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31 octobre 2008

La morale de l’histoire

Ces derniers temps, Nicolas Sarkozy nous avait presque convaincus qu’il était devenu socialiste. Au point même que Hugo Chavez, le facétieux président vénézuélien, lui donne du « camarade » et lui adresse un message de bienvenue : « Sarkozy, tu es en train de te rapprocher du socialisme, bienvenu au club, ce sont des idées intéressantes ».

Mais, hier, patatra ! C’est la rechute...
En effet, Nicolas Sarkozy a rappelé aux banques qu’elles devaient respecter un « pacte moral » passé « avec la Nation » pour faire face à la crise financière.
Par cette simple phrase, c’est le « retour de l’Etat » qui en a pris un sérieux coup dans l’aile. En effet, faire reposer le financement de l’économie sur un « pacte moral » est d’autant plus hasardeux que les banques françaises sont désormais des acteurs mondialisés d’un marché financier global. Leurs capitaux sont, pour une large partie (comme la plupart des entreprises du CAC40), détenus par des investisseurs étrangers qui n’ont que faire de la « Nation » française et sont avant tout préoccupés par leurs dividendes.
Nicolas Sarkozy a une vision naïve (ou cynique) de l’économie lorsqu’il semble croire que l’on peut s’en remettre au « sens moral » des acteurs, par ailleurs soumis à des incitations qui les font « mal » se comporter. De toute façon, la morale n’a rien à voir avec l’économie. L’économie n’est faite que de réponses à des incitations, de rapport de forces…

Or, dans le cas des banques, les incitations sont faibles puisque les quelque 10 milliards d’€ injectés par l’Etat dans les six principales banques ne lui permettent pas d’entrer à proprement parler au capital. En effet, rappelons-le, l’Etat se portera acquéreur de titres de dette subordonnée qui sont en fait des obligations. Une dette est dite subordonnée lorsque son remboursement dépend du remboursement initial des autres créanciers (créanciers privilégiés, créanciers chirographaires). Bien sûr, en contrepartie du risque supplémentaire accepté, les créanciers subordonnés exigent un taux d'intérêt plus élevé que les autres créanciers.
Donc, à la différence des trois banques britanniques, mais aussi de la franco-belge Dexia ou de la néerlandaise Fortis, l'Etat ne deviendra donc pas actionnaire des six établissements français. Les obligations ne donnent pas de droit de vote. Mais l'Etat a l'assurance de toucher des intérêts sur ces titres. Pour Mme Lagarde, « l'Etat ne fait pas de cadeau aux banques », et ces fonds injectés « généreront des revenus substantiels pour l'Etat ».
Mais le but est-il vraiment que l’Etat fasse des bénéfices sur cette opération, alors que la priorité est au soutien de l’économie ?

En fait, les banques n’ont quasiment aucun compte à rendre à l’Etat, dans la mesure où il s’est lui-même privé des moyens de faire entendre sa voix ! N’oublions pas que la SFFE (Société Française de Financement de l’Economie, la « mini banque centrale » destinée à prêter aux banques) est détenue aux deux-tiers par … les banques elles-mêmes !
Mais soyons rassurés, Nicolas Sarkozy a une arme secrète : le médiateur du crédit pourra « aller à la télévision et devant les médias pour dénoncer les exemples de restriction inacceptables de crédit dans chaque département et de la part de chaque établissement ».
Les banques sont tétanisées !

Pour revenir à des choses plus sérieuses, mais pas forcément réjouissantes, on peut citer les propos du responsable de la recherche crédit chez Calyon (banque d’investissement filiale de LCL et Crédit Agricole) : « Le marché est fermé pour les sociétés les moins bien notées (…) L'accès plus difficile à la dette conduit déjà les entreprises, quelle que soit leur notation, à modifier leur politique de dividendes, de rachats d'actions ou d'investissements. »

Pourtant, les banques répètent que l’encours de crédit en hausse de 12% entre septembre 2007 et septembre 2008. Sauf que ce taux de croissance tend à diminuer. On peut citer l’introduction d’une étude de la Banque de France datée du 22 octobre 2008 :
« En septembre, le taux de croissance des crédits au secteur non financier diminue à nouveau en rythme annuel (10,2 %, après 10,8 %) mais reste quasi inchangé en rythme trimestriel annualisé (8,9 %, après 9,0 %). Le taux annuel baisse légèrement pour les crédits aux ménages (8,7 %, après 8,8 %), et de manière plus prononcée pour les crédits aux sociétés non financières (12,2 %, après 13,4 %). »
Bien sûr, le robinet du crédit ne va pas s’arrêter d’un coup, mais il va couler beaucoup moins fort, alors qu’il faudrait au contraire l’ouvrir pour soutenir la croissance.

Ne dit-on pas que c’est quand on besoin de rien qu’il faut aller voir son banquier ?!

PP

30 octobre 2008

Jean-Luc Mélenchon sur RTL

Jean-Luc Mélenchon, sénateur PS de l'Essonne, était ce mardi l'invité de Jean-Michel Aphatie.


podcast


PP

Vidéo de soutien

La motion "Un monde d'avance" propose aux militants d'enregistrer des vidéos dans lesquelles il s'agit d'expliquer en quelques mots ses motivations, les raisons de voter pour la motion C...

Je me suis livré à cet exercice...
Vous pourrez constater à quel point je suis un grand professionnel de l'audiovisuel ! On dirait Droopy (you know what ?! I'm happy)
Mais je peux vous dire que ce n'est pas facile de faire passer son enthousiasme seul en face d'une caméra !
Enfin bon, voilà, c'est fait et je pense avoir fait part de ce qui me tenait vraiment à coeur.



Si l'exercice vous tente, rendez-vous sur le site Un monde d'avance.

PP

27 octobre 2008

Un monde d'avance

"Un monde d'avance", tel est le titre de la motion présentée par Benoît Hamon au congrès de novembre du Parti Socialiste.

Un monde d'avance

En tant que militant socialiste, c'est sans conteste la motion que je trouve la plus intéressante. Au-dela du simple fait qu'elle soit portée par un "nouveau visage" (contrairement à ceux qui prétendent incarner le renouvellement depuis plus de 20 ans !), cette motion insiste sur la nécessité de remettre en cause le système libéral dans son ensemble. Elle est d'autant plus crédible qu'elle fédère tous ceux, au PS, qui défendent ce point de vue depuis des années et pas seulement depuis début 2008 (Henri Emmanuelli, Jean-Luc Mélenchon..) ! Pendant des années, ils ont été considérés (au mieux) comme des rêveurs ou des archaïques, voire des dangereux collectivistes par certains de leurs "camarades" acquis aux thèses de la modernité du système libéral !
Des économistes comme Liêm Hoang-Ngoc, Pierre Larrouturou, Jacques Généreux l'ont également rejointe.

Elle affirme clairement le retour de la puissance publique dont on a vu la nécessité en ces temps agité. Elle fait de la question économique et sociale une question centrale...et refuse l'alliance avec le MODEM !

Voici quelques uns des éléments clés de la motion en matière économique:

Sortir du libre échange généralisé : plutôt que l'adaptation, la régulation
Le libre échange est devenu un dogme dangereux. Hier encore tabou, le débat sur le libre échange évolue, y compris aux Etats-Unis. Il faut un rééquilibrage entre le marché et la puissance publique. Nous proposons de promouvoir la préférence communautaire pour lutter contre les délocalisations et assurer la cohésion européenne. Et pour cela : activer le tarif extérieur commun, baisser les taux européens, harmoniser les normes sociales et fiscales.

Répondre à l'urgence écologique : plutôt que des mesures de court terme, un véritable investissement public
L'urgence écologique s'impose à tous. Le marché est incapable de préparer l'avenir. Il faut inventer des nouvelles formes de régulation et des efforts accrus de recherche publique. Le défi écologique légitime l'exigence de l'extension du champ du service public, par exemple pour la gestion de l'eau.

Pour lutter contre les inégalités, redistribuer les richesses
Il faut ici clarifier les moyens mobilisés, et notamment :
* Le salaire plutôt que ses avatars : si nous pensons que la valeur du travail (et non la « valeur travail ») est le salaire, alors c'est ce dernier qui doit être augmenté en priorité, et les outils existent.
* Les retraites : nouveaux financements plutôt que la contribution croissante des salariés.
* Le logement : l'encadrement des loyers, la réquisition des logements vides et un plan de relance exceptionnel de construction.
* La fiscalité : plutôt que la critique de l'impôt, le PS doit avoir le souci de renforcer la justice fiscale. Une réforme fiscale progressiste doit rendre l'impôt plus juste, tout en améliorant son rendement. Il s'agit de créer un grand impôt progressif sur le revenu et une CSG entreprise sur la valeur ajoutée, de limiter les impôts indirects avec notamment la baisse de la TVA, de réformer en profondeur la fiscalité locale.

Affirmer le retour de la puissance publique
Les propositions visent à reconstituer les marges de manoeuvre de la puissance publique, soutenir l'investissement et relancer le débat sur la stratégie industrielle de la France. Il faut réhabiliter l'intervention publique et proposer la réappropriation publique de secteurs clé, avec un pôle public de l'énergie. Il nous faut imaginer de nouvelles socialisations et développer les services publics, retrouver le droit de fixer certains prix, our contrecarrer les spéculations, veiller au rôle régulateur de l'Etat sur le marché du travail.

Changer le cours de la construction européenne
Aujourd'hui, les peuples se détournent de l'Europe, devenue synonyme de technocratie aveugle au service du seul libéralisme. Les « non » français et hollandais en 2005, le « non » irlandais aujourd'hui, témoignent de cette défiance croissante. Il est inacceptable que la voix des peuples soit ignorée.

Nous faisons des propositions pour une autre politique monétaire (revenir sur l'indépendance de la BCE et sur ses statuts), budgétaire (réviser le pacte de stabilité, dégager des recettes au niveau européen, créer un impôt européen sur les sociétés affecté au budget communautaire), industrielle et d'innovation ambitieuse, ainsi que pour la protection des services publics et l'harmonisation sociale et fiscale. Pour changer l'Europe, il faut enfin une gauche forte et volontariste.

Pour terminer, voici le compte-rendu d'une conférence sur la crise financière, animée par la motion "Un monde d'avance":
Crise financière : que doit proposer la gauche ?

PP

26 octobre 2008

Nettoyage à SEC

Cette semaine, j’ai regardé la chaîne d’information continue américaine CNN.
Apparemment, on aurait trouvé un des responsables de la crise financière : la SEC.

20081025 - SEC.jpg
La SEC (Securities and Exchange Commission) est aux États-Unis l'organisme fédéral de réglementation et de contrôle des marchés financiers. C'est en quelque sorte le « gendarme de la Bourse » américain, avec un rôle comparable à celui de l'AMF (Autorité des Marchés Financiers) en France.
Ainsi, ce serait son laxisme en matière de contrôle qui serait à l’origine de la débâcle des marchés financiers américains.


Ces accusations s’inscrivent dans le cadre d’une véritable « contre-offensive » des libéraux pour rejeter sur les structures publiques la responsabilité de la crise financière. Dans le même ordre d'idées, les gouvernements américains successifs auraient encouragé Fanny Mae et Freddy Mac (les deux organismes de refinancement de prêts immobiliers) à privilégier l'augmentation du taux de propriétaires de logement parmi les populations à faible revenu, et notamment les minorités. La poursuite de cet objectif aurait contraint ces deux institutions à refinancer massivement des prêts « subprime » à hauteur de 2500 milliards de dollars, alors que leurs fonds propres ne le leur permettaient pas.

Soit, admettons. Admettons que les organismes publics, structurellement incompétents puisque publics, se soient avérés être des « pousse-au-crime ». Dans ce cas, les institutions financières privées, essentiellement efficaces puisque privées, auraient dû détecter rapidement les risques potentiels et ne pas se laisser entraîner dans cette impasse. Soyons sérieux, c’est bien la logique dérégulatrice de ces dernières années qui est à l’origine de la crise. A l’époque, le marché était censé résoudre tous les problèmes. Il y a quelques mois encore, que n’aurait-on entendu si la SEC avait envisagé d’interdire la vente à découvert ! Ceux qui aujourd’hui critique son laxisme se seraient lamentés que « l’on bride le dynamisme des marchés »…

Ce qui en cause également, c’est le phénomène des « revolving doors » (portes tournantes). Ces portes tournantes, qui se trouvent à l’entrée des immeubles, sont le symbole de cette pratique qui consiste pour un individu de passer allègrement d’un poste à responsabilité dans le privé (Henry Paulson, président de Goldman Sachs) à un poste à responsabilité dans le public (Henry Paulson, Secrétaire d’Etat au Trésor) dans le même domaine d’activité. Cela peut s’appeler « conflit d’intérêt ».
Cette pratique, largement répandue aux Etats-Unis (et ailleurs), contribue à ce que les organismes publics « internalisent, comme par osmose, les intérêts et la perception de la réalité des intérêts particuliers qu’ils sont censés surveiller et réguler », comme le remarque l’économiste britannique William Buiter.

Je pense qu’il est impératif de réfléchir à des mécanismes visant à empêcher ce genre de pratiques. En la matière, on ne peut pas s’en remettre à la « morale » ou à « l’éthique ».

PP

24 octobre 2008

650 milliards d’Euros…

C’est, semble-t-il, ce que l’Etat français met sur la table pour lutter contre la crise financière et la crise économique qui en découle.
Cela représente environ 35% du PIB, la richesse produite en un an par l’économie française. C’est donc considérable ! Mais regardons ça d’un peu plus près…

Sur ces 650 milliards, près de la moitié (320 milliards) sont « virtuels » car ils doivent servir à garantir des prêts interbancaires. Pour cela, l’Etat a créé, le 17 octobre, la SFFE (Société Française de Financement de l’Economie), dirigée par Michel Camdessus, ancien directeur du FMI. Il s’agit d’une société par actions détenue à 66% par sept grandes banques françaises (BNP Paribas, Crédit agricole, Société générale, les Caisses d'épargne, Crédit mutuel, Banques Populaires et HSBC France) et à 34% par l'Etat.
Sa mission est de lever des fonds garantis par l'Etat sur le marché et d'offrir aux banques la liquidité dont elles auraient besoin. Le plan gouvernemental prévoit que chaque banque bénéficiaire signera avec l'Etat une convention par laquelle elle s'engage à financer l'économie, via des crédits aux ménages, aux entreprises, notamment aux PME et aux collectivités locales.
Premier souci : cette société est détenue majoritairement par…les banques qu’elle est censée sauver !
Deuxième souci : cette société ne se contente pas de garantir des prêts interbancaires, elle joue le rôle d’une banque centrale en fournissant des liquidités aux banques. Mais alors qu’une banque centrale peut créer de la monnaie « ex nihilo », la SFFE sera obligée d’emprunter sur les marchés financiers…De plus, ce ne sont pas les liquidités qui manquent, mais la confiance entre les banques, qui refusent de se prêter.
Troisième souci : qui sera chargé de surveiller l’application des conventions signées par les établissements bancaires ? La SFFE, donc les banques elles-mêmes ?

La Société de prise de participation de l'Etat (SPPE), nouvellement créée et contrôlée à 100% par l'Etat, apportera 40 milliards aux banques, sous forme de fonds propres, afin d’améliorer leur ratio de solvabilité. Elle vient d'injecter 10,5 milliards au profit de six banques en se portant acquéreur de titres de dette subordonnée de ces établissements. L’Etat ne rentre pas à proprement parler au capital des banques et n’a donc pas son mot à dire dans leur gestion…En revanche, il devra s’endetter pour financer ces 40 milliards !

Il y a aussi 175 milliards pour le financement de l’économie…sur trois ans. D’où vient cet argent ? C’est un peu la « Foire-fouille » : des crédits budgétaires déjà existants, de l’argent provenant des collectivités locales, des fonds privés…On aimerait un peu plus de précisions !

N’oublions pas la création d’un « fonds d’investissement » ou « fonds souverain » de 100 milliards d’euros. D’ordinaire, les fonds souverains sont destinés à placer les excédents de ressources des Etats (revenus du pétrole pour les pays du Golfe Persique ou …la Norvège, excédent de devises pour la Chine). Or que contiendra le fonds souverain français ? Un emprunt contracté par la Caisse des dépôts et consignations (CDC) ! C’est rassurant !

Enfin, la CDC et Oséo fourniront 22 milliard au PME sous forme de prêts. Pour emprunter, encore faut-il avoir des débouchés et aussi confiance dans l’avenir.

Une fois de plus, ce plan semble le fruit d’un bricolage à la va-vite. Censé officialiser le retour de l’Etat, il est annoncé par quelqu’un (Nicolas Sarkozy) qui a passé le plus clair de son temps à vouloir en réduire le rôle et l’importance ! D’autant plus que, pendant ce temps, François Fillon et Claude Guéant confirment que les réformes doivent se poursuivre. Dérégulation du marché du travail, pression sur les chômeurs, affaiblissement des protections collectives…autant de mesures qui amplifieront les conséquences de la crise pour les plus fragiles.

PP

22 octobre 2008

Un nouveau « Bretton woods », vraiment ?

Le week-end dernier, Nicolas Sarkozy a tenté de convaincre George Bush de la nécessité d’un nouveau « Bretton Woods ». Si j’ai bien compris, il souhaite que ce sommet se tienne avant la fin de l’année 2008. George Bush s’est, lui, montré beaucoup plus vague. Il s’est également empressé de rappeler qu’ « il est essentiel que nous préservions les fondements du capitalisme démocratique », évoquant « le libéralisme, la liberté d'entreprendre et le libre-échange » et mettant en garde contre « la tentation dangereuse de l'isolationnisme ».

« Capitalisme démocratique », par cette curieuse juxtaposition, les tenants du système actuel justifient son maintien en assimilant sa défense à celle de la démocratie. Alors même que le capitalisme, par les inégalités qu’il engendre, va à l’encontre des principes fondamentaux de la démocratie, qui supposent une certaine égalité entre les citoyens. Comme le rappelle Pierre Rosanvallon, « la démocratie ne repose pas seulement sur une organisation des droits, c’est aussi une société dans laquelle les personnes se respectent, peuvent se parler ensemble, vivre ensemble et ne sont pas étrangères les unes aux autres, ce qui suppose qu’elles soient commensurables. Or le développement actuel des inégalités rend aujourd’hui incommensurable la situation des personnes. »

Mais revenons à « Bretton Woods » ! Pour mémoire, les « vrais » accords de « Bretton Woods » furent signés le 22 juillet 1944 après trois semaines de débats entre 730 délégués représentant l’ensemble des 44 nations alliées. Il y avait également un observateur soviétique.

20081022 - Bretton Woods.jpg

Ces accords étaient le fruit du travail d’économistes chevronnés, qui avaient une vision globale de l’économie. Ainsi, les deux protagonistes principaux de cette conférence ont été John Maynard Keynes, qui dirigeait la délégation britannique, et Harry Dexter White, assistant au Secrétaire au Trésor des États-Unis, qui avaient tous deux préparé un plan d'ensemble. Le plan Keynes avait été ébauché dès 1941…

Je crois donc que, comme à son habitude, Nicolas Sarkozy confond volonté politique et activisme, vitesse et précipitation.

D’autant que les sujets épineux ne manquent pas :
* refonte des accords dits de « Bâle II », qui ont en grande partie délégué le contrôle des banques …aux banques elles-mêmes ! Le rôle des autorités de tutelle se limite à vérifier la validité des procédures et des instruments de contrôle interne…avec le succès que l’on sait aujourd’hui ! Il est donc nécessaire de « mettre les mains dans le cambouis » !
* la finance « offshore » (autrement dit, pour schématiser, les « paradis fiscaux ») qui organise l’opacité des circuits de circulation de l’argent. Ainsi, près de la moitié de l’activité internationale des banques transite par les centres financiers offshores. Si certains paradis fiscaux sont bien connus (îles Caïmans, îles Vierges Britanniques, Bermudes…), on parle plus rarement de la place financière de…Londres qui représente 40% de la finance offshore. Autant dire que Gordon Brown sera peut-être un peu réticent pour aborder ce sujet !! La Suisse, le Liechtenstein et le Luxembourg, autres places fortes de la finance offshore ont boudé (hier) la réunion organisée sur le sujet par la France...
* les « hedge funds » (fonds spéculatifs) dont l’encours est estimé à environ 2000 milliards de dollars, et qui prospèrent grâce aux paradis fiscaux (80% d’entre eux sont localisés aux îles Caïmans)
* les produits dérivés dits « de gré à gré » (ou OTC, Over The Counter), dont l’encours représenterait plus de … 200 000 milliards de dollars, certaines estimations allant jusqu’à 600 000 milliards. Ces produits, destinés à la couverture de risques, ne font pas l’objet d’un marché organisé, mais sont le résultat de transactions directes entre deux contractants (deux institutions financières), autorisant toutes les …libertés !

Et j’en oublie, évidemment !
Mais, pour Nicolas Sarkozy, pas de problème, en moins de deux mois, il vous livre un système financier tout neuf, clé en main, assurance comprise : les « maisons Phénix » de la finance, en quelque sorte !

PP

21 octobre 2008

Vingt millions ...

Vingt millions d'emplois disparaîtront d'ici la fin 2009 en raison des conséquences de la crise financière, estime l'Organisation internationale du travail (OIT).
Les secteurs les plus touchés seront la construction, l'immobilier, les services financiers et l'automobile, précise l'OIT, qui s'appuie sur les projections du Fonds monétaire international.
Le bilan s'alourdira encore si les projections du FMI sont revues à la baisse, a souligné le directeur général de l'OIT, Juan Somavia.

"Nous devons parler de la crise financière en termes de conséquences pour les gens, de conséquences pour les emplois et les entreprises", a-t-il ajouté.

L'OIT, qui dépend des Nations unies, rassemble pouvoirs publics, employeurs et travailleurs pour "promouvoir le travail décent à travers le monde".
Elle souhaite conduire des discussions sur la manière de résoudre la crise en créant des emplois et en insistant sur des mesures en faveur de "l'économie réelle", distinguée ainsi de l'économie financière.

L'organisation ne dispose pas encore d'un décompte région par région des pertes d'emplois. Mais en atteignant 210 millions à la fin 2009 contre 190 millions l'an dernier, le nombre des sans emploi dans le monde dépasserait pour la première fois 200 millions.

Somavia a cependant estimé que les pays s'appuyant sur un large marché intérieur, et moins dépendants des exportations, s'en sortiraient mieux. Il a pris l'exemple de la Chine, dont les exportations représentent seulement 11% du PIB. Son raisonnement est bon, mais là, il s'est un peu emmêlé les crayons car les exportations représentent en fait 37% du PIB. C'est donc un excellent...contre-exemple!

Le directeur de l'OIT a jugé préoccupant que le chômage mondial soit resté au même niveau malgré la forte croissance économique enregistrée entre 2002 et 2007.

Il a plaidé pour que les ressources soient injectées dans l'économie pour éviter ou atténuer les effets de la récession et se concentrent sur les secteurs à forte main d'oeuvre, y compris les PME. Le secteur financier devrait être aussi ramené à sa fonction première de prêteur aux entreprises, selon l'avocat et diplomate chilien.

Il a souligné que la part du secteur financier dans les bénéfices des entreprises américaines s'était élevée l'an passé à 41% contre 5% en 1980. En conséquence, les banques ont préféré investir dans des transactions financières plutôt que de prêter à d'autres secteurs productifs .

"Ce système a commencé à siphonner les ressources de l'économie réelle", a-t-il dit.

Les entreprises non financières cotées en Bourse ont alors subi de fortes pressions pour dégager des rendements proches de ceux du secteur financier, les contraignant à réduire leur masse salariale au lieu de réaliser des investissements à long terme .

"D'un certain point de vue, on appelle ça des hausses de productivité. D'un point de vue plus profond, cela signifie qu'un travailleur devient une matière première", a-t-il conclu.

Message à transmettre de toute urgence à nos amis du "G5 patronal" et à Jean-Claude Juncker qui exclut toute idée de "de programme de relance généralisé en Europe"

PP

Le retour du SPECTRE ?

Vendredi 17 octobre s’est tenue à Paris, à l'initiative du Medef, une réunion baptisée « G5 patronal » en référence au « G8 », réunion des chefs d’Etats et de gouvernement des pays industrialisés (plus la Russie).
En résumé, ces représentants du patronat des pays industrialisés ont vigoureusement défendu le capitalisme et le libre-échange, appelant les Etats à cesser toute intervention dans l'économie une fois la crise internationale passée.

Les participants :
* Laurence Parisot, présidente du Medef
* Donald J. Shepard, le représentant du patronat américain (United States Chamber of Commerce)
* Jürgen R. Thumann, le président du patronat allemand
* Richard Lambert, le président du patronat anglais
* Emma Marcegaglia, la présidente du patronat italien.

20081021 - Spectre.jpg


Cette réunion me fait penser au SPECTRE. Pas celui de la récession ! Non, le SPECTRE est l’organisation criminelle et terroriste internationale, ennemie acharnée de James Bond dans les premiers épisodes !

« Nous soutenons totalement et sans réserve les différents plans élaborés tant au niveau américain qu'européen pour sécuriser et soutenir les institutions financières. Ces plans étaient les meilleures solutions possibles (...) Au-delà de ça, nous pensons qu'il y a un certain nombre de précautions à avoir », a dit Laurence Parisot.

« Nous considérons que les gouvernements ne doivent surtout pas alourdir les charges fiscales qui pèsent sur les entreprises et doivent éviter toute mesure qui pourrait provoquer des risques protectionnistes, toute approche qui considérerait qu'il faut maintenir durablement l'intervention de l'Etat dans l'économie », a-t-elle ajouté.

« Il faut que le grand public comprenne que c'est par l'entreprise qu'on trouvera la solution vers la croissance, pas par les Etats, pas même par la coopération des Etats », a poursuivi Mme Parisot. Les Etats sont donc juste bons à sauver les meubles, mais ça, on le savait déjà !

« L'intervention de l'Etat pourrait ralentir les chances de retrouver un rythme de croissance soutenu » après la crise et « seule l'économie de marché peut apporter la prospérité à nos différents pays », a-t-elle lancé, se livrant à un long plaidoyer en faveur du libre-échange, comme les autres représentants du patronat présents à ses côtés.

L'économie de marché peut être parfois « extravagante » mais est « de loin le meilleur système que nous avons pour répartir les richesses de par le monde », a ainsi jugé M. Lambert. Le meilleur pour qui ? Pour cette sinistre assemblée, sûrement...

« Il est crucial de ne pas autoriser les gens qui ont des priorités politiques très différentes à exprimer leur opinion pour dire que le capitalisme, c'est fini, le libre échange, c'est fini», a renchéri M. Thumann. Comment appeler ça ? Du terrorisme intellectuel ? Du fascisme ? Ca fait froid dans le dos !

« L'autorégulation pour régler tous les problèmes, c'est fini. Le laissez-faire, c'est fini. Le marché qui a toujours raison, c'est fini », avait quant à lui affirmé le président Nicolas Sarkozy à Toulon fin septembre, appelant à « remettre à plat tout le système financier et monétaire mondial » dans un discours sur la crise internationale. Nicolas Sarkozy est donc fin prêt pour reprendre le rôle de James Bond ! Compte tenu de la hauteur de ses talonnettes, il pourra y dissimuler un nombre impressionnant de gadgets !

Vendredi au Medef, Laurence Parisot a certes jugé « bon, nécessaire et utile » l'intervention coordonnée des Etats-Unis et de l'Union européenne pour enrayer la crise bancaire, « parce que c'était la sécurité de tous, des biens et des personnes, qui était en jeu ».

« Mais une fois que ceci est fait, la création de richesses ne peut venir que de nos entreprises », a-t-elle martelé.

« Un plan de relance assis sur l'augmentation de la dépense publique serait vraiment la pire chose pour retrouver le chemin de la croissance », a par ailleurs assuré la "patronne des patrons".

Les participants de la réunion doivent se retrouver le 4 décembre à Paris pour un « G8 patronal » avec leurs homologues japonais, canadiens et russes, a précisé la présidente du Medef.

D'ici là, ils ont annoncé la mise en place d'une « task force » destinée à « formuler des propositions aux Etats » en vue des prochains sommets internationaux…Je suis vraiment impatient de les lire !!

PP


20 octobre 2008

Benoît Hamon sur France Inter...

Benoît Hamon, leader de ce qu'il est convenu d'appeler "l'aile gauche" du Parti Socialiste était l'invité de France Inter ce matin :



On peut lui faire crédit de sa constance et de son engagement dans la dénonciation du système financier et de ses conséquences.
A l'époque où certains se présentaient comme des "libéraux", il avait le courage, contre les vents dominants, de défendre le rôle de la puissance publique.
De plus, il compte parmis ses soutiens Liêm Haong Ngoc, Jacques Généreux et Pierre Larrouturou dont j'apprécie les analyses.

Pour accéder à plus de précisions sur la motion qu'il défend dans la perspective du congrès du PS de novembre :
Un mode d'avance
Un monde d'Avance 34

PP

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