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02 octobre 2008

Je n’irai plus chez Total par hasard…je n’irai même plus du tout !

Depuis quelques jours, il est impossible d’échapper aux publicités pour la carte Visa Total…

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Dès la souscription de cette carte, vous bénéficiez de 3% de réduction sur le carburant. Soit toujours un peu plus cher que le prix pratiqué dans les grandes surfaces !
Dès que les paiements avec la carte atteignent 6000 €, la réduction passe à 6% …soit le prix pratiqué dans les grandes surfaces !
Pour obtenir une réduction de 9%, il faudra souscrire une offre chez un « partenaire »…Le premier de ces partenaires n’est autre que …Sofinco, un des leaders du crédit à la consommation. En gros, il faut s’endetter pour obtenir un rabais sur le carburant, il fallait y penser !

Enfin, voici un extrait des conditions d’utilisation de la carte (relevé sur le site internet de Total) :
« La carte CB Visa de TOTAL est une carte de paiement, au comptant par défaut, et à crédit, uniquement sur demande expresse, jointe à un compte support de crédit reconstituable et renouvelable annuellement au TEG révisable de 13,90% à 17,90% l'an en fonction de l'encours (hors frais de cotisation annuelle de la carte de 25 €, et assurances facultatives). Son coût dépend du montant et de la durée du découvert effectif.
Exemple : pour une utilisation de 700 € effectuée le 20/10/2008 avec un jour d'échéance au 2 du mois remboursable aux conditions de votre contrat, vous rembourserez 30 € pendant 28 mois, et une 29è mensualité ajustée de 16,71 €. Taux Effectif Global (TEG) annuel révisable de 17,90% pour un coût total du crédit de 156,71 €. Tous les taux et montants de ce document sont hors assurance facultative.
»

Ca me fait penser qu’en début de semaine, Christine Lagarde a annoncé des mesures pour lutter contre le surendettement. Le surendettement consiste, pour une personne ou un ménage, en un niveau d’endettement excessif par rapport à ses capacités de remboursement.

En 1995, environ 70 000 dossiers étaient soumis aux commissions de surendettement contre plus de 180 000 aujourd’hui. Environ 700 000 ménages bénéficient d’une mesure pour remédier à leur état de surendettement.
On estime à 4% (soit 1 million) le nombre de ménages qui auraient un niveau d’endettement excessif par rapport à leur capacité de remboursement.
Près de 50% des foyers surendettés se trouvent dans les 15% de ménages dont les revenus sont inférieurs au SMIC.

Christine Lagarde nous rappelle que 75% des cas de surendettement sont dus à un « accident de la vie » (perte d’emploi, maladie, divorce…) et non «à des comportements prédateurs des organismes de crédit.». C’est vrai mais…dans les deux tiers des dossiers de surendettement, on peut noter la présence d’au moins un crédit « revolving » (réserve de crédit reconstituable, à des taux variant entre 13% et 20%) et même souvent plusieurs (six en moyenne !).

Le développement du surendettement est clairement lié à l’explosion de la précarité professionnelle et familiale. Devant la frilosité des banques, les plus précaires n’ont d’autre solution que de se retourner vers les fameux crédits « revolving », si facile à obtenir…mais difficiles à maîtriser. Surtout lorsque l’on est partout sollicité par la publicité.

Aujourd’hui, les seules solutions proposées sont curatives : plans de redressement (étalement des dettes,…) et, depuis 2003, le PRP (Plan de Rétablissement Personnel) ou « faillite personnelle ». Le PRP consiste à vendre tous les biens non strictement nécessaires et à répartir le produit de la vente entre tous les créanciers, avant effacement total des dettes restantes. Cette procédure, peu répandue (15% des cas), montre les limites du seul traitement des conséquences d’un phénomène dont les causes sont avant tout économiques et sociales.

Que nous propose Christine Lagarde ?
La durée d'inscription au fichier « Banque de France » (FICP) sera ramenée de 8 à 5 ans. La ministre a également annoncé la mise en place d'un «droit d'accès à distance» au FICP pour interroger à distance la Banque de France et connaître sa situation et la durée de son inscription au fichier. Autre proposition de la ministre de l'Economie : supprimer le délai de six semaines entre le moment de défaut de paiement et la réception par les banques de l'information.
Et…C’est tout !

Pas d’encadrement des publicités des établissements de crédit, pas de limitation des taux de crédit, pas de recherche de la responsabilité éventuelle de l’établissement de crédit…

Il est vrai que les 131 milliards d’€ de crédits à la consommation représentent près de 15% des dépenses de consommation des ménages et sont donc par conséquent un moteur de la croissance…qui en a bien besoin. Il n’y a pas si longtemps (pendant la campagne des présidentielles), Nicolas Sarkozy ne disait-il pas qu’ « une économie qui ne s’endette pas suffisamment, c’est une économie qui ne croit pas en l’avenir, qui doute de ses atouts, qui a peur du lendemain » ? Depuis quelques semaines, son discours a changé, mais c’est une autre histoire !

PP

08:30 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pouvoir d'achat, Sarkozy | | |  Facebook | | |

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