progrès humains, les instincts, eux, n’évoluent pas. La cupidité, l’égoïsme sont toujours d’actualité, renforcés même par la glorification de l’individualisme (« responsabilisation ») prôné par les libéraux de tous bords.
Plus que jamais, la lutte est nécessaire pour réaffirmer la suprématie de la coopération sur la compétition, de la solidarité sur l’individualisme.
Mais au-delà des engagements sur les principes et les valeurs, il est nécessaire d’avoir des réponses fortes, précises et cohérentes sur des sujets concrets.

Je vous en livre, en vrac, quelques uns :
* le rôle de l’Etat et des servies publics
* le financement de la protection sociale et des retraites
* l’indemnisation du chômage et la formation des chômeurs
* la formation continue
* la politique industrielle
* la réforme des collectivités territoriales (régions, départements, intercommunalité)
* le projet européen
* la régulation de la finance mondiale
* la fiscalité (des personnes physiques, des entreprises, du patrimoine, …)
* le système éducatif (de l’école primaire à l’université)
* la protection de l’environnement et la fiscalité environnementale (taxe carbone,…)
* le système de santé
* l’assurance maladie
* la justice (et ses moyens)
* la sécurité (violence, agressions physiques…)
* l’impact des normes comptables IFRS sur les entreprises
* le développement des PME
* la rémunération et l’implantation des professionnels de santé
* l’immigration
* le logement
* la surpopulation carcérale
* …

Sur tous ces sujets (et bien d’autres), le PS n’a pas de propositions audibles. Nous ne pouvons pas nous contenter « d’adapter ce qui marche ailleurs », ce qui semble être (à droite comme à gauche) le nec plus ultra en matière « d’offre politique ». C’est oublier qu’une loi n’est pas qu’une mesure technique, elle s’insère dans un ensemble global, elle est issue d’une histoire collective…
La France est toujours l’une des toutes premières puissances économiques mondiales, elle a forcément les ressources pour proposer des solutions originales (ce qui n’interdit pas de regarder ce qui se passe ailleurs) ; des solutions dont les autres pays pourraient, pourquoi pas, s’inspirer par la suite !
PP

22 mai 2008

Puisqu'on vous dit que ça marche !!

Nicolas Sarkozy, Christine Lagarde, Laurent Wauquiez le répètent en chœur : « les heures supplémentaires, ça marche ! »
En effet, selon les chiffres de l'Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (ACOSS) 59% des entreprises auraient eu recours à ce dispositif en mars 2008, contre 51% en décembre 2007.
Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Sauf que…
Pourquoi le gouvernement ne communique-t-il pas tout simplement sur le nombre d’heures supplémentaires ? En effet, pour vraiment juger de l’efficacité de la mesure, le bon indicateur c’est le nombre d’heures supplémentaires effectuées et pas le nombre d’entreprises qui ont recours au dispositif. Cette question me tarabustait, jusqu’à ce que je trouve la réponse dans « Aujourd’hui en France » daté du 21 mai. Selon l’ACOSS, voici le nombre d’heures supplémentaires effectuées dans les entreprises de plus de dix salariés dans les derniers mois :
* Décembre 2007 : 47 millions
* Janvier 2008 : 44 millions
* Février 2008 : 42 millions
* Mars 2008 : 42 millions
Ce n’est pas vraiment une montée en puissance exubérante !

Toujours selon l’ACOSS, voici le montant actuellement déclaré des exonérations
* Décembre 2007 : 165 millions d’€
* Janvier 2008 : 156 millions d’€
* Février 2008 : 152 millions d’€
* Mars 2008 : 156 millions d’€
Ces chiffres confirment bien l’essoufflement.

Au passage, on peut noter que chaque heure supplémentaire coûte au contribuable environ 3,60 €. A cela, il faut ajouter le manque à gagner (pour l’Etat !) en termes d’impôt sur le revenu, bien que ceci soit compensé par une diminution de la prime pour l’emploi pour certains bénéficiaires du dispositif.

De l’aveu même du sous-ministre à l’Emploi, l’inénarrable Laurent Wauquiez, le nombre d’heures supplémentaire est en moyenne de six heures par mois et par personne. On est loin des quatre heures par semaine mentionnés dans les simulations du ministère de l’Economie!

Au final, si plus d’entreprises ont recours au dispositif, ce n’est pas forcément le signe d’un succès du dispositif, cela traduit plutôt un saupoudrage où chaque bénéficiaire récupère quelques « miettes » sans que cela change fondamentalement sa situation.

En dernier recours, le ministère de l’Economie nous assène que le dispositif des heures supplémentaires va injecter 5 milliards d’€ de pouvoir d’achat. Ca a tout l’air d’un argument « massue » tant le chiffre est imposant ! Mais…si l’on rapporte ce chiffre à l’ensemble des salaires bruts, ça fait rapidement « pschitt ». En effet, les salaires bruts s’élèvent à environ 700 milliards d’€ par an. Les 5 milliards de « pouvoir d’achat » représentent donc…0,7% du total !!

On est loin du choc de croissance promis !
PP

21 mai 2008

Bonnie & Clyde

Mais qui donc arrêtera Bonnie & Clyde ?
Après Clyde Devedjian qui veut en finir avec les 35 heures, voilà Bonnie Parisot qui veut faire repousser l’âge légal de la retraite à 63,5 ans !
Malgré le désaveu du « parrain » Nicolas Sarkozy et de son porte-flingue Xavier Bertrand, Clyde persiste : « Le rôle de l’UMP, c’est de déminer. Le contournement des 35 heures nous coûte des millions chaque année, quand nous cherchons de l’argent pour faire le RSA. »
Il s’agit donc de ça ! Déminer ! L’UMP devait donc préparer le terrain. Heureusement que Devedjian est nul. Avec sa finesse d’éléphant dans un magasin de porcelaine, il a quelque peu savonné la planche à ses « amis » du gouvernement !
Quant à Bonnie Parisot, elle est moins loquace sur l’avancement des négociations sur les critères de pénibilité et sur les mesures visant à favoriser le maintien des seniors en emploi.

Autre sujet d’actualité : le blocage des ports et dépôts de carburant par les marins-pécheurs.
Loin de moi l’idée de remettre en cause le bien-fondé du mouvement de cette profession touchée de plein fouet par la hausse des carburants (bien que déjà largement subventionnée via un abattement sur la TIPP).
Alors qu’à la moindre grève de l’Education Nationale, de la SNCF ou de la RATP, les dignitaires de l’UMP ou du gouvernement n’ont pas de mots assez durs pour qualifier le comportement des grévistes : « prise d’otage », « double-peine »…, bizarrement, là, pas un mot. Pourquoi ce mutisme, alors que le carburant menace de manquer et de bloquer toute l’économie ?

PP

20 mai 2008

L'économie des régions

En économie, on parle souvent de « la » France comme d’une entité unique et indivisible. Il est également instructif de s’intéresser aux territoires qui la composent : les Régions.

(Pour télécharger les graphiques de cette note, cliquez ici)

Le graphique suivant permet de visualiser la contribution de chaque région (hors Ile de France, « hors compétition » avec ses 447 milliards d’€) à la création de richesse (mesurée par la valeur ajoutée). La première région de province est la région Rhône-Alpes avec près de 155 milliards d’€. La Corse arrive en queue de peloton avec moins de 6 milliards.

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Au-delà de la seule valeur, la structure de la valeur ajoutée (VA) est intéressante.
Sauf en Champagne-Ardenne, en Franche-Comté et en Haute Normandie, les services représentent plus de 70 % de la VA.
En PACA, en Ile de France et … en Corse, ils représentent même plus de 80 % du total.

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Signe de la « désindustrialisation » de la France, la part de l’industrie est passée de 17,9% à 14,6% du total de la VA en France métropolitaine entre 2000 et 2006. Alors qu’en 2000, la part de l’industrie dépassait 20 % dans treize régions, ce n’est le cas que dans trois régions en 2006 (Alsace, Franche-Comté et Haute-Normandie).

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On nous répète que cette « désindustrialisation » n’est pas dramatique, que nous sommes désormais entrés dans une économie de services, comme tous les pays développés. Soit…
On pourrait donc imaginer que la croissance des économies régionales est indépendante de la croissance industrielle…
Mais le graphique suivant montre qu’il existe un lien, une corrélation forte pour toutes les régions (sauf pour Midi-Pyrénées !) entre la croissance de l’industrie et la croissance de l’ensemble de l’économie régionale. Ainsi, les régions qui ont connu la plus forte croissance industrielle (Languedoc-Roussillon, PACA, Bretagne et ….Corse) sont aussi celles qui ont connu la plus forte croissance globale.

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Cela ne fait que renforcer la nécessité d’une politique industrielle digne de ce nom.
Selon moi, une économie qui ne fabrique plus n’innove plus et, par conséquent, est condamnée au déclin et à l’appauvrissement.

PP

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