Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

06 novembre 2008

La parabole de l’expatriation fiscale

En parcourant les commentaires d’un article des Echos sur les niches fiscales, donc sur les baisses d’impôts des plus riches, j’ai trouvé un petit bijou : la parabole de l’expatriation fiscale. L’auteur de ce commentaire indique la provenance de cette « parabole » : le site de l’IFRAP.
L’IFRAP est l’Institut Français de Recherche sur les Administrations et les Politiques publiques. Contrairement à ce que semble sous-entendre son nom, cet institut n’a rien d’officiel, il s’agit bel et bien d’un « think-thank » néo-libéral qui se targue d’avoir inspiré bon nombre de « réformes » du gouvernement actuel… Son unique crédo, c’est de démanteler cet Etat inefficace et bureaucratique, grouillant de fonctionnaires obtus et souvent syndicalistes, dont la seule préoccupation est de brider la créativité des gentils entrepreneurs.

Je sens que vous avez hâte de prendre connaissance de la parabole de l'expatriation fiscale.
C’est parti :
« Il était une fois… Dix hommes ont l'habitude de se retrouver au café. Chaque jour leur facture totale de bière atteint 100€.
S'ils payaient leurs bières comme ils paient leurs impôts, voilà ce qui se passerait :
Les 4 hommes les plus pauvres ne paieraient rien,
le 5ème paierait 1€,
le 6ème 3€,
le 7ème 7€,
le 8ème 12€,
le 9ème 18€
et le plus riche paierait 59€.
C'est ce qu'ils décidèrent.

Au bout d'un moment, le cafetier déclara : "Comme vous venez tous les soirs, j'ai décidé de réduire votre facture de 20€. "Les bières ne vous coûteront donc plus désormais que 80€".
Afin de répercuter la ristourne le plus justement possible les 10 hommes décidèrent que dorénavant chacun paierait comme suit :
Les 5 hommes les plus pauvres : rien,
le 6ème paierait 2€ à la place de 3€ (réduction de 33%).
Le 7ème paierait 5€ à la place de 7€ (réduction de 28%).
Le 8ème paierait 9€ à la place de 12€ (réduction de 25%).
Le 9ème paierait 14€ à la place de 18€ (réduction de 22%).
Le plus riche paierait 49€ à la place de 59€ (réduction de 16%).

Cependant le 6ème homme déclara en montrant l'homme le plus riche: "J'économise seulement 1€ et lui 10€ !"
Le 5ème homme renchérit : "C'est vrai, il économise 10 fois plus que moi !
Le 7ème renchérit à son tour : "Pourquoi aurait-il 10€ quand moi je n'en ai que 2 ?"
Le soir suivant l'homme le plus riche ne vint pas au café.
Les 9 autres burent leurs bières sans lui.
Au moment de payer ils se rendirent compte de quelque chose d'important :
Ils n'avaient pas assez d'argent pour payer la moitié de la facture...
»

C’est toujours pareil avec les libéraux, ils sont tentés de transformer des propos de café du commerce en loi économique !
« Trop d’impôt tue l’impôt »
« Le marché permet une allocation optimale des ressources »
« La concurrence fait baisser les prix »
« L’Etat n’est pas la solution, mais le problème » (celle-là, on l’entend moins, en ce moment !).

Cette gentille fable est fondée sur le présupposé qu’il est nécessaire de baisser les impôts progressifs et que la seule question qui demeure, c’est comment doit se répartir cette baisse… La baisse des impôts n’est pas une fin en soi, sauf peut-être pour les ultra-libéraux « qui n’ont pas la lumière à tous les étages » ! Aux Etats-Unis, même Warren Buffet et Bill Gates se sont insurgés contre les baisses d’impôts octroyées aux plus riches par George Bush !

De plus, aujourd’hui, les baisses d’impôts ne sont pas proportionnelles, elles sont progressives : c’est-à-dire que les plus riches en bénéficient proportionnellement plus que les autres. Ce qui contribue à la réapparition des inégalités, à la concentration des patrimoines, toutes choses qui sont préjudiciables à l’efficacité économique.

De plus, les impôts ne servent pas à « payer des bières » mais à financer des services que le marché est incapable de fournir dans de bonnes conditions pour le plus grand nombre : santé, éducation, sécurité, infrastructures… C’est l’ensemble de ces services publics qui permet à tous, y compris les plus riches, d’exercer leur activité correctement et d’en tirer profit. En effet, aujourd’hui, il est de plus en plus communément admis que la réussite est due uniquement à nos propres mérites. Or, la « réussite » de ceux qui vilipendent les impôts serait-elle la même s’ils étaient nés au Bangladesh ou en République Démocratique du Congo ? Tout ça pour dire que la « réussite » est avant tout conditionnée par le niveau de développement de la société dans son ensemble et que l’élévation de ce niveau global nécessite la socialisation d’une part importante des dépenses. Ainsi, tous les pays dont le niveau de vie s’élève connaissent une hausse importante des « prélèvements obligatoires », c’est ça qui est logique et naturel, pas l’inverse.

PP

08:17 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : impôts, fiscalité, inégalités | | |  Facebook | | |

Commentaires

Bonjour,

Je ne trouve aucune trace de cette parabole ni sur le site des Echos, ni sur le site de l'iFRAP.

Pouvez-vous nous donner les sources ?

Écrit par : Gaétan | 10 mars 2009

Les commentaires sont fermés.