Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

22 octobre 2008

Un nouveau « Bretton woods », vraiment ?

Le week-end dernier, Nicolas Sarkozy a tenté de convaincre George Bush de la nécessité d’un nouveau « Bretton Woods ». Si j’ai bien compris, il souhaite que ce sommet se tienne avant la fin de l’année 2008. George Bush s’est, lui, montré beaucoup plus vague. Il s’est également empressé de rappeler qu’ « il est essentiel que nous préservions les fondements du capitalisme démocratique », évoquant « le libéralisme, la liberté d'entreprendre et le libre-échange » et mettant en garde contre « la tentation dangereuse de l'isolationnisme ».

« Capitalisme démocratique », par cette curieuse juxtaposition, les tenants du système actuel justifient son maintien en assimilant sa défense à celle de la démocratie. Alors même que le capitalisme, par les inégalités qu’il engendre, va à l’encontre des principes fondamentaux de la démocratie, qui supposent une certaine égalité entre les citoyens. Comme le rappelle Pierre Rosanvallon, « la démocratie ne repose pas seulement sur une organisation des droits, c’est aussi une société dans laquelle les personnes se respectent, peuvent se parler ensemble, vivre ensemble et ne sont pas étrangères les unes aux autres, ce qui suppose qu’elles soient commensurables. Or le développement actuel des inégalités rend aujourd’hui incommensurable la situation des personnes. »

Mais revenons à « Bretton Woods » ! Pour mémoire, les « vrais » accords de « Bretton Woods » furent signés le 22 juillet 1944 après trois semaines de débats entre 730 délégués représentant l’ensemble des 44 nations alliées. Il y avait également un observateur soviétique.

20081022 - Bretton Woods.jpg

Ces accords étaient le fruit du travail d’économistes chevronnés, qui avaient une vision globale de l’économie. Ainsi, les deux protagonistes principaux de cette conférence ont été John Maynard Keynes, qui dirigeait la délégation britannique, et Harry Dexter White, assistant au Secrétaire au Trésor des États-Unis, qui avaient tous deux préparé un plan d'ensemble. Le plan Keynes avait été ébauché dès 1941…

Je crois donc que, comme à son habitude, Nicolas Sarkozy confond volonté politique et activisme, vitesse et précipitation.

D’autant que les sujets épineux ne manquent pas :
* refonte des accords dits de « Bâle II », qui ont en grande partie délégué le contrôle des banques …aux banques elles-mêmes ! Le rôle des autorités de tutelle se limite à vérifier la validité des procédures et des instruments de contrôle interne…avec le succès que l’on sait aujourd’hui ! Il est donc nécessaire de « mettre les mains dans le cambouis » !
* la finance « offshore » (autrement dit, pour schématiser, les « paradis fiscaux ») qui organise l’opacité des circuits de circulation de l’argent. Ainsi, près de la moitié de l’activité internationale des banques transite par les centres financiers offshores. Si certains paradis fiscaux sont bien connus (îles Caïmans, îles Vierges Britanniques, Bermudes…), on parle plus rarement de la place financière de…Londres qui représente 40% de la finance offshore. Autant dire que Gordon Brown sera peut-être un peu réticent pour aborder ce sujet !! La Suisse, le Liechtenstein et le Luxembourg, autres places fortes de la finance offshore ont boudé (hier) la réunion organisée sur le sujet par la France...
* les « hedge funds » (fonds spéculatifs) dont l’encours est estimé à environ 2000 milliards de dollars, et qui prospèrent grâce aux paradis fiscaux (80% d’entre eux sont localisés aux îles Caïmans)
* les produits dérivés dits « de gré à gré » (ou OTC, Over The Counter), dont l’encours représenterait plus de … 200 000 milliards de dollars, certaines estimations allant jusqu’à 600 000 milliards. Ces produits, destinés à la couverture de risques, ne font pas l’objet d’un marché organisé, mais sont le résultat de transactions directes entre deux contractants (deux institutions financières), autorisant toutes les …libertés !

Et j’en oublie, évidemment !
Mais, pour Nicolas Sarkozy, pas de problème, en moins de deux mois, il vous livre un système financier tout neuf, clé en main, assurance comprise : les « maisons Phénix » de la finance, en quelque sorte !

PP

08:11 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : finance, crise, libéralisation, sarkozy | | |  Facebook | | |

Commentaires

Mille fois d'accord qu'il faut des hommes de vision pour une vraie refondation du système.

Notez que depuis 1993, Jacques Cheminade en France et Lyndon LaRouche aux USA n'ont pas seulement anticipé la crise actuelle (subprimes, dérivés, hedge funds, etc.) mais ont proposé un vrai nouveau Bretton Woods, pas juste "un machin" pour empecher que ça recommence. Leur proposition fut soutenu par des centaines d'élus, en France et ailleurs.

C'est le moment d'examiner leurs propositions.

Écrit par : erasmus | 24 octobre 2008

La recette d'un VRAI NOUVEAU BRETTON WOODS

La conférence pour un nouveau Bretton Woods devra agir de toute urgence afin que :

• Le système financier actuel soit déclaré en faillite, mis en règlement judiciaire et remplacé par un nouveau.
• Un système de parités fixes soit accepté et immédiatement mis en place.
• Les produits financiers hyper-spéculatifs, tels que les « produits dérivés », soient mis hors la loi par des accords entre gouvernements.
• Une vaste réorganisation de la dette soit entreprise, certaines dettes devant être rééchelonnées ou annulées.
• De nouvelles lignes de crédit soient ouvertes grâce au crédit productif public, en s’inspirant de la politique d’Alexander Hamilton et du « Système d’économie politique américain », rendant ainsi possible le plein emploi qualifié grâce à des investissements dans un renouveau infrastructurel et technologique.
• Le « pont terrestre eurasiatique » soit réalisé, clef de voûte de la reconstruction économique mondiale et vision qui sera à l’origine non seulement d’un « miracle » économique mais aussi socle de la paix mondiale du vingt-et-unième siècle.
• Un nouveau « traité de Westphalie » soit signé pour garantir la disponibilité, l’exploration et le développement des matières premières en faveur de tous les pays du monde, au moins pour les cinquante ans à venir.

Source : http://www.solidariteetprogres.org/petitionNBW/ ***

David C.
david.cabas.over-blog.fr

Écrit par : David C. | 26 octobre 2008

Les commentaires sont fermés.