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31 octobre 2008

La morale de l’histoire

Ces derniers temps, Nicolas Sarkozy nous avait presque convaincus qu’il était devenu socialiste. Au point même que Hugo Chavez, le facétieux président vénézuélien, lui donne du « camarade » et lui adresse un message de bienvenue : « Sarkozy, tu es en train de te rapprocher du socialisme, bienvenu au club, ce sont des idées intéressantes ».

Mais, hier, patatra ! C’est la rechute...
En effet, Nicolas Sarkozy a rappelé aux banques qu’elles devaient respecter un « pacte moral » passé « avec la Nation » pour faire face à la crise financière.
Par cette simple phrase, c’est le « retour de l’Etat » qui en a pris un sérieux coup dans l’aile. En effet, faire reposer le financement de l’économie sur un « pacte moral » est d’autant plus hasardeux que les banques françaises sont désormais des acteurs mondialisés d’un marché financier global. Leurs capitaux sont, pour une large partie (comme la plupart des entreprises du CAC40), détenus par des investisseurs étrangers qui n’ont que faire de la « Nation » française et sont avant tout préoccupés par leurs dividendes.
Nicolas Sarkozy a une vision naïve (ou cynique) de l’économie lorsqu’il semble croire que l’on peut s’en remettre au « sens moral » des acteurs, par ailleurs soumis à des incitations qui les font « mal » se comporter. De toute façon, la morale n’a rien à voir avec l’économie. L’économie n’est faite que de réponses à des incitations, de rapport de forces…

Or, dans le cas des banques, les incitations sont faibles puisque les quelque 10 milliards d’€ injectés par l’Etat dans les six principales banques ne lui permettent pas d’entrer à proprement parler au capital. En effet, rappelons-le, l’Etat se portera acquéreur de titres de dette subordonnée qui sont en fait des obligations. Une dette est dite subordonnée lorsque son remboursement dépend du remboursement initial des autres créanciers (créanciers privilégiés, créanciers chirographaires). Bien sûr, en contrepartie du risque supplémentaire accepté, les créanciers subordonnés exigent un taux d'intérêt plus élevé que les autres créanciers.
Donc, à la différence des trois banques britanniques, mais aussi de la franco-belge Dexia ou de la néerlandaise Fortis, l'Etat ne deviendra donc pas actionnaire des six établissements français. Les obligations ne donnent pas de droit de vote. Mais l'Etat a l'assurance de toucher des intérêts sur ces titres. Pour Mme Lagarde, « l'Etat ne fait pas de cadeau aux banques », et ces fonds injectés « généreront des revenus substantiels pour l'Etat ».
Mais le but est-il vraiment que l’Etat fasse des bénéfices sur cette opération, alors que la priorité est au soutien de l’économie ?

En fait, les banques n’ont quasiment aucun compte à rendre à l’Etat, dans la mesure où il s’est lui-même privé des moyens de faire entendre sa voix ! N’oublions pas que la SFFE (Société Française de Financement de l’Economie, la « mini banque centrale » destinée à prêter aux banques) est détenue aux deux-tiers par … les banques elles-mêmes !
Mais soyons rassurés, Nicolas Sarkozy a une arme secrète : le médiateur du crédit pourra « aller à la télévision et devant les médias pour dénoncer les exemples de restriction inacceptables de crédit dans chaque département et de la part de chaque établissement ».
Les banques sont tétanisées !

Pour revenir à des choses plus sérieuses, mais pas forcément réjouissantes, on peut citer les propos du responsable de la recherche crédit chez Calyon (banque d’investissement filiale de LCL et Crédit Agricole) : « Le marché est fermé pour les sociétés les moins bien notées (…) L'accès plus difficile à la dette conduit déjà les entreprises, quelle que soit leur notation, à modifier leur politique de dividendes, de rachats d'actions ou d'investissements. »

Pourtant, les banques répètent que l’encours de crédit en hausse de 12% entre septembre 2007 et septembre 2008. Sauf que ce taux de croissance tend à diminuer. On peut citer l’introduction d’une étude de la Banque de France datée du 22 octobre 2008 :
« En septembre, le taux de croissance des crédits au secteur non financier diminue à nouveau en rythme annuel (10,2 %, après 10,8 %) mais reste quasi inchangé en rythme trimestriel annualisé (8,9 %, après 9,0 %). Le taux annuel baisse légèrement pour les crédits aux ménages (8,7 %, après 8,8 %), et de manière plus prononcée pour les crédits aux sociétés non financières (12,2 %, après 13,4 %). »
Bien sûr, le robinet du crédit ne va pas s’arrêter d’un coup, mais il va couler beaucoup moins fort, alors qu’il faudrait au contraire l’ouvrir pour soutenir la croissance.

Ne dit-on pas que c’est quand on besoin de rien qu’il faut aller voir son banquier ?!

PP

13:11 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, libéralisation, sarkozy | | |  Facebook | | |

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