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03 novembre 2008

Que les gros salaires lèvent le doigt !

Ces jours derniers, la presse a fait écho des rémunérations annuelles des patrons du CAC40. Le premier d’entre eux, le PDG d’AGF-Allianz, culmine à plus de 23 millions d’€.
Chez les patrons aussi, les inégalités sont fortes, et même plus forte que dans l’ensemble de la population, puisque le dernier doit se traîner à environ 500 000 € !
La moyenne se situe à 4 millions d’€ (par an, rappelons-le).

Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais en 1989, le Canard Enchaîné avait dévoilé la feuille d’impôt de Jacques Calvet, alors PDG de Peugeot, cela avait suscité une vive émotion car il gagnait environ 3 millions de…francs soit 450 000 €. Aujourd’hui, ses pairs du CAC40 le considéreraient comme un miséreux, voire un minable !
Mais, me direz-vous c’était en 1989 et les salaires de l’ensemble de la population ont augmenté. Soit, comparons le SMIC de 1989 au salaire de Jacques Calvet et comparons le SMIC de 2008 au salaire moyen actuel des patrons du CAC40.

* SMIC horaire brut en 1989 : 4,48 € / h soit 9100 € / an (pour 39 heures/ semaine)
* SMIC horaire brut en 2008 : 8,71 € / h soit 16000 € / an (pour 35 heures/ semaine)

En 1989, Jacques Calvet gagnait donc environ 49 fois plus qu’un salarié au SMIC.
Aujourd’hui, en moyenne, un patron du CAC40 gagne environ 250 fois plus qu’un salarié au SMIC.


Qu’est-ce qui peut justifier une telle envolée ? Si le salaire est censé rémunéré la productivité, les patrons sont-ils plus productifs aujourd’hui qu’en 2008 ?
Quel service rendu peut justifier une rémunération de 4 millions d’€ par an soit plus de 300 000 € par mois ? A mon sens, il n’y en a aucune. Je pense qu’il faut y voir une sorte de perte des repères, des valeurs…La « perte des valeurs » est habituellement associée aux « assistés », pour qui la valeur travail n’a plus de sens. Mais la « perte des valeurs » atteint aussi une fraction des salariés les mieux payés. Jusque dans les années 1980, il existait une sorte de code salarial, un ensemble de normes tacites qui constituaient une sorte de code de bonne conduite. Au-delà d’un certain plafond, les salaires paraissaient indécents, à la fois pour l’employeur et pour le salarié.
Ainsi, au début du XXème siècle, le milliardaire Rockfeller estimait qu’un patron ne devait pas être payé plus de 30 fois le salaire de ses ouvriers. Mais, lorsque cette norme est transgressée par un nombre croissant d’individus, elle cesse d'être une norme.
Joseph Stiglitz analyse très bien ce phénomène dans un ses ouvrages :
« Ce que l’on considère comme acceptable est influencé par ce que font les autres, par ce qu’ils jugent, eux, acceptable… Si les PDG sont normalement payés dix fois plus qu’un salarié ordinaire, on peut accepter qu’un PDG exceptionnel se fasse payer quinze fois plus, mais pas cent fois plus. Aux Etats-Unis, dans les années 1990, il n’y avait pas de limites ; tout était devenu acceptable…On valait ce qu’on parvenait à se faire payer. Point final. »

Mais on va me dire : « C’est le rôle des actionnaires que de veiller à la cohérence des rémunérations des dirigeants». Pour ma part, je n’ai aucune inclination à laisser traiter des problématiques qui ont un rapport étroit avec la cohésion sociale à des acteurs qui n’ont aucune légitimité pour cela. C’est à la puissance publique, qui tient sa légitimité du suffrage universel, de fixer les règles et non à des entités plus ou moins bien identifiées et dont la seule préoccupation est le profit à court terme.

D’autant plus que la clairvoyance des actionnaires doit faire face à de nombreuses obstructions. Ainsi, la loi Tepa (paquet fiscal) comportait un volet censé « moraliser » l'attribution des « golden parachutes », ces indemnités de cessation de mandat censées protéger les mandataires sociaux contre la prise de risque que comporte leur fonction et compenser l'absence de couverture sociale. Le texte prévoit que les conseils d'administration devront introduire, dans les conventions réglementées qui régissent ces dispositifs, des conditions de performance à remplir sur la durée de leur choix, de quelques années à l'intégralité du mandat. Ces clauses devant être avalisées par les actionnaires au plus tard en mars 2009, nombre de sociétés présenteront, lors de leur assemblée générale, une résolution décrivant les critères qui détermineront, au moment de la cessation de mandat, l'obtention ou non du précieux parachute doré. Mais le résultat est décevant : la plupart des conseils ont proposé des conditions invérifiables, se contentant de citer un ou plusieurs indicateurs sans révéler le niveau plancher à atteindre.

PP

07:49 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : inégalités, salaires | | |  Facebook | | |

Commentaires

Il ne faut pas avoir la naiveté de croire que cela ne concerne que "les patrons du CAC40". J'ai connu dans ma carrière au sein de sociétés de dimension "humaine" (600 salariés, dans l'industrie) des directeurs qui arrivaient à 300 000 euros par an en fin de carrière, pour diriger une centaine de collaborateurs avec une plus value proche de zéro.
Ces directeurs sont bien organisés puisque c'est le comité de direction (c'est à dire eux) qui valident leurs augmentations, qui tournaient aux alentours de 10% par an quand la moyenne de la boutique était à 3%
Et on ne parle ici que de travail "salarié". Je n'ose imaginer pour les revenus du capital . Au moment où on essaye de nous fait croire qu'il faut travailler plus pour gagner peut être autant, cette inégalité indécente est tout à fait révoltante.

Écrit par : Alelounic | 29 juin 2010

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