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08 octobre 2008

Réflexions sur la crise et le capitalisme « fou »

Faux européens
Les réactions des dirigeants européens, et notamment allemands, montrent bien que l’Europe politique est une chimère. En effet, ce qui ressort des déclarations successives, c’est la prééminence des « solutions nationales ». En gros chacun veut sauver « ses » banques.
Cette crise met au grand jour les limites d’une Europe-marché, organisée depuis 20 ans par une seule politique : celle de la concurrence, de la privatisation et du dumping fiscal.
Ces mêmes dirigeants qui n’avaient pas de mots assez durs pour ceux qui ont dit « Non » lors du référendum sur le Traité Constitutionnel montrent aujourd’hui leur vrai visage.

Le retour des cerveaux vers l’économie réelle
Cette crise financière aura peut-être un avantage. Je ne vais pas vous faire le coup de la « moralisation nécessaire» ou de « l’éthique ». En fait, la bérézina des institutions financières va peut être en atténuer l’intérêt pour les ingénieurs, les mathématiciens… jusque là attirés par les rémunérations hors de toute référence que leur proposaient ces sociétés pour qu’ils conçoivent des produits financiers, des modèles de risque… Les futures générations de brillants cerveaux vont sans doute à nouveau se tourner vers la recherche ou l’industrie pour plancher sur les énergies renouvelables, les véhicules non polluants, les nouveaux vaccins…
On peut en tout cas l’espérer !


Ripostes
J’ai regardé ce dimanche l’émission Rispostes sur France 5. Le thème était : « Le capitalisme fou va-t-il nous tuer ? »
Les invités étaient :
* Eric Woerth (ministre du budget) : c’est, selon moi, l’archétype de la « tête d’œuf », la « quintessence de la bullocratie » comme dirait Jean-François Kahn. Au fait quelqu’un peut-il me dire comment se prononce son nom : Veurte, Ouerte, Veursse, Ouersse ???
* Olivier Besancenot (Porte parole de la LCR) : je ne suis pas fana, mais son discours est solide.
* Bernard Maris : économiste et chroniqueur à France Inter et Charlie Hebdo. Depuis qu’il passe plus souvent dans les médias, je le trouve moins incisif…mais je partage souvent son analyse.
* Jacques Marseille : comique libéral, bizarrement présenté comme « économiste ». Le grand retour de mon ami Jacques !

Eric Woerth a attaqué très fort, à la surprise générale, en prenant Olivier Besancenot à partie sur l’adhésion de Jean-Marc Rouillan (ancien d’Action Directe et assassin de l’ancien PDG de Renault) au Nouveau Parti Anti-capitaliste. Rien à voir ave la choucroute, mais enfin bon…Olivier Besancenot l’a renvoyé dans les cordes en lui parlant de Maurice Papon, accusé d’avoir déporté des juifs et…ancien cadre du RPR !

Par la suite, Eric Woerth nous a gratifiés d’un aphorisme lourd de sens : « il ne faut pas jeter le capitalisme avec l’eau de la crise». Selon lui, « le capitalisme, c’est la démocratie »…
Non, Mr Woerth, le capitalisme est un système économique et social qui repose sur la propriété privée du capital investi dans les moyens de production. Il s’est développé à partir du XVIIème siècle, à une époque où la démocratie n’était qu’un vague souvenir de la Grèce antique ! Plus près de nous, le Chili de Pinochet n’était-il pas le laboratoire des idées de l’économiste libéral Milton Friedman et son orchestre (les fameux « Chicago Boys » !) ? Bel exemple de démocratie ! Et la Russie postsoviétique ? N’a-t-elle pas été l’eldorado du capitalisme triomphant sous l’égide des « experts » du FMI ? Peut-on dire pour autant que la démocratie a progressé dans ce pays ?

Toujours selon Mr Woerth, « le capitalisme, c’est l’égalité dans l’accès aux ressources ». Non, le capitalisme c’est la concurrence de tous contre tous, qui nourrit l’injustice. Les inégalités entre les pays riches et les autres se creusent. Et au sein des pays les plus riches aussi. Les Etats-Unis, champions du monde du capitalisme contemporain, on aussi le niveau d’inégalité le plus élevé parmi les pays riches. Seul le 1% le plus riche de la population voit sa situation s’améliorer d’année en année.

A ce sujet Bernard Maris a fait justement remarqué que le capitalisme financier a toujours dominé le capitalisme « réel », industriel. Il y a eu une petite parenthèse pendant l’après-guerre où la nécessité de la reconstruction a permis à la social-démocratie de dominer l’Europe et les Etats-Unis. Après guerre, a-t-il rappelé, les Etats-Unis étaient le pays le plus égalitaire. Depuis, à grand renfort de libéralisation, de dérégulation, le capitalisme financier a repris le dessus…avec les conséquences que l’on connaît.

Selon Jacques Marseille, les crises font partie de la vie du capitalisme (de la vie tout court a cru bon d'ajouter Eric Woerth !). Il y a eu l’explosion de la bulle Internet, la crise de la 1ère guerre du Golfe… Selon lui, ce qui fait la spécificité de cette crise, c’est l’avènement de nouvelles puissances : Chine et Inde. « 2,5 milliards d’individus sont entrés dans l’économie de marché ». Peut-on dire que les ouvriers chinois qui triment 12 heures par jour sont « entrés dans l’économie de marché » ? La spécificité de cette crise ne réside-t-elle pas plutôt dans le fait que toutes les banques et institutions financières sont « contaminées », rendant le financement de l’économie problématique, alors que la bulle Internet était « seulement » une crise sectorielle ?

Enfin, toujours selon Jacques Marseille, il est paradoxal de jeter l’opprobre sur les investisseurs financiers alors que ce sont eux qui prêtent aux Etats-Unis les 700 milliards du plan Paulson parce qu’ils ont « confiance dans le capitalisme américain ». Donc le capitalisme est solide, donc tout va bien. On pourrait croire que les investisseurs financiers font une fleur à l’Etat américain en achetant des bons du trésor, si faiblement rémunérés ! Il n’en est rien…Paniqués, les investisseurs refusent de prêter quoi que ce soit aux établissements financiers et cherchent l'abri dans les valeurs refuges, c'est-à-dire les actifs sans risque : l'or est ainsi au plus haut et la demande de bons du Trésor américain est telle que les investisseurs sont prêts à accepter des rémunérations minimales (un taux d'intérêt à trois mois de 0,06 % !).
S’ils avaient vraiment « confiance dans le capitalisme américain », ils investiraient directement dans les institutions financières, sans avoir besoin de la garantie de l’Etat !

Pour terminer je citerais John Maynard Keynes qui disait, dans les années 1930, que « le capitalisme, c’est la croyance stupéfiante selon laquelle les pires hommes vont faire les pires choses pour le plus grand bien de tout le monde. »

PP

08:12 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, libéralisation | | |  Facebook | | |

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