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31 mai 2008
Les socialistes et le marché (1/2)
J’ai consulté le blog de la rénovation du Parti Socialiste ! Eh oui, ça existe !
Ainsi, j’ai pu parcourir le compte-rendu du forum de la rénovation autour du thème « LES SOCIALISTES ET LE MARCHÉ », qui s’est déroulé le 15 décembre 2007 à La Villette.
Pour ceux que ça intéresse, voici l'intégralité du forum en vidéo:
Je vous épargne les poncifs habituels sur la « nécessaire régulation du marché ».
En revanche, je vous livre ci-dessous la contribution de Liêm Hoang-Ngoc. Cet économiste est membre du Conseil National du PS et maître de conférences à Paris I-Sorbonne. Il a écrit plusieurs ouvrages, le dernier en date est « Sarkonomics » aux éditions Grasset.
Il a un discours qui détonne avec le conformisme ambiant. Je le trouve particulièrement intéressant, mais je vous laisse juges…
Liêm Hoang-Ngoc :
Une offensive idéologique sans précédent tente de discréditer les idées socialistes. Elle assimile encore le socialisme au modèle soviétique. Elle somme la gauche de se convertir à l’économie de marché qu’elle réduit au capitalisme anglo-saxon. Les socialistes n’ont jamais eu de problème avec le marché. Ils ont toujours été fâchés avec le capitalisme, surtout lorsqu’il planifie le pouvoir économique des nouveaux rentiers. Ce débat est déjà ancien. Un futur jeune Premier ministre en avait fait la synthèse, il y a près de trente ans, en proclamant qu’entre le plan et le marché, il y a le socialisme !
Depuis le congrès de Metz, de l’eau a coulé sous les ponts. C’est un euphémisme, la France de Nicolas Sarkozy est moins socialiste que celle dont Laurent Fabius hérita en 1984… Mais elle l’est aussi moins que la France du Général de Gaulle… qui, à bien des égards, était bien plus socialiste que l’Angleterre de Tony Blair.
Dans la France néo-conservatrice, la rénovation du PS passe en premier lieu par la rénovation de son diagnostic économique. Notre diagnostic devrait diverger de celui de Jacques Attali, notre déjà bien ancien camarade. Son diagnostic est d’ailleurs le même celui que vient de publier le FMI. Attali nous dira dans quelques jours que les freins à la croissance sont à rechercher du côté de la concurrence faussée, des rigidités du marché du travail et du poids de l’Etat. Le monde dont il rêve, avec tous ceux qui usurpent le trône de la modernité, est le monde néo-conservateur qui régnait au début du siècle dernier. Un monde dont Keynes (qui n’était pas socialiste) écrivait en 1936 qu’il était habité par deux vices marquants : le chômage et les inégalités.
Nous sommes aujourd’hui revenus un siècle en arrière. Les chiffres récemment publiés sont têtus. Au cours de ces dix dernières années, les revenus des nouveaux rentiers et des dirigeants du capitalisme financier ont explosé, alors que le pouvoir d’achat de l’immense partie de la population baissait. La moitié de la population gagne moins de 1480 euros par mois. 7 millions de pauvres survivent avec moins de 817 euros.
Les efforts demandés aux salariés ont-ils pour contrepartie les retombées économiques annoncées !?... Même pas ! L’économie de rentier dans laquelle nous vivons est incapable d’assurer le plein-emploi. La consommation est menacée par la baisse du pouvoir d’achat. Mais surtout, les profits et l’épargne d’hier ne sont pas les investissements d’aujourd’hui, qui ne seront pas l’emploi de demain ! L’investissement ne souffre aucunement du droit du travail et du coût du travail. Il est entravé par la hausse du coût du capital consécutive aux privatisations afin d’assurer les dividendes des nouveaux rentiers. L’investissement dans les nouvelles technologies et dans les énergies renouvelables devrait être une priorité nationale ! Il est inexistant ! Nos industries ne sont pas compétitives, faute d’avoir investi ! Le commerce extérieur est chroniquement déficitaire.
Dans ce marasme, le défi que doivent relever les socialistes est de montrer que la politique peut encore agir sur la production et la répartition des richesses. La politique, c’est en premier lieu l’Etat, que nous aspirons à diriger. Un Etat que les néo-conservateurs et les néo-conservatrices veulent littéralement castrer !
L’Etat jacobin et centralisateur n’est heureusement pas devenu complètement impuissant. Il n’a jamais été en faillite et ne vit aucunement aux crochets des générations futures. Les épargnants se ruent sur ses bons du Trésor si bien qu’il peut s’endetter à des taux d’intérêt très bas. Romano Prodi a raison de le dire : le pacte de stabilité est, à cet égard, une belle stupidité. Malheureusement, la droite a gâché les marges de manœuvre dont elle disposait. Les 15 milliards du paquet fiscal auraient pu être consacrés à la politique industrielle, à la redistribution et au développement des services publics. Ils nourriront une fois de plus la spéculation boursière et immobilière.
Bien évidemment, une autre réforme fiscale était possible ! Une réforme qui rendrait l’impôt juste en étendant la sphère de l’impôt direct et progressif. Cette réforme commencerait par réduire la TVA, que la droite voulait augmenter. La baisse de 1 point de la TVA, que nos députés viennent de proposer, améliorerait immédiatement le pouvoir d’achat. Cette mesure permettrait d’injecter 6 milliards pour relancer la consommation. Son coût est 2 fois et demi inférieur à celui du paquet fiscal.
Mais, pour s’attaquer véritablement au problème du pouvoir d’achat, il faudra rompre le tabou des salaires, bloqués dans notre pays depuis 1983. Nos aînés ont su « techniquement » organiser la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. L’inflation salariale est désormais vaincue. Les travailleurs français détiennent la médaille de bronze de la productivité mondiale ! Dès lors, une hausse des salaires est possible, sans détériorer la situation des PME, qui bénéficieraient en outre de notre réforme des cotisations patronales ! Qu’on cesse de tourner autour du pot ! Notre génération, qui ne manque pas de réparateurs de logiciels socialistes en panne, saurait, « techniquement », organiser la hausse des salaires. De plus, parce la productivité s’élève avec l’économie de la connaissance, les salariés ont aussi droit à une réduction de leur peine au travail, sous forme de retraite ou de réduction du temps de travail ! Telle est la version socialiste de la théorie de la valeur-travail. Elle s’oppose aux thèses les plus éculées, refusant jusque 1848 toute législation sur la durée du travail. Celles-ci proposent aujourd’hui d’aggraver l’exploitation, d’augmenter le taux d’emploi des vieux et accusent les victimes du capitalisme d’avoir choisi d’être des assistés volontaires !
Il faut rétablir la vérité ! La durée effective du travail en France se situe dans la moyenne européenne (41h. hebdomadaires, à peu près comme en Allemagne). Les 35 h ont créé 500000 emplois sans détériorer la productivité ! Au contraire l’allongement de la durée du travail, proposé par Sarkozy, ne créera pas un emploi et ne modifiera en rien le partage du gâteau pour revaloriser le travail ! Le rachat des RTT est une véritable entourloupe. Il revient à proposer des heures supplémentaires sous-payées !
Enfin, nous aurions tort de laisser à Sarkozy et aux souverainistes le monopole de la critique de la politique économique européenne. Il n’y a pas de politique budgétaire, faute de budget européen ! Il n’y a pas d’harmonisation fiscale faute d’Europe politique ! Quant à la politique monétaire, il a fallu que Louis Gallois le reconnaisse pour que l’on se rende enfin compte que l’euro fort est source de délocalisations ! La BCE doit baisser ses taux pour que l’euro cesse de s’apprécier ! En matière de libre-échange, il faut cesser d’être dogmatique : Le tarif extérieur commun doit être relevé pour protéger nos industries et nos emplois !
La gauche ne doit pas commettre l’erreur de se contenter d’une simple opposition méthode. Un bon socialiste n’est pas un socialiste de droite ! Il a le droit et le devoir de défendre son camp, lui aussi, sans complexe. Pour contrer une vraie politique de droite, nos électeurs attendent une véritable opposition de gauche.
C’est à cette condition que nous redonnerons vie au vrai débat politique !
08:55 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, rénovation, inégalités, impôts







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