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26 juillet 2008

L'efficacité supposée du marché

Je vous livre un extrait d’un article de Robert Boyer (économiste et directeur de recherches au CNRS) :

« Le marché s’est avéré fort efficace pour organiser les échanges de marchandises que sont les matières premières, les produits intermédiaires, les biens de consommation. Surtout si on le compare à la planification centralisée de type soviétique. En revanche, la puissance du marché a été plus problématique lorsqu’il s’est agi d’organiser les échanges en matière de travail, de monnaie et de relation avec la nature. Karl Polanyi qualifiait de fictives les marchandises correspondantes, et à sa suite, une large fraction des sciences sociales s’accorde sur le caractère corrosif du marché concernant leur gestion. Clairement, la vie, support du travail, n’est pas produite en vue du marché ; l’histoire a montré les limites d’une gestion purement marchande de la monnaie et du crédit ; enfin, en l’absence de normes et de règlements spécifiques, l’activité productive conduit à la détérioration de l’environnement.

Paradoxalement, les limites du marché apparaissent le plus dans le domaine de la finance, alors même que l’on semble confronté à la figure emblématique de marchés parfaits agrégeant un ensemble d’offre et de demande au travers de cotations devenues électroniques. Mais cette apparence est trompeuse car, en matière de finance, s’échangent non pas des marchandises typiques mais des promesses et des anticipations d’une valeur future marquée par toutes les incertitudes nées de la conjonction de comportements stratégiques, mais aussi de l’incapacité qu’ont les acteurs à calculer les conséquences de leurs décisions présentes sur leur revenu futur. Voilà pourquoi les acteurs du marché boursier, par exemple, s’avèrent incapables de calculer la valeur fondamentale – celle qui résulterait d’une analyse de l’activité réelle de l’entreprise dans son secteur – des titres qu’ils s’échangent, contrairement à ce que suppose la théorie standard.

Car de l’agrégation de leurs anticipations émerge une convention, un sentiment partagé, qui sert de référence à la révision des évaluations privées. Or, lorsque l’incertitude s’accroit, les acteurs sont tentés de faire davantage confiance à la convention du marché qu’à leurs propres évaluations. Dans ce cas, le marché tend à osciller entre deux évaluations extrêmes : soit très optimiste, soit excessivement pessimiste. Le basculement de l’une à l’autre se manifeste souvent par une crise financière. Bref, les marchés financiers sont intrinsèquement soumis à des crises périodiques qui peuvent se diffuser au reste de l’économie, précipitant le passage du krach financier à la récession économique, voire à la dépression. C’est d’autant plus probable que la finance occupe une place importante dans l’économie, comme le montre tant l’histoire financière que les comparaisons internationales. C’est une première explication à la résurgence des crises depuis deux décennies. »

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