« 2008-07 | Page d'accueil | 2008-07 »

04 juillet 2008

Action / Réaction

D’habitude, les (trop rares) commentaires que je reçois sur ce blog me laissent penser que les lecteurs partagent mes analyses. Au passage, je les remercie de bien vouloir consacrer un peu de leur temps à la lecture des mes écrits !
Mais hier, j’ai reçu un commentaire d’une toute autre teneur en réponse à la note du 18 juin relative à l’explosion de la pauvreté en Allemagne…

Je vous le livre dans son intégralité, car je suis favorable à la liberté d’expression :
« Bien sur, il faut maintenir l'âge de la retraite dans tous les pays, ignorer superbement l'allongement de la durée de la vie, et accepter de payer plein pot pour des gens qui sont encore tout à fait capable de produire des richesses (peut-être aimeront-ils eux-mêmes travailler plus longtemps quand ils se rendront compte de la diminution de leurs propres retraites).
Il faut aussi minimiser les heures de travail et la production industrielle, pour réduire les rentrées de l'état (oui, les entreprises payent beaucoup d'impôts) et être certain de couper le financement des aides sociales en faveur de plus démunis.
Avez-vous suivi le moindre cours d'économie au lycée? Pourquoi dépenser autant d'énergie à convaincre vos lecteurs alors que vous ne connaissez rien au sujet?
»

Hmmm…Bon…Voilà, voilà...

« Ce qui est excessif est insignifiant » disait Talleyrand. J’aurais donc pu effacer illico ce commentaire, mais je préfère y répondre car les arguments avancés sont malheureusement encore trop répandus.

Avant tout, je l’avoue, je n’ai pas suivi de cours d’économie au lycée. Je me suis un peu rattrapé après le bac, puis par de nombreuses lectures. Mais, je vous raconterai ma vie une autre fois !
Je remercie mon interlocuteur de bien vouloir prendre acte de mon « énergie », c’est déjà ça !
Mais pourquoi est-ce que j’arrêterais de m’exprimer alors que Jacques Marseille et Jean-Marc Sylvestre sévissent toujours ?

Plus sérieusement et pour revenir à l’âge de la retraite, l’allongement de la durée de la vie est l’argument massue pour « vendre » l’allongement de la durée de cotisation.
Sauf que l’âge moyen de sortie du marché du travail en France est toujours de 58,8 ans et que les entreprises sont toujours prêtes à pousser dehors les « seniors » (et 400 000 personnes de plus de 57 ans sont dispensées de rechercher du travail).
Sauf que l’allongement de la durée de la vie n’est pas le même pour tout le monde : un cadre a une espérance de vie supérieure de 6 ans à celle d’un ouvrier.
Sauf que la proportion de salariés contraints de rester longtemps dans une position pénible est passée de 16% à 34% entre 1984 et 2005 et de ceux devant porter des charges lourdes est passée de 21% à 39%. La pénibilité du travail est donc évidemment un paramètre à intégrer dans la réflexion.
Enfin, je ne suis pas sûr, par exemple, que les retraités anglais qui sont obligés de travailler pour échapper à la pauvreté (11% d’entre eux vivent en-dessous du seuil de pauvreté) le font parce qu’ils « aiment travailler plus longtemps ».
Une des conditions pour la pérennité du régime de retraite par répartition est la réduction du chômage par la création d’emplois de bonne qualité (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui), ce qui suppose de revenir sur une politique de l’emploi fondée sur le développement de l’emploi peu qualifié.
Au passage, l’Insee a récemment revu à la hausse son scénario d’évolution de la population active: elle estime désormais qu’en 2050 il y aura 1,4 actif pour un retraité contre 1,2 dans sa précédente estimation (qui avait servi de base à la loi Fillon).

Mon propos n’a jamais été de « minimiser les heures de travail ». Je pense simplement que « Travailler plus » doit signifier « être plus nombreux à travailler » et non pas faire en sorte que ceux qui ont déjà un travail travaille plus : c’est le choix des pays scandinaves. Ce qui est important, pour une économie, c’est le nombre d’heures globales travaillées et non pas la durée individuelle du travail.
Au passage on peut noter que, depuis 1960, le PIB de la France a été multiplié par plus de 3, alors que le nombre total d’heures travaillées a légèrement baissé : c’est ce que l’on appelle les gains de productivité. C’est la source principale de la performance d’une économie : « Gagner plus en travaillant un peu moins ». Pour cela, il faut travailler mieux. Il faut donc investir dans l’éducation, la recherche, les nouvelles technologies…autant de secteurs où la France perd du terrain. Les salariés français sont parmi les plus productifs au monde, plus que les allemands, les anglais et même les japonais. Pour combien de temps encore ?

« Les entreprises payent beaucoup d’impôts »… En France, l’impôt sur les sociétés arrive seulement en 4ème position avec 48 milliards d’Euros, derrière la TVA (131 milliards), la CSG (76 milliards) et l’impôt sur le revenu (52 milliards). En Allemagne, de 1995 à 2005, le taux d’impôt sur les sociétés est passé de 55% à 38%...

Ce qui « coupe le financement des aides sociales », c’est aussi et surtout les 20 milliards d’exonérations de cotisations sociales, les 40 milliards des niches fiscales, les 40 milliards de la fraude fiscale, les 10 ou 15 milliards de l’inutile « paquet fiscal ».

PP