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20 janvier 2009

La "Marseillerie" du jour !

Ca fait longtemps que je n’ai pas évoqué les fulgurances de mon ami Jacques Marseille.
Voilà ce qu’il a déclaré récemment, concernant les 10,5 milliards de crédit accordés aux banques françaises par l’Etat :
« Le bilan de BNP Paribas, c’est 1800 milliards d’€, quasiment le PIB de la France. Voilà la preuve que ces 10 milliards de fonds propres en plus ou en moins ne font aucune différence. ».

Décidément, pour les libéraux intégristes, tous les arguments (y compris les plus approximatifs) sont bons pour remettre en cause l’idée même de l’intervention de l’Etat.
Sur les 10,5 milliards d’€ apportés par l’Etat, la BNP a bénéficié de 2,25 milliards, ce qui représente effectivement 0,125% de son bilan…c’est-à-dire pas grand-chose.

Prenons un peu de recul…
La vocation d’une banque est de collecter de l’épargne (dépôts des clients) pour distribuer des crédits. Elle transforme des ressources à court terme (puisque les clients peuvent retirer leur argent quand il le souhaite) en crédit à moyen et long terme, indispensables au bon fonctionnement de l’économie.
Ainsi, une banque ne prête pas ses propres ressources (son capital, augmenté de ses résultats passés), mais les sommes qui lui sont confiées par ses clients. En pratique, le capital d’une banque ne représente qu’une part relativement faible de ses ressources (le passif du bilan).
Toutefois, pour éviter que la banque ne prenne des risques inconsidérés, elle est contrainte au respect de règles « prudentielles » (par les accords dits « Bâle II ») qui lui impose de détenir un montant minimum de capitaux propres, défini comme un pourcentage de l’encours de crédit accordé. Ce pourcentage est de l’ordre de 4 à 10 %, selon que l’on considère les ratios « Tier 1 core », « Tier 1 » ou « Tier 2 », qui diffèrent par la nature des capitaux inclus dans le montant des capitaux propres. Tout ça pour dire que les capitaux propres représentent une part relativement faible du total du bilan d’une banque.
Ainsi, pour BNP Paribas, les capitaux propres sont de l’ordre de 55 milliards d’€ (fin 2007). Les 2,25 milliards de l’Etat en représentent donc environ 4%, ce qui n’est pas négligeable, sachant que le premier actionnaire de la banque (l’assureur AXA) ne détient « que » 6% du capital.
Et compte tenu de ce qui a été dit plus haut, ces 2,25 milliards permettent d’octroyer environ 50 milliards de crédits supplémentaires (effet de « multiplicateur du crédit »)
Ce qui est le plus critiquable, ce n’est pas le niveau de l’intervention de l’Etat, ce sont ses modalités. En souscrivant des titres de dette subordonnée, l’Etat donne aux banques le beurre et l’argent du beurre : l’augmentation de leur solvabilité et l’absence de contrôle (la souscription de titres de dette subordonnée ne donne pas droit de vote, contrairement à l’entrée au capital).

PP

18:59 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise | | |  Facebook | | |

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