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28 septembre 2008

SMIC en danger...

Récemment, François Fillon s'est félicité de ne pas avoir, pour la « deuxième année consécutive », « cédé à la facilité d'un coup de pouce au Smic dont la plupart des de nos entreprises n'ont pas les moyens ». Quelle force de caractère !
« Nous avons refusé la tentation irresponsable d'une progression illusoire du salaire aux dépens de l'emploi », a ajouté M. Fillon, histoire de bien enfoncer le clou.

En juillet 2008, est paru un rapport du Conseil d’Analyse Economique intitulé « Salaire minimum et bas revenus : comment concilier justice sociale et efficacité économique ? ». Selon ce rapport, le SMIC présenterait trois défauts majeurs :
1) Il contribuerait à la pauvreté davantage qu’il ne la réduit. En effet, les employeurs auront tendance à moins embaucher les personnes peu qualifiées, de peur que leur productivité soit inférieure à leur salaire. Selon les auteurs, le SMIC serait « une véritable machine à exclure les jeunes ».
2) Il ne réduirait pas les inégalités salariales et son niveau « trop élevé » contribuerait à « coller » une part importante des salariés (15%) à ce niveau de salaire.
3) Il découragerait les négociations salariales et l’adhésion à des syndicats.

De plus, les auteurs (Mrs Pierre Cahuc, Gilbert Cette et André Zylberberg) contestent le caractère uniforme du SMIC, qui s’applique à tous les secteurs d’activités. Il serait trop haut pour certains secteurs et pas assez pour d’autres. Ils proposent donc de transformer le SMIC en salaire « plancher » voté par le Parlement, après avis d’une commission d’experts (encore !). Pour réduire la pauvreté et les inégalités, il faudrait privilégier la fiscalité et les prestations sociales, avec notamment l’extension du RSA (Houlà !). Enfin, ils préconisent de conditionner les allègements de cotisations sociales à des négociations sur les salaires minima de branche ou d’entreprise.

Rappelons que le SMIC horaire brut est de 8,71€ soit un salaire mensuel brut de 1321 € (environ 1000 € nets). Je veux bien que l’on trouve le SMIC « trop élevé », mais alors il faudra que l’on m’explique comment vivre (décemment) avec moins ! Peut-être que dans l’esprit des auteurs du rapport, c’est le taux horaire qu’il faut baisser ? Charge ensuite aux salariés de travailler 70 heures par semaine pour arriver à gagner les 1000 € ! Pas sûr que cela contribue à réduire le chômage !

De plus, si tant de salariés sont « scotchés » au SMIC, c’est un peu parce que les allègements de cotisations sociales sont maximaux à ce niveau. Compte tenu des allègements « Fillon », il n’y a plus que 2% (au lieu de 28%) de cotisations d’URSSAF à ce niveau de salaire. Lorsque le salaire augmente, les allègements diminuent rapidement, ce qui augmente doublement le coût pour l’entreprise.

Est-ce le rôle du SMIC que de réduire les inégalités ? Pas sûr. Son rôle est avant tout d’être un garde-fou pour éviter que les salaires des moins qualifiés soient tirés vers le bas, du fait de la persistance d’un chômage élevé.

Quant au fait que, justement, le SMIC nuirait à l’embauche des moins qualifiés en raison de leur trop faible productivité. Il est très difficile (même pour les experts !) de mesurer la productivité d’un salarié, tant les processus de production sont variés et complexes. Toutefois, on peut comparer le salaire annuel d’un « smicard » et la productivité moyenne dans l’industrie (Valeur ajoutée / Personne) :
* salaire annuel d’un smicard : 20 000 € (charges patronales incluses)
* productivité moyenne : 75 000 €
Il y a quand même de la marge avant que la productivité d’un salarié tombe de 75 000 € à moins de 20 000 €. Ce qui limite l’embauche, ce n’est pas la trop faible productivité, c’est l’absence d’une demande solvable pour les produits supplémentaires fabriqués.

Pour illustrer le rôle du SMIC, une petite histoire très simple :
Supposons que, pour planter des arbres, il faille deux ouvriers. Un qui sache creuser les trous (le creuseur) et l’autre qui sache planter l’arbre (le planteur). Un ouvrier ne peut pas être creuseur et planteur à la fois. A la fin de la journée, le patron donne à l’équipe 100 €. Sachant que l’un ne peut pas travailler sans l’autre, les deux ouvriers se partageront la somme « 50-50 ». Supposons à présent qu’un deuxième creuseur vienne proposer ses services au planteur. Ce dernier pourra mettre en concurrence les deux creuseurs. Au final, un creuseur acceptera de travailler pour 5 ou 10 €, voire moins…
Les creuseurs sont en fait les travailleurs peu qualifiés, dont le nombre est supérieur aux postes disponibles (d’où l’existence du chômage), ce qui tire leur salaire vers le bas. Le rôle du SMIC est d’implanter une limite à la spirale à la baisse des salaires de ceux pour qui un libre fonctionnement du marché engendrerait une rémunération trop faible.
Lorsqu’il existe du chômage, le problème n’est pas de baisser le prix du travail pour en augmenter la demande, mais d’augmenter le niveau d’activité économique ou de réduire la durée du travail.


Quant à l’utilisation de la fiscalité et des prestations sociales, je ne vois pas pourquoi l’Etat subventionnerait les entreprises (sur le modèle du RSA) pour qu’elles continuent à offrir des petits boulots à temps partiel. Pourquoi certains d’entre nous seraient-ils condamnés à ne pas pouvoir vivre du fruit de leur travail ? Et continuer ainsi à être stigmatisés en tant qu’ « assistés » ? Une fois cela réglé, la fiscalité doit avoir pour rôle de réduire les inégalités tout en finançant les biens et services publics.

PP

08:30 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inégalités, fiscalité, travail | | |  Facebook | | |

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