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19 décembre 2008

Madoff, héritier de Ponzi

La crise financière a connu ces jours-ci un nouveau rebondissement avec « l’affaire Madoff ». Le fonds d’investissement de Bernard Madoff servait un rendement constant d’environ 10% par an. Il attirait de ce fait bon nombre d’investisseurs institutionnels ou de riches particuliers qui désiraient « surperformer » le marché. Apparemment, cette décorrélation de la performance n’a pas suscité beaucoup d’interrogation de la part des autorités de contrôle ou des analystes.
En fait, cet ex-directeur du Nasdaq, la bourse des valeurs technologiques américaines, n’a pas vraiment innové puisqu’il a réutilisé la bonne vieille technique de la « chaîne de Ponzi ».

En janvier 1920, Charles Ponzi créa une société, la Securities Exchange Company, et promit un rendement de 40% en 90 jours. Les premiers investisseurs reçurent en effet la rémunération promise, et la nouvelle se répandit rapidement. En quelques mois, 17000 épargnants furent attirés par la perspective de gains rapides, et confièrent à Ponzi plusieurs dizaines de millions de dollars. En août, on s’aperçut enfin qu’il rémunérait les premiers investisseurs avec les sommes confiés par les suivants. Il fut arrêté et son système s’effondra brutalement. Les journaux blâmèrent la naïveté et la cupidité des épargnants floués.

La « chaîne de Ponzi » est devenu un cas d’école d’escroquerie financière, et a suscité depuis de nombreux imitateurs, comme les fameuses pyramides albanaises de 1995-96, qui avaient attiré plus de la moitié de la population du pays en promettant des rendements de 40% par mois. Après l’effondrement, la presse occidentale s’est bien sûr gaussée de la naïveté de ces Albanais qui confondaient capitalisme et casino.

Bernard Madoff a été plus subtil (ou moins gourmand) que Charles Ponzi puisque son système a tenu près de 40 ans ! Mais il a été rattrapé par la crise financière. Lorsque les investisseurs ont voulu récupéré leurs gains, la pyramide s’est écroulée.
Résultat : plusieurs banques ont une nouvelle fois laissé des plumes. L’espagnole Santander (2 milliards d’€), la britannique HSBC (700 millions), les françaises Natixis (450 millions) et BNP (300 millions)… Natixis aurait investi dans des fonds, qui auraient délégué leur gestion à des banques
d’investissement qui auraient investi chez Madoff…Cela va faciliter la recherche des responsabilités !

Mais, suis-je bête, le responsable est tout trouvé : c’est la faiblesse de la réglementation américaine. C’est Jean-Pierre Jouyet, nouvellement nommé à la tête de l’Autorité des Marchés Financiers, qui a fait cette brillante découverte ! C’est oublier que cette réglementation ne tombe pas du ciel. Elle est le produit de la logique libérale des 25 dernières années. Il y a peu encore, elle était le symbole du dynamisme des anglo-saxons qui avaient su se débarrasser du carcan des législations tatillonnent qui bridaient les énergies, notamment en France. Ainsi, il y a peu Nicolas Sarkozy voulait assouplir les règles prudentielles qui s’imposent à nos établissements bancaires.

Ces dernières années les puissances publiques ont délégué aux acteurs, explicitement ou tacitement, le soin de mettre en place eux-mêmes leur propre réglementation. Le cas le plus frappant est sans doute celui des normes comptables, presqu’entièrement déléguées aux grands cabinets anglo-saxons via l’IASB. Les nouvelles normes ont été accusées d’avoir contribué à amplifier les turbulences issues de la crise financière…

Il ne suffit donc pas de changer la réglementation, il faut changer la logique qui conduit à l’établissement de cette réglementation.

PP

07:52 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, libéralisation | | |  Facebook | | |

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