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30 septembre 2008

Michel Rocard et la droite intelligente

Michel Rocard a dénoncé lundi « l'immoralité globale de la profession bancaire », responsable selon lui de la crise économique et financière.
« On n'est pas du tout dans une crise systémique, cyclique, correspondant à un dysfonctionnement du système. On a une crise purement provoquée par l'immoralité globale de la profession bancaire d'abord américaine et mondiale », a déclaré M. Rocard sur France Inter en dénonçant des comportements qui relèvent de « l'escroquerie ».

Michel Rocard parle d’immoralité. Selon moi la morale n’a rien à voir avec l’économie. En effet, faire reposer le bon fonctionnement d’un système sur la morale de ses acteurs, c’est laisser la porte ouverte à tous les excès. D’autant plus que ces mêmes acteurs sont incités (via notamment les mécanismes de rémunération) à prendre des risques inconsidérés pour maximiser le profit à court-terme.

Contrairement à Michel Rocard, je pense qu’il s’agit bien d’une crise systémique issue du processus de libéralisation outrancier de la sphère financière. Depuis les années 80, tous les mécanismes de régulation (contrôle des mouvements de capitaux,…) ont été un à un démantelé, pointés du doigt comme des archaïsmes. La grande tendance était alors à « l’autorégulation » des acteurs financiers dont l’Etat ne devait pas brider la créativité. Les codes de bonne conduite, la transparence devaient suffire à assurer le bon fonctionnement de l’ensemble…

Décidément très en verve, Michel Rocard, a déclaré dans Aujourd’hui en France (26/09/2008) que Nicolas Sarkozy était un « homme de droite ouvert » et que pour trouver des solutions à la crise financière, « il peut y avoir une grande convergence entre une droite réformatrice et intelligente – ce qui est le cas de Nicolas Sarkozy- et une gauche non révolutionnaire. »

Une droite intelligente ? Laquelle ? Celle qui a imaginé le bouclier fiscal ? Celle qui allonge la durée de cotisation retraite ? Celle qui supprime les 35 heures ? Celle qui supprime 30000 postes de fonctionnaires ? Celle qui a instauré les franchises médicales ?

Un grand merci à Michel Rocard (qui s'était déjà illustré en prônant l'alliance avec le MoDem pendant les présidentielles) pour avoir contribué de si belle manière à troubler encore un peu plus l'image du Parti Socialiste !

PP

29 septembre 2008

Nicolas Sarkozy face à la crise financière...

Jeudi soir à Toulon, le Président a plaidé en faveur d'une régulation de la mondialisation financière. Mais les mesures préconisées sont-elles à la hauteur des enjeux ?

Je vous propose d'écouter l'analyse de Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternatives Economiques.
C'est impeccable, je n'ai rien à rajouter !!



PP

Trop de fonctionnaires ?

Dans l'édition du 27 septembre du Midi Libre, un chef d’entreprise déplorait que la France compte « un fonctionnaire pour quatre habitants ».

Si mes calculs sont exacts, leur effectif serait donc d’environ…15 millions ! Comment avoir un débat serein et éclairé face à de telles contrevérités ? En réalité, les fonctionnaires sont un peu plus de 5 millions (en totalisant les trois fonctions publiques d’Etat, territoriale et hospitalière).

Selon une étude récente, la France compte 93 emplois publics pour 1000 habitants contre 49 en Allemagne (ou, par exemple, la poste est privatisée), 92 au Royaume-Uni, 108 au Canada et 153 en Suède. Que je sache, ni le Canada, ni la Suède ne s’apparentent à la Corée du Nord !

Il n’y a pas de niveau idéal pour le nombre de fonctionnaires, tout dépend des choix de société. Des optimisations sont certes nécessaires, mais ce n’est pas en taillant aveuglément à la hache dans les effectifs, comme le fait le gouvernement, que l’on arrivera à améliorer le service rendu.

PP

28 septembre 2008

SMIC en danger...

Récemment, François Fillon s'est félicité de ne pas avoir, pour la « deuxième année consécutive », « cédé à la facilité d'un coup de pouce au Smic dont la plupart des de nos entreprises n'ont pas les moyens ». Quelle force de caractère !
« Nous avons refusé la tentation irresponsable d'une progression illusoire du salaire aux dépens de l'emploi », a ajouté M. Fillon, histoire de bien enfoncer le clou.

En juillet 2008, est paru un rapport du Conseil d’Analyse Economique intitulé « Salaire minimum et bas revenus : comment concilier justice sociale et efficacité économique ? ». Selon ce rapport, le SMIC présenterait trois défauts majeurs :
1) Il contribuerait à la pauvreté davantage qu’il ne la réduit. En effet, les employeurs auront tendance à moins embaucher les personnes peu qualifiées, de peur que leur productivité soit inférieure à leur salaire. Selon les auteurs, le SMIC serait « une véritable machine à exclure les jeunes ».
2) Il ne réduirait pas les inégalités salariales et son niveau « trop élevé » contribuerait à « coller » une part importante des salariés (15%) à ce niveau de salaire.
3) Il découragerait les négociations salariales et l’adhésion à des syndicats.

De plus, les auteurs (Mrs Pierre Cahuc, Gilbert Cette et André Zylberberg) contestent le caractère uniforme du SMIC, qui s’applique à tous les secteurs d’activités. Il serait trop haut pour certains secteurs et pas assez pour d’autres. Ils proposent donc de transformer le SMIC en salaire « plancher » voté par le Parlement, après avis d’une commission d’experts (encore !). Pour réduire la pauvreté et les inégalités, il faudrait privilégier la fiscalité et les prestations sociales, avec notamment l’extension du RSA (Houlà !). Enfin, ils préconisent de conditionner les allègements de cotisations sociales à des négociations sur les salaires minima de branche ou d’entreprise.

Rappelons que le SMIC horaire brut est de 8,71€ soit un salaire mensuel brut de 1321 € (environ 1000 € nets). Je veux bien que l’on trouve le SMIC « trop élevé », mais alors il faudra que l’on m’explique comment vivre (décemment) avec moins ! Peut-être que dans l’esprit des auteurs du rapport, c’est le taux horaire qu’il faut baisser ? Charge ensuite aux salariés de travailler 70 heures par semaine pour arriver à gagner les 1000 € ! Pas sûr que cela contribue à réduire le chômage !

De plus, si tant de salariés sont « scotchés » au SMIC, c’est un peu parce que les allègements de cotisations sociales sont maximaux à ce niveau. Compte tenu des allègements « Fillon », il n’y a plus que 2% (au lieu de 28%) de cotisations d’URSSAF à ce niveau de salaire. Lorsque le salaire augmente, les allègements diminuent rapidement, ce qui augmente doublement le coût pour l’entreprise.

Est-ce le rôle du SMIC que de réduire les inégalités ? Pas sûr. Son rôle est avant tout d’être un garde-fou pour éviter que les salaires des moins qualifiés soient tirés vers le bas, du fait de la persistance d’un chômage élevé.

Quant au fait que, justement, le SMIC nuirait à l’embauche des moins qualifiés en raison de leur trop faible productivité. Il est très difficile (même pour les experts !) de mesurer la productivité d’un salarié, tant les processus de production sont variés et complexes. Toutefois, on peut comparer le salaire annuel d’un « smicard » et la productivité moyenne dans l’industrie (Valeur ajoutée / Personne) :
* salaire annuel d’un smicard : 20 000 € (charges patronales incluses)
* productivité moyenne : 75 000 €
Il y a quand même de la marge avant que la productivité d’un salarié tombe de 75 000 € à moins de 20 000 €. Ce qui limite l’embauche, ce n’est pas la trop faible productivité, c’est l’absence d’une demande solvable pour les produits supplémentaires fabriqués.

Pour illustrer le rôle du SMIC, une petite histoire très simple :
Supposons que, pour planter des arbres, il faille deux ouvriers. Un qui sache creuser les trous (le creuseur) et l’autre qui sache planter l’arbre (le planteur). Un ouvrier ne peut pas être creuseur et planteur à la fois. A la fin de la journée, le patron donne à l’équipe 100 €. Sachant que l’un ne peut pas travailler sans l’autre, les deux ouvriers se partageront la somme « 50-50 ». Supposons à présent qu’un deuxième creuseur vienne proposer ses services au planteur. Ce dernier pourra mettre en concurrence les deux creuseurs. Au final, un creuseur acceptera de travailler pour 5 ou 10 €, voire moins…
Les creuseurs sont en fait les travailleurs peu qualifiés, dont le nombre est supérieur aux postes disponibles (d’où l’existence du chômage), ce qui tire leur salaire vers le bas. Le rôle du SMIC est d’implanter une limite à la spirale à la baisse des salaires de ceux pour qui un libre fonctionnement du marché engendrerait une rémunération trop faible.
Lorsqu’il existe du chômage, le problème n’est pas de baisser le prix du travail pour en augmenter la demande, mais d’augmenter le niveau d’activité économique ou de réduire la durée du travail.


Quant à l’utilisation de la fiscalité et des prestations sociales, je ne vois pas pourquoi l’Etat subventionnerait les entreprises (sur le modèle du RSA) pour qu’elles continuent à offrir des petits boulots à temps partiel. Pourquoi certains d’entre nous seraient-ils condamnés à ne pas pouvoir vivre du fruit de leur travail ? Et continuer ainsi à être stigmatisés en tant qu’ « assistés » ? Une fois cela réglé, la fiscalité doit avoir pour rôle de réduire les inégalités tout en finançant les biens et services publics.

PP

27 septembre 2008

Heures supplémentaires

Décembre 2007 : 47 millions d'heures supplémentaires
Août 2008 : 49 millions d'heures supplémentaires

soit une hausse de...4%.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la mesure phare de la loi "Travail Emploi Pouvoir d'Achat" n'a pas vraiment eu l'effet "choc" escompté.

En moyenne, les heures supp. représentent 3 heures par mois et par personne.

Nous sommes bien armés pour résister à la crise financière !

PP

26 septembre 2008

LME : Loi de Modernisation de l'Economie

Qui peut s’opposer à une loi qui prétend « moderniser l’économie » ?

Or la LME est une loi fourre-tout : réforme du livret A, deux semaines supplémentaires de soldes, aménagement de la loi Raffarin sur l’implantation commerciale, libre négociation des tarifs entre industriels et distributeurs, création d’un statut « d’auto-entrepreneur »…
Mais il ne faut pas s’y tromper, la LME est un dispositif d’un meccano qui derrière un aspect totalement brouillon, dessine une ligne idéologique claire : une dérégulation du marché du travail et un affaiblissement de l’Etat et des solidarités.

Par ce texte, le gouvernement créé un nouveau statut salarié, celui de « l’auto-entrepreneur », à mi-chemin entre la micro-entreprise et le salarié indépendant. Cette nouvelle construction juridique vient ajouter un étage au « mille-feuilles » des statuts des entrepreneurs en France. Le faible montant des cotisations sociales engendrera une protection sociale au rabais et de très faibles niveaux de retraites. En réalité, le gouvernement ne vise pas à la création de nouvelles entreprises à l’avenir florissant mais plutôt à l’élaboration d’un statut annexe au salarié ou à la retraite. Mais surtout, le statut de l’auto-entrepreneur apparaît comme un instrument susceptible de contourner le salariat. Le risque d’externalisation à bas coût est réel. Les travailleurs « externalisés » seraient à la merci de leur donneur d’ordre avec une double conséquence : précarisation d’un côté, un manque de cotisations pour les budgets sociaux de l’autre. Aujourd’hui en France, 25% des travailleurs indépendants sont des travailleurs pauvres…

De la même manière que le paquet fiscal est un outil qui vide les caisses de l’Etat, ce dispositif risque de vider les caisses sociales. Ce qui permettra de justifier, par exemple, la nécessité de nouvelles franchises médicales.

Cela n’a pourtant rien de révolutionnaire. Ainsi en Italie, le statut de « Collaborateurs Coordonnés et Continus » (co.co.co) existe depuis plus de quinze ans. Résultat : en 2003, l’Italie comptait près de 27% de travailleurs non salariés. Un tel engouement n'est évidemment pas sans lien avec le fait que ce type de contrat assure une flexibilité en faveur de l'entreprise. Comme il s'agit d'un contrat de prestation de services, non d'un contrat de travail, il prend fin sans coût - pas de licenciement ou d'indemnité de précarité - une fois la tâche prévue effectuée. Il peut aussi être rompu à tout moment sans procédure particulière, si le donneur d'ordre l'estime nécessaire et si aucune clause ne s'y oppose…

Ce statut apparemment anecdotique « d’auto-entrepreneur » peut constituer un fâcheux précédent et ouvrir la porte à une précarisation massive des salariés.

PP

25 septembre 2008

Agacements quotidiens

Hier matin, l’invité de France Inter était Martin Hirsch, venu défendre le RSA (Revenu de Solidarité Active). Je ne vais pas revenir sur la « philosophie » qui sous-tend ce dispositif, j’en ai déjà assez dit. Martin Hirsch nous assure que cela n’aura pas d’impact sur le développement des petits boulots, on ne peut que le croire sur parole. L’expérimentation a en effet été bien trop courte pour se prononcer sur des données concrètes…

C’est concernant le financement que je voulais réagir.
Martin Hirsch, homme de gauche (paraît-il), a repris à son compte, avec le mélange de fausse modestie, de morgue et d’ironie qui caractérise ses interventions, l’argument de la droite selon lequel le bouclier fiscal bénéficierait majoritairement aux « classes moyennes ». Selon les derniers chiffres, 97% du bouclier fiscal reviendrait à 38% des bénéficiaires. Ces derniers recevant un chèque moyen de …41000 €. C’est-à-dire près de deux fois le salaire annuel moyen !

Concernant la taxe de 1,5% sur les revenus du capital, il nous assure que ce prélèvement est juste car « à petit revenu, petite contribution et à gros revenu, grosse contribution ». Manquerait plus que ce soit l’inverse ! Toujours selon Martin Hirsch, 60% de cet impôt serait payé par les 10% les plus riches. Il se trouve que ces 10% les plus riches détiennent 50% du patrimoine, il est donc doute tout à fait normal qu’ils paient à peu près la même proportion de cet impôt ! Mais n’oublions pas que viendra le bouclier fiscal pour mettre bon ordre à tout ça.


Ce matin, un cran supplémentaire dans l’énervement : l’invitée était Laurence Parisot, patronne du Medef. Comme à son habitude, elle nous servi, en bonne lauréate des concours de diction de la pensée unique, un discours recuit sur les « pauvres-entreprises-françaises-écrasées-par-les-charges-servant-à-financer-un-Etat-lourd-et-bureaucratique ».

« Le poids des prélèvements obligatoires (PO) pesant sur les entreprises françaises est de 15% du PIB contre 9% en Allemagne. »

Il est vrai que l’Allemagne a réduit considérablement l’impôt sur les sociétés, les prestations sociales…et considérablement comprimé les salaires. Avec pour résultat une explosion de la précarité, de la pauvreté et une grogne sociale croissante…Mais c’est une autre histoire.
Les PO sur les entreprises représentent 15% du PIB. Soit. Sachant que les PO représentent au total 50 % du PIB, cela signifie que le poids des PO sur les ménages est de 35% du PIB soit plus de 2 fois ce que paient les entreprises.

Depuis 15 ans, le financement de la protection sociale a été largement transféré des entreprises aux ménages. En 1990, les ménages en finançaient 31% contre 40 % aujourd’hui.

Plutôt que passer leur temps à hurler à la mort sur le « poids de l’Etat », les grands patrons français feraient mieux de se focaliser sur l’investissement productif, l’innovation, la R&D…

PP

Sarah Palin

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Sarah Palin, 44 ans, est la colistière de John McCain, le candidat républicain aux élections présidentielles américaines.

Ultraconservatrice, pro-armes, anti-avortement, Sarah Palin est relativement peu expérimentée : maire d’une ville de 9000 habitants et gouverneur de l’Alaska depuis 2006. C’est comme si, en France, elle avait été maire d’un village de 1500 habitants et présidente du conseil général de la Creuse… Je n’ai rien contre les élus locaux, bien au contraire, mais n’y-a-t-il pas un minimum d’expérience à avoir avant de prétendre accéder à des responsabilités nationales ? Quoiqu’il en soit, cela ne semble pas troubler outre-mesure les américains…

« Sarah on t'aime! », crie la foule à l'adresse de la candidate à la vice-présidence Sarah Palin dans les meetings du camp républicain, reléguant au second plan John McCain, qui semble parfois épuisé après des mois d'une campagne harassante.
Jouant la carte de la simplicité, elle ouvre leurs meetings communs en évoquant ses cinq enfants, son mari – « le premier gars de l'Alaska »- et se réjouit, comme jeudi dernier dans le Wisconsin (nord), d'être dans un Etat « où les gens aiment le bon hockey, la bonne chasse, la bonne pêche et le super football ». Elle va bientôt nous montrer comment descendre une bonne chope de bière, en terminant par un rot façon « Omer Simpson ». A quand le concours de pet dans les chambrées avec les GI stationnés en Irak ?

Elle attendrit également les foules en parlant de son fils Trig, 4 mois, atteint de trisomie 21 et en vantant une « Amérique où chaque enfant est chéri et se voit offrir une chance ». Ben voyons !

Elle provoque aussi des vivats, quand elle promet des forages pétroliers offshore, alors que les Américains sont préoccupés par les prix des carburants. « On va forer, et on va forer maintenant », assure cette ultraconservatrice qui gouverne l'Alaska depuis 2006. Ce à quoi la foule répond: « drill, baby, drill! » (Fore, bébé, fore). Pas de Grenelle de l’environnement pour les ultracons(ervateurs) !

Lorsqu'ils ont été présentés dans l'Ohio, la foule s'est mise à hurler en entendant « Merci d'accueillir Sarah Palin », couvrant presque totalement la fin de la phrase: « ... et le prochain président des Etats-Unis, John McCain ». L'affluence contrastait nettement avec celle qui avait accueilli le sénateur de l'Arizona en solo la veille en Floride. Il s'était exprimé à Jacksonville devant une salle aux trois-quarts vide, incitant certains à se demander si sa colistière n'était pas plus populaire que lui. En évoquant elle-même une « administration Palin-McCain », elle semblait leur donner raison. Elle est allée encore plus loin, présentant M. McCain comme « mon colistier, mon ami ».

Bien sûr, en France, cela ne pourrait pas arriver ! Hein ?

PP

24 septembre 2008

Sarkozy le justicier...

« Aujourd'hui, des millions de gens à travers le monde ont peur pour leurs économies, pour leur appartement, pour l'épargne qu'ils ont mis dans les banques. Notre devoir est de leur apporter des réponses », a lancé Nicolas Sarkozy lundi soir au cours d'un dîner de gala à New York, organisé en marge de l'assemblée générale des Nations Unies et en présence de nombreux dirigeants du monde économique.
Selon lui, il faut pouvoir expliquer « qui est responsable du désastre » et « que ceux qui sont responsables soient sanctionnés et rendent des comptes ». Qui sanctionner ? Comment ?

Décidément, il ne peut pas s’empêcher de rouler des mécaniques ! Il s’est senti obligé d’agiter ses petits poings sous le nez des « patrons voyous » ! Comme si la crise financière était exclusivement due à quelques « arnaqueurs » qu’il suffirait de pendre en place publique pour que tout soit réglé !
Comme l’a justement rappelé Dominique Strauss-Kahn (qui a brillé par son absence jusque là), c’est une crise du système, c’est donc le système qu’il faut réformer (ce qui n’exclut pas de rechercher les moyens de responsabiliser les décideurs financiers).

Il ne suffit pas de remplacer des individus par d’autres pour que cessent les comportements moutonniers des investisseurs, à la recherche du profit maximal à court terme. Ces comportements moutonniers qui font que tout le monde achète la même chose en même temps, confortant les prévisions devenues « auto-réalisatrices »…jusqu’à ce que la bulle éclate. Là, les tentatives de chacun pour sauver ses meubles précipitent la chute de tous…car tout le monde vend la même chose au même moment !

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C’est une réflexion globale sur le rôle de la finance et ses rapports avec l’économie qu’il faut mener… Pour cela, c’est d’un travail de fond dont nous avons besoin, pas de vagues déclarations à l’emporte-pièce. En effet, il s'agit de remettre en cause 20 années de libéralisation, de dérégulation...rien de moins.

PP

23 septembre 2008

Protection sociale : quel avenir ?

Il y a quelques jours, j’ai écrit dans une note que la protection sociale représentait 35% du PIB (la « richesse » nationale). En fait, c’est plutôt 30%. Ce qui fait une erreur à environ … 90 milliards d’€. Oups !

Mais au fait qu’entend-on exactement par « protection sociale » ? Voici les différentes composantes (et le poids des dépenses correspondantes dans le PIB) :
* Santé : 10,4%
* Vieillesse (retraites): 13%
* Maternité – Famille : 2,6%
* Emploi : 2,1%
* Logement : 0,8%
* Exclusion (RMI, APA) : 0,5%
soit un total de 29,4 % du PIB soit 520 milliards d’€.

La semaine dernière (le 18 septembre), Nicolas Sarkozy présentait, à Bletterans dans le Jura, ses priorités pour le système de santé. Cela n’a pas eu beaucoup de retentissement dans les médias (ou alors j’ai loupé quelques chose). Pour autant, après avoir écouté l’intégralité de l’intervention, on est en droit de se poser des questions, voire de faire quelques remarques !

« La santé est un investissement pour la France. Aujourd’hui l’assurance maladie assure le financement de trois quarts des dépenses de santé. »
Oui, mais cette moyenne masque des disparités importantes : si l’assurance maladie couvre 95% des dépenses dans les hôpitaux publics, ce chiffre tombe à moins de 40% pour les dentistes. C’est une sorte de distinction entre gros risques et petits risques qui ne veut pas dire son nom.

« J’avais parlé des franchises médicales pendant ma campagne électorale. Cela ne se fait pas, de parler des mauvaises nouvelles avant d’être élu. Je l’ai fait. Que n’ai-je entendu ? J’observe tous les vertueux qui m’appellent à dépenser davantage sans avoir la moindre idée de la façon dont on trouve l’argent. En créant les franchises, je n’ai fait qu’anticiper les besoins de demain - le cancer, la maladie d’Alzheimer, les soins palliatifs. Je n’ai fait que rappeler que la solidarité nationale doit être confortée par des ressources nouvelles. Et je n’ai fait qu’énoncer une évidence : la santé a un coût, dont le financement doit être repensé et réparti équitablement. Ceux qui sont contre les franchises sont contre le financement du plan Alzheimer. Ils sont contre l’ouverture de nouveaux lits de soins palliatifs. Ils sont contre l’argent que l’on va donner pour le plan cancer. »
Quel raisonnement malsain ! Ceux qui sont contre les franchises médicales sont donc des monstres sans cœur. De même, sous prétexte que je n’ai pas voté Sarkozy, je serais contre la promotion sociale des individus de petite taille !
Soyons sérieux, personne n’est contre le plan cancer ou le plan Alzheimer. En revanche, on est en droit de s’insurger contre le principe de la franchise médicale qui introduit une bien curieuse solidarité entre malades.

« Si on veut dépenser plus, il faut trouver des recettes. Et je suis vraiment à l’écoute de ceux qui veulent me donner des idées. En tout cas, je ne suis pas venu pour dire que tout est facile et que tout est possible. »
Tout est possible, ce n’était pas le slogan du candidat du pouvoir d’achat ?

« Assurer le financement des dépenses de santé est un défi pour demain qui se joue aujourd’hui. C’est pourquoi je souhaite que l’assurance maladie revienne à l’équilibre en 2011. Pour y parvenir, nous aurons besoin de l’engagement résolu de tous. De tous. Et d’abord des complémentaires santé, qui doivent contribuer à l’amélioration de la qualité des soins, à la gestion du risque, à la maîtrise de la dépense, dans l’intérêt des assurés. Les négociations entre l’assurance maladie et les professionnels de santé associeront dorénavant les organismes complémentaires, en particulier dans les secteurs où ces derniers garantissent une prise en charge importante, je pense à l’optique et au dentaire. »
D’abord des complémentaires santé ! Il y a deux ans, dans La Tribune, Guillaume Sarkozy expliquait qu’il faut s’attendre « à des bouleversements majeurs dans le domaine de la santé. La réforme Douste-Blazy n’a pas eu tout le succès escompté en ce qui concerne les équilibres financiers. D’autres réformes seront nécessaires. Elles donneront aux assureurs complémentaires un rôle de plus en plus important. » Et bien, nous y voilà ! Au fait, Guillaume Sarkozy (frère ainé du président) est délégué général du groupe Médéric, un des leader de l’assurance-santé et de l’assurance-retraite.
Quant à la « gestion du risque », je doute qu’elle soit vraiement dans « l’intérêt du patient », mais plutôt dans l’intérêt bien compris des complémentaires. En gros, au privé les « bons » risques (les moins coûteux), à la Sécu…le reste !

« Le numerus clausus continuera donc d’être progressivement relevé. Mais il devrait être réparti entre les spécialités et entre les régions, en fonction de la démographie médicale et des besoins des territoires. A l’avenir, chaque région devrait définir elle-même ses besoins de formation médicale par spécialité. »
Allons-nous vers un modèle fédéral ? Comment ferons les régions dont les capacités de formation ne seront pas suffisantes dans tel ou tel domaine ?

« La solidarité nationale ne peut rester indifférente devant la question de l’inégal accès aux soins sur le territoire. Alors je pose la question : la solidarité nationale doit-elle garantir le même tarif au médecin généraliste d’une zone rurale fragile ou d’une banlieue difficile et au médecin spécialiste s’installant dans une agglomération suréquipée ? Je prends mes responsabilités : je ne le crois pas. J’en tirerai les conclusions. »
Cela n’incitera-t-il pas les médecins des grandes « agglomérations suréquipées » à pratiquer des dépassements d’honoraires ?

« Je redis que des négociations conventionnelles sont en cours et j’en attends pour la fin de l’année des mesures opérationnelles permettant d’accroître l’offre médicale dans les zones qui en ont le plus besoin. Je n’accepte pas que certains de nos compatriotes n’aient pas une offre médicale digne de ce nom alors que dans d’autres quartiers certains, médecins n’arrivent plus à vivre tant la densité médicale est importante. »
Pourquoi ne pas imposer, comme cela est le cas pour les enseignants, une région d’implantation au début de la carrière, en fonction des besoins des territoires? Les médecins sont redevables à la collectivité pour leur formation.

« Nous avons trop longtemps, je le dis comme je le pense, laissé les professions de santé autogérer leur démographie. Il est temps d’agir et de faire des choix. Si certains ont du mal à le faire, nous le ferons à leur place. »
Ca, c’est vrai.

« L’accès aux soins pose, enfin, la question des honoraires médicaux. Je souhaite que tous les acteurs - assurance maladie, médecins, assurances complémentaires - définissent avant la fin de l'année les modalités d'un secteur optionnel pour les chirurgiens, les obstétriciens et les anesthésistes du secteur 2. Le secteur optionnel doit permettre un meilleur encadrement des tarifs que le secteur 2, assorti d’objectifs de qualité. Il doit aussi mettre fin à certaines injustices entre des praticiens qui, pour les mêmes qualifications et les mêmes diplômes, se trouvent dans des situations tarifaires extrêmement différentes. Les libertés tarifaires seront mieux prises en charge par l’assurance maladie et les assurances complémentaires, ce qui permettra un meilleur accès aux soins. Pour que cette option soit retenue par le plus grand nombre, il faut que des avantages spécifiques y soient associés. Si les partenaires conventionnels ne parviennent pas à un accord sur ce sujet, l'Etat en tirera les conséquences et agira. »
Il s’agirait en fait de permettre aux médecins qui le souhaitent de pratiquer des dépassements d'honoraires pour certains de leurs patients, et des tarifs « opposables » (de sécurité sociale) pour les autres. Donc pour régler un problème, il suffit d’officialiser et de légaliser sa pratique !

« Les honoraires des médecins qui décideraient de rester en secteur 2 doivent-ils faire l’objet d’une régulation ? Je suis, vous le savez, très attaché à l’exercice libéral de la médecine. Nous devons tenir compte de la renommée exceptionnelle de certains praticiens qui font l’honneur et l’attractivité de notre système de santé. Il me semble cependant qu’une forme de régulation adaptée pourrait être envisagée. Nous devons apporter des solutions concrètes aux difficultés d’accès aux soins que rencontrent les Français. »
Ce qui fait la qualité du système de soins français, c’est l’ensemble des praticiens et non quelques spécialistes. Les dépassements d’honoraires constituent un recul de la solidarité nationale mise en oeuvre par l’assurance maladie obligatoire : du fait de leur montant croissant, ceux-ci génèrent des inégalités d’accès aux soins, voire des renoncements.

« A l’hôpital, je souhaite que chaque établissement analyse avec attention les causes des accidents liés aux soins prodigués en son sein. Pour accélérer le mouvement, il faut que soient rendus publics, pour chaque établissement de santé, quelques indicateurs simples comme le taux de mortalité ou le taux d’infections. Je veux des résultats concrets. »
De la poudre aux yeux. Ce qui est important, ce sont les moyens mis en œuvre pour assurer la qualité des soins pour tous.

« Je souhaite que des forfaits de prise en charge des personnes atteintes de maladies chroniques soient expérimentés par l’Assurance maladie et les complémentaires santé. Ces forfaits devront se substituer au paiement à l’acte. »
Enfin, une bonne idée ! Bizarrement, ce passage n’a pas été repris sur la version papier du discours téléchargeable sur www.elysee.fr. S’agit-il d’une improvisation de dernière minute de la part de Nicolas Sarkozy ou d’un passage déjà censuré ?

« Il n'y a que 7% des dépenses de santé qui sont consacrées à la prévention. Je souhaite que la part de la prévention dépasse 10% d’ici 2012. »
Là, je suis d’accord. Mais comment financer cette augmentation …15 milliards d’€ ?

« La réforme doit aussi accompagner tous ceux qui s’engagent dans le changement. Pourquoi ne pas permettre aux hôpitaux qui sont à l’équilibre, grâce aux efforts de tous leurs personnels, de redistribuer une partie des excédents ? A qui ? Aux salariés, au personnel hospitalier, et je ne vois pas pourquoi une politique d’intéressement, à laquelle je crois tant dans le secteur privé, ne s'appliquerait pas dans le secteur hospitalier ? C'est grâce à l'amélioration de sa productivité qu’un centre hospitalier réalise un excédent. Pourquoi ne pas en faire profiter l'ensemble des acteurs responsables ? Je n'ai pas peur des mots. Une politique d'intéressement du personnel médical ou paramédical me semble très adaptée à la définition d'un projet où la responsabilité, la qualité et la sécurité sont trois mots majeurs de l'état d'esprit de notre politique. »
Que signifie « faire de la productivité » dans le secteur hospitalier ? Augmenter la « rotation » des patients ? Diminuer les effectifs ? Cet engrenage ne risque-t-il pas de tirer vers le bas la qualité des soins ?

Encore des sujets sur lesquels il faudra être vigilants !

PP

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