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19 août 2008
Pôle écologique du PS
J'ai reçu un autre commentire sur ma petite analyse des contributions préparatoires au congrès du Parti Socialiste. Il émane de Géraud Guibert, responsable national du PS pour l'écologie.
Cher internaute,
J'ai lu ton commentaire sur la contribution du pôle. Je pense que tu sous-estime l'ampleur de la crise d'épuisement des ressources renouvelables que nous connaissons.
Ce texte contient en outre des propositions à notre avis novatrices (ce n'est pas toujours le cas ailleurs), que je t'invite à lire, et qui sont nécessaires pour définir un socialisme adapté à ce siècle.
Le pôle écologique est la seule "nouveauté" sur le fond dans le paysage socialiste depuis le congrès du Mans. Il est né de l'insatisfaction totale des créateurs du pôle sur la façon dont le PS intègrait la double problématique sociale et écologique...
Quant à ses animateurs, je pense qu'il est totalement injuste de les suspecter d'opportunisme sur ce sujet. Lis la carte de visite des uns et des autres, tu verras....
En tous cas, ne sous-estime pas le pôle, car sinon tu risque d'être surpris à l'avenir...
Amicalement
Géraud GUIBERT
le blog du pôle:http://poleecologiquedups.typepad.fr/
Cher camarade,
Merci d’avoir pris la peine de lire ma petite analyse des contributions générales et d’avoir déposé un commentaire sur mon blog (Convictions Politiques).
Pour ma part, j’ai relu avec attention, comme tu m’y invitais, la contribution du pôle écologique.
Je dois l’avouer : les problématiques écologiques et de développement durable ne m’intéressent que depuis fort peu de temps. En revanche, je suis depuis assez longtemps passionné par les questions relatives aux inégalités, à la fiscalité, à la politique industrielle, à la finance…
Je suis d’accord avec vous pour dire que les externalités négatives (pollution, épuisement des ressources,…) du mode de développement et de consommation actuel ont été largement sous-estimées. Mais de là à faire de l’écologie le prisme à travers lequel il faudrait regarder la société me paraît exagéré, en tout cas prématuré.
Je reste persuadé que le RMIste qui va faire ses courses chez ALDI n’a que faire de savoir si le produit qu’il achète a été produit de façon respectueuse de l’environnement. Ce qui l’intéresse, c’est d’avoir son produit le moins cher possible. Peut-on l’en blâmer ? Cela ne signifie d’ailleurs pas que la protection de l’environnement soit l’apanage des « riches », amateurs de grosses cylindrées, 4x4, climatisation, piscines…
Tout ça pour dire que la question sociale est loin d’être dépassée. Selon moi, le préalable à toute réorientation du mode de consommation est la réduction des inégalités, qui délitent le contrat social. Comment en effet dessiner un projet de société, si deux sociétés coexistent sans se mêler ? Cette société « duale » est malheureusement une réalité de plus en plus criante.
Je crains que la dynamique nécessaire à la préservation de la planète ne se brise sur le mur des difficultés quotidiennes de la majeure partie de la population (17% de salariés au SMIC, la moitié des salariés gagnent moins de 1500 €). La sauvegarde de la planète est une préoccupation de « ventre plein » (je me place dans cette catégorie) : il faut avoir une vision de son propre futur pour se préoccuper de celui des autres. Sans tomber dans un discours démagogique et de courte vue, nous ne (re)gagnerons la confiance des français que si nous arrivons à prouver que nous avons des idées pour améliorer concrètement leurs conditions de vie et de travail (un sondage récemment paru indique de plus de la moitié des français estiment que le PS n’est pas assez proche de leurs préoccupations). Ne nous leurrons pas, l’objectif est de reconquérir le pouvoir afin de mettre en œuvre notre projet d’avenir. Nous n’y arriverons pas si les français se disent : « Ils ont des idées pour sauver la planète…mais pour me sauver, moi ? »
De plus, je pense que seule des démarches européennes voire mondiales ont des chances d’aboutir. Que pèserait le comportement vertueux de 60 millions de français si 1 milliard de chinois, 1 milliard d’indien, et 300 millions d’américains continuent sur leur lancée ? Je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut rien faire, je pense que le niveau pertinent est le niveau européen. Cela pose la question de la construction d’une Europe « sociale et écologique ».
Pour rentrer un peu plus dans le détail de la contribution, je ne suis pas d’accord avec la phrase suivante : « Les modes d’intervention traditionnels de la gauche sont à repenser : la redistribution ne corrige plus les inégalités, la protection sociale et les services publics sont remis en cause. »
Plutôt que « repenser » les modes d’interventions traditionnels, je pense qu’il faut les réaffirmer et les reconstruire. En effet, si la « redistribution » corrige de moins en moins les inégalités, la raison est peut-être à chercher du côté des attaques méthodiques des gouvernements de droite successifs contre la progressivité de la fiscalité. Entre les réformes Balladur (réduction du nombre de tranches), Raffarin (baisse du taux le plus élevé) et Villepin (réduction du nombre de tranche et baisse des taux marginaux), la progressivité de l’impôt sur le revenu est largement entamée (l’IRPP, seul impôt progressif du système fiscal français représente moins de 20% des recettes de l’Etat). Or l’impôt progressif a un rôle important dans la réduction des inégalités (cf. Thomas Piketty). N’oublions pas également le bouclier fiscal et la quasi-suppression des droits de succession…
Quant à la protection sociale et aux services publics, le fait qu’ils soient « remis en cause » ne signifie pas qu’ils sont obsolètes. Au contraire, cela doit renforcer notre détermination à les défendre.
Je trouve la contribution trop évasive sur la fiscalité, la protection sociale, les salaires…
Quelle est votre position sur la création d’un grand impôt progressif qui fusionnerait IRPP et CSG ? Quelle est votre position sur la fiscalisation du financement de la protection sociale ? Quelle est votre position sur la tarification à l’acte des professionnels de santé, et sur la T2A dans les hôpitaux ?
Quelle est votre position sur l’augmentation du SMIC ? Quelle est votre position sur l’indexation des salaires ? Quelle est votre position sur la réduction du temps de travail ?
Quelles sont vos propositions pour les PME, notamment pour favoriser leur accès au financement, aux marchés publics … ?
Quelle est votre position sur EDF/GDF ?
Sur les retraites, les récentes projections de l’INSEE font apparaître que le ratio actif/inactif devrait passer de 2,2 aujourd’hui à 1,4 en 2050 au lieu de 1,1 initialement prévu. Cela change considérablement la donne. En effet selon l’OFCE, le coût de la protection sociale devrait passer de 28% du PIB à 31% en 2050 contre 34% initialement prévus. Cet effort est tout à fait soutenable. De plus, alors que l’âge moyen de sortie du marché du travail est de 58,8 ans, alors que près de 400 000 personnes sont dispensés de recherche de travail, alors que près de 3 millions de personnes sont au chômage ou en sous-activité, il serait absurde de chercher à vouloir allonger la durée de cotisation. Il faut en priorité réduire le chômage.
Enfin, l’évocation de la dette ne doit pas être prétexte à discréditer la dépense publique. De même qu’il serait suicidaire de se priver de l’outil que constitue le déficit budgétaire, il faut dénoncer l’utilisation qu’en fait la droite par son inutile « paquet fiscal » destiné prioritairement à satisfaire sa clientèle.
Pour l’instant la dette française est tout à fait soutenable (d’autres pays tels que le Japon, l’Italie et même l’Allemagne font pire). Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas la réduire car le paiement des intérêts de la dette constitue une forme de redistribution à l’envers : les impôts payés par le plus grand nombre servent à rémunérer les titres de la dette, détenus par les plus fortunés. Car la dette ne pèse pas « sur les générations futures », mais sur les contribuables d’aujourd’hui. Quoiqu’il en soit, dans la période de récession qui s’annonce, il serait contre-productif de chercher à réduire la dette au prix d’un plan de rigueur qui contribuerait à entretenir le marasme économique…
Mon but n’est pas de « descendre » votre contribution, qui contient par ailleurs beaucoup de propositions intéressantes : lutte contre l’étalement urbain, politique industrielle pour les produits propres, principe de précaution, reprise du contrôle public sur la gestion de l’eau, plan européen de relocalisation d’activités…
Je pense que la « question sociale » demeure un thème central. Nous, socialistes, devons avant tout œuvrer pour créer les conditions d’une plus grande cohésion sociale. Seule l’émergence d’une société plus juste et plus apaisée permettra d’enrayer la montée des égoïsmes, préalable à toute dynamique collective de préservation de la planète et des générations futures.
PP
22:18 Publié dans Actualités, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste






