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09 juillet 2008
Otages
La semaine dernière, tout le monde s’est réjoui, à juste titre, de la libération de la « franco-colombienne » Ingrid Betancourt.
Malheureusement, personne ne semble se soucier des 60 millions de franco-français qui sont toujours otage d’un guérillero contre-révolutionnaire à talonnettes !
Je ne vais pas une fois de plus énoncer la longue litanie des « réformes » qui, sous prétexte de « moderniser » la France, constituent autant d’attaques en règle contre la protection sociale, le droit du travail, la justice sociale… Réductions de postes dans l’Education Nationale, sanctions contre les chômeurs, franchises médicales, bouclier fiscal…j’en oublie et des pires.
Aujourd’hui, je souhaite m’attarder sur le démantèlement des 35 heures qui a été entériné mardi à l’Assemblée Nationale. En effet, le texte de loi proposé par Xavier Bertrand, en violation de la position commune trouvée par les syndicats, a été adopté. Selon le lobbyiste en chef de l’UMP, Frédéric Lefebvre, ce texte permettra de « libérer les possibilités de négociation » au sein de l’entreprise. En effet, il est prévu que, désormais, la négociation sur le temps de travail pourra être menée « entreprise par entreprise ». Il sera ainsi possible de déroger aux accords de branche, à condition que l’accord d’entreprise soit signé par des organisations syndicales représentant plus de 30 % du personnel. Mais que se passera-t-il dans les petites entreprises, où il n’y a pas de représentation syndicale ?
Quoiqu’on en dise, et même si bon nombre de patrons ne sont pas des exploiteurs, il n’en demeure pas moins que salariés et employeurs ne sont pas sur un pied d’égalité en matière de négociation, dans la mesure où il existe un lien de subordination entre eux.
Dans un contexte économique tendu, le chantage à la délocalisation est une arme que les entreprises n’hésitent plus à employer comme argument de « négociation ». Les exemples ne manquent pas : Bosch, Goodyear… Par son texte rétrograde, le gouvernement donne un signal d’encouragement aux tenants de ces pratiques.
Jusqu’à présent, les cadres étaient (un peu) épargnés par la « modernisation ». Ils étaient sans doute les principaux bénéficiaires de la RTT. Compte tenu de l’impossibilité de comptabiliser précisément leur temps de travail, les lois Aubry avaient introduits les « forfaits en jour ». Actuellement, les 35 heures équivalent, sur l'année, à des forfaits de 218 jours. Une très grande majorité d'entreprises ont négocié des forfaits entre 200 et 210 jours. Désormais, le plafond officiel est de 235 jours, mais des accords d’entreprise pourront porter ce maximum à …282 jours.
235 jours, cela signifie travailler du lundi au vendredi, sauf pendant les 25 jours de congé et le 1er mai. Plus de RTT, bien sûr, mais plus de jours fériés non plus !
282 jours, cela signifie travailler du lundi au vendredi toute l’année…plus 21 samedis ! Plus de RTT, plus de jours fériés, plus de vacances !
De plus, ces forfaits en jours ne s’appliquent pas qu’aux cadres, mais également à d’autres salariés « autonomes ». Or, les députés UMP ont renoncé à l'un de leurs engagements vis-à-vis des syndicats, à savoir une définition plus précise des salariés autonomes (ceux "dont la durée du temps de travail ne peut être prédéterminée"). Vous voyez la suite !
Vous pourriez être tenté de me dire : « Y en a marre de se plaindre tout le temps ! Il faut avancer, prendre des risques ! Le chômage baisse, ce la veut dire qu’il y a des opportunités de trouver du boulot. »
Certes, le chômage baisse, mais c’est en partie dû à un changement de méthode statistique, pour se rapprocher de la mesure du Bureau International du Travail (BIT). Le chômage baisse, mais le sous-emploi augmente ainsi que les « formes particulières d’emploi ». Ainsi, le nombre de personne déclarant travailler moins qu’elles ne le souhaitent a augmenté de 420 000 entre 1990 et 2006. Le nombre de ceux qui subissent des « formes particulières d’emploi » (CDD, intérim, contrat aidé,…) est passé de 1 million à 2,7 millions depuis 1982. Dans ces conditions, il semble difficile de croire que les salariés soient en position de force pour négocier avec leurs employeurs.
Quant à la prise de risque, encore faudrait-il qu’elle ait une chance de porter ses fruits et que les efforts soient justement répartis. Entre 1998 et 2005, les revenus des 1% le plus riches ont augmenté de presque 20%, alors que ceux du reste de la population ont augmenté de moins de …4% !
PP
22:35 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : emploi, chômage, inégalités
Commentaires
Je tiens à "vous" féliciter sincèrement pour "vos" réactions et analyses sur l'actualité. Les données chiffrées à notre disposition ( taux de chomage, inflation,...etc) ne semble etre que des outils de propagande défaitiste et négative . Pourquoi ne pas parler de taux d'emploi par exemple. J'apprécie entre autre vos données ou explications de calculs qui me permette de mieux prendre du recul sur les "informations" ou autres sondages...
Je souhaiterais par ailleurs connaitre "votre" avis concernant l'impact du baby et aujourd'hui papy-boom sur l'emploi dans les prochaines années ( sachant que l'impact sur le nombre de retraites est évident). Merci d'avance et au plaisir de vous lire....
Ecrit par : xavier ROCHE | 10 juillet 2008




