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31 juillet 2008
La Chine ? Trop cher, mon bon monsieur !
Le numéro deux mondial des équipements sportifs, l'allemand Adidas , juge le niveau des salaires en Chine dorénavant trop élevé et va transférer une partie de sa production vers des pays encore plus compétitifs, déclare son patron dans un entretien publié lundi.
« Les salaires, qui sont fixés par le gouvernement, sont progressivement devenus trop élevés » en Chine, a dit Herbert Hainer à l'hebdomadaire Wirtschaftswoche de lundi. La part de la production de chaussures Adidas en Chine, qui représente pour l'instant la moitié de la production totale de chaussures du groupe bavarois, « va reculer », prédit le patron.
« Nous avons déjà ouvert une première usine en Inde. Des pays comme le Laos, le Cambodge et le Vietnam s'y ajoutent », a-t-il expliqué. « La production va également revenir dans les pays de l'ex-URSS et en Europe de l'est », mais pas en Allemagne, selon lui.
Si besoin était, voilà encore une preuve du besoin de normes sociales au niveau mondial pour éviter cette mise en concurrence des territoires sans cesse renouvelée par les multinationales.
PP
09:35 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Capitalisme, Concurrence
30 juillet 2008
GDF Suez
A l’heure où il est de bon ton de saluer la naissance d’un « leader mondial de l’énergie », certains analystes s’interrogent sur les performances futures du nouvel ensemble et surtout sur sa capacité à surmonter les différences de cultures entre les deux entreprises…
La culture d'entreprise et le management de Suez devraient prendre le dessus au sein de GDF Suez mais cela ne se fera pas du jour au lendemain et entraînera des tensions qui pourraient retarder l'intégration du nouveau géant mondial de l'énergie. Le mariage de Gaz de France - qui était contrôlé par l'Etat - et du groupe privé Suez a eu lieu officiellement mardi après deux ans et demi de fiançailles, donnant naissance à un nouvel ensemble dont les activités gazières et électriques sont complémentaires. Il devrait générer un milliard d'euros de « synergies opérationnelles » à l'horizon 2013.
Alors que les analystes financiers saluent la pertinence de l'opération au niveau géographique et des activités, certains estiment que la direction bicéphale du nouvel ensemble est intenable et que les différences culturelles rendront difficile la génération de synergies supérieures à l'objectif affiché.

Gérard Mestrallet, ex-président de Suez, est devenu le P-DG du nouveau groupe tandis que l'ex P-DG de GDF Jean-François Cirelli a été nommé vice-président et directeur général délégué. A un étage plus bas, les cadres de GDF Yves Colliou et Jean-Marie Dauger partagent les responsabilités de vice-présidents avec les hauts dirigeants de Suez Jean-Pierre Hansen et Gérard Lamarche, ce dernier étant en charge des finances. Le comité exécutif comprend toutefois sept cadres de Suez, en charge des divisions clés de l'énergie à l'international, de la stratégie et de la communication, contre six pour GDF.
« Les flingues vont sortir. Tous les patrons sont des hommes clés de Suez qui vont dégommer les uns après les autres les anciens de GDF », prédit un analyste basé à Paris sous couvert d'anonymat. Pour l'anecdote, il suffit de jeter un oeil au nouveau logo pour voir que c'est Suez qui impose son «esprit».
Selon un autre analyste, basé à Londres, « il y aura petit à petit une majorité d'anciens de Suez et cela va créer des tensions. Il ne faudrait pas sous-estimer ces tensions entre les hommes. Cela pourrait retarder les décisions, créer une publicité négative et, si cela dure, entraîner une intervention du gouvernement. GDF dispose de bons réseaux dans le monde politique et pourrait demander le soutien du gouvernement pour résoudre les problèmes. »
Dans gDf SuEz, il manque juste le A pour faire «EADS» !
PP
10:05 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, énergie, politique industrielle
29 juillet 2008
Au pays du soleil levant...
L'excédent commercial du Japon s'est établi à 138,6 milliards de yens (816 millions d'euros) en juin, ce qui représente une baisse, plus marquée que prévu, de 88,9% par rapport à il y a un an.
La prévision médiane des économistes était d'un excédent de 503,0 milliards de yens, soit une baisse de 59,6%.
La contraction plus forte que prévu de l'excédent commercial s'explique essentiellement par la baisse, la première en près de cinq ans, des exportations, ce qui laisse à penser que le ralentissement économique provoqué par l'effondrement du marché des "subprime" aux Etats-Unis il y a près d'un an commence à se faire sentir auprès des pays clients du Japon.
Les exportations ont reculé de 1,7% alors que les économistes attendaient une hausse de 3,8%. Les importations ont de leur côté augmenté de 16,2%.
Vers les Etats-Unis, les exportations ont chuté de 15,4%, ce qui représente le dixième mois de baisse consécutive.
A méditer par tous ceux qui croient (ou veulent croire) que la crise est "derrière nous" !
PP
09:55 Publié dans Actualités , Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Crise, Mondialisation, Etats-Unis
28 juillet 2008
La démocratie face au marché
Voici des extraits d’une interview de Pierre Rosanvallon, paru dans Alternatives Economiques :
« Pour moi, la démocratie a deux dimensions. La première, c’est de prendre acte de la division dans la société. Nous vivons dans des sociétés divisées, en termes de philosophie sociale, en termes culturels et plus encore en termes de situations économiques : il y a des riches et des pauvres. La première tâche de la démocratie, c’est donc de prendre acte de la division de la société et de faire de cette division un objet central de discussion, de penser des solutions et de trancher. (…) La démocratie est donc toujours un affrontement, entre solutions, entre intérêts.
Le marché est à la fois un système de régulation de l’économie et un système d’allocation de la propriété, de la richesse. A partir des années 20, et cette idée n’est pas née d’abord dans les pays communistes, on a longtemps pensé qu’une société rationnelle moderne trouverait des moyens d’organisation plus rationnels que la marché pour faire fonctionner l’économie, grâce à la planification. Mais on a accepté que le marché avait une supériorité informationnelle (…) En revanche, il y a un renouveau du débat autour du marché, comme système d’allocation de la propriété du fait des niveaux atteints par les inégalités économiques dans nos sociétés, qui pose une question fondamentale à l’ordre démocratique. En effet, la démocratie ne repose pas seulement sur une organisation des droits, c’est aussi une société dans laquelle les personnes se respectent, peuvent se parler ensemble, vivre ensemble et ne sont pas étrangères les unes aux autres, ce qui suppose qu’elles soient commensurables. Or le développement actuel des inégalités rend aujourd’hui incommensurable la situation des personnes.
Le développement des Etats-providences (…) avait conduit au siècle dernier à faire émerger une forme de civilité démocratique et sociale qui tranchait avec le capitalisme décrit par Disraeli dans son roman Sybil, or the Two Nations : on y voit, dans cette Angleterre du XIXème siècle, le prolétariat et la bourgeoisie aristocratique comme deux nations totalement hostiles(…) Eh bien, nous revenons aujourd’hui à cette situation, dans des conditions et pour des raisons économiques qui sont bien connues : la mondialisation engendre une diffraction généralisée du monde et on retrouve dans chaque pays les inégalités observées entre les pays.
La reconstruction d’une civilité démocratique est la grande question du XXIème siècle. Elle suppose de penser la question des inégalités. Le mérite peut justifier les inégalités. Le problème est de définir ce qu’est le mérite. Qu’est-ce qui procède de l’investissement des personnes et qu’est-ce qui procède, dans la création de richesse, des acquis sociaux, d’un héritage collectif ? Il nous faut donc faire de la question du mérite un objet central du débat social(…) Aujourd’hui, on accepte des différences injustifiables au nom du fait qu’elles sont acceptées ailleurs. »
10:20 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : inégalités
27 juillet 2008
Non à l'hyperprésidence
Par Robert Badinter, sénateur, ancien président du Conseil constitutionnel
Publié dans l’édition du Monde du 20 juillet 2008
« Certains se demandent si, en refusant de voter la révision constitutionnelle, les socialistes ne sont pas en train de passer à côté d'une opportunité : rééquilibrer les institutions. La réponse est non. Cette révision est une occasion perdue, non pour les socialistes, mais pour la République. Nos institutions souffrent d'un mal profond : l'hyperpuissance du président. Il est le véritable chef du gouvernement, pour ne pas dire le gouvernement à lui seul, dans la pratique actuelle de l'Elysée. Et, depuis le quinquennat et la succession des élections présidentielle et législatives, il est le chef réel de la majorité présidentielle à l'Assemblée. La séparation des pouvoirs n'est plus qu'apparence. De surcroît, ce pouvoir sans pareil n'est assorti d'aucune responsabilité. J'appelle ce régime la monocratie : le pouvoir d'un seul dans la République.
Or le projet de révision ne réduit pas les pouvoirs du président. Il les accroît en lui permettant de s'adresser directement aux parlementaires réunis en Congrès. Le président présentera un bilan flatteur de son action et fera acclamer par sa majorité son programme de gouvernement. Le premier ministre comme chef de la majorité parlementaire disparaît. Le renforcement des prérogatives du Parlement, premier objectif de la révision selon le président, est un leurre en termes de pouvoir réel. Tant que le président sera le chef incontesté de la majorité à l'Assemblée, le Palais-Bourbon demeurera une annexe du palais de l'Elysée. "Cy veut le Roi, cy fait la loi", l'axiome de l'Ancien Régime demeure la règle sous la Ve République.
Quant aux pouvoirs de nomination du président aux grandes fonctions (Conseil constitutionnel, CSA, etc.), on annonce "un changement considérable" : le choix du président pourra être refusé par un vote des trois cinquièmes des membres d'une commission parlementaire. Mais un tel vote requiert le concours de la majorité présidentielle, qui ne sera jamais donné contre la volonté du président. Si on voulait rendre ces nominations consensuelles, il faudrait une majorité positive des trois cinquièmes nécessitant l'accord de l'opposition. On est loin du compte.
D'autres font valoir que la réforme accorde à l'opposition parlementaire des droits nouveaux. Mais il faut regarder la portée des textes et non pas seulement l'étiquette. On nous dit : le Parlement aura la maîtrise de la moitié de l'ordre du jour, "un progrès immense". Mais qu'en est-il pour l'opposition ? Le projet lui réserve un jour pour trois semaines, à partager avec les centristes. Belle avancée démocratique !
Autre exemple. Le président annonce que la présidence d'une commission parlementaire sur huit sera réservée à l'opposition. Pourquoi pas trois ? Nous ne demandons pas des pourboires, mais un rééquilibrage.
Enfin, la révision proposée consolide le mode d'élection archaïque des sénateurs, qui assure à la droite une majorité pérenne au Sénat. Cette situation est un défi à la démocratie. Le comité Balladur avait ouvert la voie à un changement possible. La droite sénatoriale a tout refusé à ce sujet. Elle entend demeurer maîtresse du Sénat et, par là, de toute révision constitutionnelle proposée par la gauche. Lors de la prochaine alternance, la gauche devra donc présenter un projet de révision constitutionnelle, soumis directement au pays par voie de référendum. Il devra inclure la reconnaissance du droit de vote aux élections municipales des immigrés régulièrement établis en France. Cette réforme-là, si importante pour l'intégration, est ignorée par l'actuelle révision.
Dans ces conditions, libre à qui le veut de danser un pas de deux constitutionnel avec le président de la République. Ce n'est pas notre choix. »
09:50 Publié dans Actualités , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
26 juillet 2008
L'efficacité supposée du marché
Je vous livre un extrait d’un article de Robert Boyer (économiste et directeur de recherches au CNRS) :
« Le marché s’est avéré fort efficace pour organiser les échanges de marchandises que sont les matières premières, les produits intermédiaires, les biens de consommation. Surtout si on le compare à la planification centralisée de type soviétique. En revanche, la puissance du marché a été plus problématique lorsqu’il s’est agi d’organiser les échanges en matière de travail, de monnaie et de relation avec la nature. Karl Polanyi qualifiait de fictives les marchandises correspondantes, et à sa suite, une large fraction des sciences sociales s’accorde sur le caractère corrosif du marché concernant leur gestion. Clairement, la vie, support du travail, n’est pas produite en vue du marché ; l’histoire a montré les limites d’une gestion purement marchande de la monnaie et du crédit ; enfin, en l’absence de normes et de règlements spécifiques, l’activité productive conduit à la détérioration de l’environnement.
Paradoxalement, les limites du marché apparaissent le plus dans le domaine de la finance, alors même que l’on semble confronté à la figure emblématique de marchés parfaits agrégeant un ensemble d’offre et de demande au travers de cotations devenues électroniques. Mais cette apparence est trompeuse car, en matière de finance, s’échangent non pas des marchandises typiques mais des promesses et des anticipations d’une valeur future marquée par toutes les incertitudes nées de la conjonction de comportements stratégiques, mais aussi de l’incapacité qu’ont les acteurs à calculer les conséquences de leurs décisions présentes sur leur revenu futur. Voilà pourquoi les acteurs du marché boursier, par exemple, s’avèrent incapables de calculer la valeur fondamentale – celle qui résulterait d’une analyse de l’activité réelle de l’entreprise dans son secteur – des titres qu’ils s’échangent, contrairement à ce que suppose la théorie standard.
Car de l’agrégation de leurs anticipations émerge une convention, un sentiment partagé, qui sert de référence à la révision des évaluations privées. Or, lorsque l’incertitude s’accroit, les acteurs sont tentés de faire davantage confiance à la convention du marché qu’à leurs propres évaluations. Dans ce cas, le marché tend à osciller entre deux évaluations extrêmes : soit très optimiste, soit excessivement pessimiste. Le basculement de l’une à l’autre se manifeste souvent par une crise financière. Bref, les marchés financiers sont intrinsèquement soumis à des crises périodiques qui peuvent se diffuser au reste de l’économie, précipitant le passage du krach financier à la récession économique, voire à la dépression. C’est d’autant plus probable que la finance occupe une place importante dans l’économie, comme le montre tant l’histoire financière que les comparaisons internationales. C’est une première explication à la résurgence des crises depuis deux décennies. »
09:40 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Capitalisme
25 juillet 2008
Dépassements dangereux
Aujourd’hui, Midi Libre titrait sur les dépassements d’honoraires des professionnels de santé : « Tarifs des médecins du Languedoc : le grand dérapage ».
J’avais déjà évoqué ce sujet dans une note récente, mais je saisis cette occasion pour y revenir !
Les plus courageux peuvent consulter l’édifiant rapport de l’Igas (Inspection générale des affaires sociales) d’avril 2007.
Quelques extraits
« Pour les médecins actifs sur toute l’année, le montant des dépassements est passé de 763 millions d’euros en 1990 à 1,578 milliard d’euros en 2005, en euros constants : contenue pour les omnipraticiens (généralistes), cette pratique est devenue majoritaire chez les spécialistes. »
« Au total, à partir de l’étude menée sur quatre épisodes de soins, la mission a pu établir qu’une majorité de patients est aujourd’hui confrontée à des dépassements d’honoraires dont les montants peuvent être élevés. »
« Les dépassements d’honoraires constituent un recul de la solidarité nationale mise en oeuvre par l’assurance maladie obligatoire : du fait de leur montant croissant, ceux-ci génèrent des inégalités d’accès aux soins, voire des renoncements, y compris chez les bénéficiaires de la CMU complémentaire, qui, malgré les dispositions législatives, peuvent avoir à y faire face. » (On estime à environ 13% le nombre de patients qui renoncent à des soins pour des raisons financières)
« En outre, les dépassements d’honoraires ont contribué à freiner une répartition plus équilibrée des médecins sur le territoire français métropolitain. Le paiement à l’acte, entre autres caractéristiques, est une incitation à l’installation des médecins là où les besoins de soins sont les plus importants. Or, l’existence d’un droit à dépassement a permis, notamment à des spécialistes, une installation dans des zones déjà très médicalisées et riches. Même s’ils réalisent moins d’actes, la possibilité de pratiquer des dépassements leur permet d’adapter leur revenu dans la zone géographique de leur choix. »
Pour régler ce problème, il est question de la création d'un secteur tarifaire « optionnel ». Cela pourrait « régler le problème des dépassements d'honoraires », estiment certains médecins.
Il s’agirait de permettre aux médecins qui le souhaitent de pratiquer des dépassements d'honoraires pour certains de leurs patients, et des tarifs « opposables » (de sécurité sociale) pour les autres. Limité « dans un premier temps » à la chirurgie, à l'obstétrique et peut-être à l'anesthésie, les syndicats de médecins souhaiteraient le généraliser. Reste à déterminer quels actes resteraient « opposables », et décider d'un plafond de dépassement, selon la CSMF, principal syndicat de médecins libéraux.
Donc pour régler un problème, il suffit d’officialiser et de légaliser sa pratique !
Pour améliorer la répartition des médecins sur le territoire, il est question de créer un « contrat de santé solidarité » aux médecins des zones « surdotées », qui devront s'engager à exercer une part de leur activité dans des zones « sous-dotées » (rurales ou banlieues). Tous les syndicats ont rejeté le principe de mesures contraignantes, avancées par l'assurance maladie. Tiens donc !
Il faudra un jour rappeler aux professionnels de santé, au risque de les choquer, qu’ils sont des fonctionnaires. Comment, en effet, appeler autrement ceux dont la majorité des revenus provient de dépenses socialisées ? Eh oui, des fonctionnaires ! Et à ce titre, ils se doivent de répondre aux besoins de la collectivité et se conformer aux exigences de solidarité nationale.
En attendant, puisque ces messieurs veulent jouer les "libéraux", il est toujours possible de faire jouer la concurrence. Le site de l’Assurance Maladie (www.ameli.fr) propose un annuaire des professionnels se santé (Cliquez sur Assurés sur la page d’accueil puis sur Annuaires, puis choisissez Annuaire des professionnels de santé) qui intégrera bientôt le tarif pratiqué. Il sera alors possible d’éviter ceux qui pratiquent des tarifs prohibitifs !
PP
13:55 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sécurité sociale, Médecins, salaires, revenus
Angolagate
Mon attention a été attirée par une dépêche intitulée « Un suspect de l'Angolagate intègre le ministère de la Justice ».
L’Angolagate est cette sombre histoire de ventes d’armes à l’Angola, dans laquelle était impliqué notamment le fameux Pierre Falcone.
Je me suis dit : « L’Angola est vraiment une république bananière ! Non mais, sans blague, un suspect au ministère de la Justice ! ».
Sauf que à la lecture de la dépêche, on s’aperçoit que cela se passe ... en France ! De plus, le « suspect » en question n’est autre que l'ancien député UMP et ex-magistrat Georges Fenech.
Il s'agit d'une mesure administrative normale, a expliqué le porte-parole du ministère confirmant une information du journal Libération, Georges Fenech retournant à son corps d'origine après la perte de son mandat de parlementaire. Il ne travaillera pas directement auprès de la ministre, Rachida Dati. Ouf ! Quoique, dans la mesure où tous ceux qui côtoient Rachida Dati démissionnent au bout d’une semaine, cela aurait pu être une bonne chose !
Georges Fenech comparaîtra à partir d'octobre pour « recel d'abus de biens sociaux » au procès portant sur 790 millions de dollars de ventes d'armes à l'Angola entre 1993 et 2000 par deux hommes d'affaires, Pierre Falcone et Arcady Gaydamak.
On lui reproche un versement de 100.000 francs (15.000 euros) en 1997 d'une société de Pierre Falcone à l'Association professionnelle des magistrats (APM), qu'il dirigeait à l'époque. Cette somme représentait la moitié du budget annuel de l'APM et elle est interprétée par l'accusation comme un moyen d'entretenir un réseau d'influence.
Georges Fenech, ancien juge d'instruction et député de 2002 à 2008, a perdu son mandat après une invalidation motivée par une violation des règles sur les comptes de campagne.
Son arrivée au ministère de la Justice fait suite à plusieurs épisodes interprétés dans les milieux de la magistrature comme des pressions sur le procès concernant l'Angola, pays où la France a des intérêts économiques et pétroliers importants.
Le président Nicolas Sarkozy s'est rendu en Angola en mai, a rencontré son homologue Eduardo dos Santos, et a parlé de « lever les malentendus du passé ». Des versements d'argent de Pierre Falcone au président angolais doivent être évoqués au procès.
Le ministre de la Défense, Hervé Morin, a écrit aux avocats de Pierre Falcone le 11 juillet pour dire que le délit de trafic d'armes n'était pas constitué. La défense entend se servir de ce document pour éviter le procès.
PP
09:35 Publié dans Actualités , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
24 juillet 2008
Les inégalités et la pauvreté se stabilisent
« Les inégalités et la pauvreté se stabilisent », pouvait-on lire dans la presse ces jours derniers.
Cela a l’air d’être une bonne nouvelle, non ? Et bien, non !
La France métropolitaine comptait en 2006 13,2% de la population (7,9 millions de personnes) sous le seuil de pauvreté, un taux qui se stabilise depuis 2002 après avoir reculé pendant les années précédentes…
« Ces chiffres confirment la tendance observée depuis 2002 d’une stabilisation des inégalités et de la pauvreté en France, après une baisse régulière » commente l’Insee.
Les 10% les plus aisés disposent d’un revenu d’au moins 33190 € par an (2765 € par mois). Pour cette catégorie, les impôts représentent 18,8% du revenu disponible, contre 20,3% en 2005. Cette baisse résulte pour l’essentiel de la baisse de l’impôt sur le revenu intervenue en 2006.
Qui a dit que la politique économique de la droite n’avait pas de résultats ? Les résultats sont là : en diminuant l’impôt sur le revenu, on prive l’Etat d’une part de ses ressources (d’où affaiblissement des services publics, déficits, dette…) et on favorise le développement des inégalités en réduisant la progressivité de cet impôt.
Au-delà des revenus, il faut également s’intéresser au patrimoine. N’oublions pas également que 10 % des français détiennent 46% du total du patrimoine. Dans ces conditions, l’extension du bouclier fiscal et la réduction des droits de successions ne peuvent que contribuer à favoriser l’avènement d’une société de rentiers… au détriment de la compétitive globale de l’économie française
PP
09:40 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : impôts, fiscalité, pauvreté, bouclier fiscal, inégalités
23 juillet 2008
Violence et chômage
Il y a maintenant quelques semaines, une étude sur le taux de violence par ville a été publiée dans la presse. Il s’agit du nombre de faits de violences (coups et blessures, vol avec violence) pour 1000 habitants.
Sans surprise, 7 villes du « 9-3 » apparaissent en tête du classement, la palme revenant à Saint-Denis avec 31,27 faits de violence pour 1000 habitants. A l’autre extrémité du classement, se trouve Marly-le-Roi avec 1,45.
J’ai eu l’idée de mettre en relation ce taux de violence avec le taux de chômage (obtenu sur le site de la Dares). Je n’ai pu faire le rapprochement que pour 200 des quelque 400 villes de l’étude.
Cliquez ici pour consulter le tableau (trié par département)
Franchement, je m’attendais à ce que le taux de violence soit corrélé avec le taux de chômage. Je ne veux pas dire que les chômeurs sont forcément violents, mais le taux de chômage est révélateur des difficultés économiques d’une région, et les difficultés économiques se traduisent par des difficultés sociales.
Avec les données précédentes, j’ai donc tracé un graphique (en excluant Saint-Denis car son taux de violence est trop élevé par rapport aux autres villes).
L’axe horizontal représente le taux de chômage et l’axe vertical le taux de violence. Chaque point représente une ville.
Je m’attendais à ce que, grosso-modo, les points soient alignés.
Mais en fait…pas vraiment !

Même si 75% des villes qui ont un taux de chômage inférieur à 7,5% ont un taux de violence inférieur à la moyenne (contre 54% pour celles qui ont un taux de chômage supérieur à 7,5%), on trouve beaucoup d’« anomalies ».
Quelques exemples :
Pour un taux de chômage de 6%, le taux de violence varie de 11,94 % à Evry (91) à 2,45% à Moulins (03).
Pour un taux de chômage de 8%, le taux de violence varie de 7,29 % à Vernon (27) à 2,37% à Foix (09).
Pour un taux de chômage de 12%, le taux de violence varie de 12,67 % à Marseille (13) à 3,36% à Tourcoing (59).
Sans doute la ville n’est-elle pas le niveau pertinent pour évaluer ce lien. Sans doute faut-il descendre au niveau du quartier.
Cela signifie qu’une réduction « en moyenne » du chômage n’est pas suffisante pour obtenir une réduction du taux de violence. Le cas le plus significatif est peut-être celui d’Evry où, avec un taux de chômage de 6%, donc relativement faible, on atteint un taux de violence très élevé. Cela provient-il de l’existence de « quartiers difficiles » ou à une violence « importée » d’autres zones voisines. Quoiqu’il en soit, cela met en lumière la nécessité de la réduction des inégalités en général et à l’accès au travail en particulier.
Je reste persuadé que la violence provient majoritairement des inégalités et des frustrations qu’elles engendrent, et du consumérisme proposé comme modèle de société.
On retrouve le mécanisme de la frustration que le sociologue américain Robert Merton avait mis en évidence il y a plus d’un demi-siècle. Merton disait la chose suivante : « nous vivons dans une société de consommation qui créé dans l’ensemble de la jeunesse des aspirations à la jouissance de ces biens de consommation. Cette société s’enrichit globalement mais elle maintient en son sein de fortes inégalités sociales. Dès lors il y aura toujours une partie des jeunes pauvres qui voleront pour posséder les mêmes biens. »
Les décennies passent et l’analyse Merton est toujours plus pertinente.
Contrairement aux résultats des enquêtes sur le sentiment d’insécurité qui montrent que les personnes âgées et les femmes sont globalement plus insécures, les enquêtes de victimation indiquent ici que ce sont les jeunes hommes (15-30 ans) qui sont les principales victimes de ces affrontements. Autrement dit, les jeunes garçons se battent entre eux, dans la rue et dans les parties communes d’immeubles, dans les transports en commun et sur le quai des gares, dans les cours de récréation et à la sortie des écoles (plus de 85 % des victimes d’agressions physiques sont les élèves eux-mêmes et non les enseignants ou les personnels administratifs).
Le cœur du risque d’agression met donc en scène des jeunes hommes résidant principalement dans et autour des quartiers populaires, et des victimes dont le profil n’est guère différent. De fait, c’est dans ces quartiers que s’exacerbent les logiques d’honneur et de revalorisation identitaire par le biais du territoire, deux phénomènes qui sont d’autant plus prégnant chez l’individu qu’il n’a par ailleurs pas grand chose de valorisant à quoi se raccrocher dans son histoire personnelle (origine nationale, histoire familiale, parcours scolaire, perspective d’insertion économique). Ce processus est tout à fait classique, mais il s’est incontestablement accentué au cours des quinze dernières années, du fait notamment de la pérennisation des situations de marginalisation de l’école et du monde du travail dans une partie de la jeunesse des quartiers populaires, tout particulièrement en ce qui concerne les jeunes (français ou étrangers) de familles maghrébines.
PP
13:15 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : emploi, chômage, inégalités, violence




