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11 mars 2009

Investisseurs ou épargnants ?

Selon la lettre d’information de février 2009 du site Vernimmen.net, le montant des rachats d’actions en 2008 des entreprises du CAC 40 s’est élevé à 11 milliards d’€.
Ces mêmes entreprises ont également versé près de 43 milliards d’€ de dividendes.
Elles ont donc versé au total un peu plus de 54 milliards d’€ à leurs actionnaires, soit 5% de leur capitalisation boursière moyenne.

Championne du rachat d’actions, Arcelor Mittal y a consacré plus de 4 milliards d’€. Suivent GDF Suez, Sanofi Aventis et Total avec chacune environ 1,2 milliard d’€.

Le rachat d’actions consiste, pour une entreprise, à racheter ses propres actions, « détruisant » ainsi une part de leurs capitaux propres. Le rachat d’actions est un aveu d’impuissance… « Chers actionnaires, je ne sais pas comment investir ma trésorerie, donc je vous rends cet argent ». Au passage, cela soutient mécaniquement le cours de l’action, puisque moins d’actions se retrouvent en circulation. Cela permet également de répartir les dividendes futurs sur un plus petit nombre de d’actions…

Une action est un droit de propriété permettant à celui qui la possède de prétendre à une part des bénéfices distribués par l’entreprise. Ce droit est la contrepartie du risque pris lors de la création de l’entreprise. Ainsi, si 10 associés apportent 10 000 € chacun pour créer une Société Anonyme au capital de 100 000 €, chacun d’entre eux prend un risque de 10 000 € mais pourra prétendre chaque années à 10% des bénéfices distribués par l’entreprise. Cela n’est pas choquant : les associés ont pris le risque d’apporter les fonds nécessaire à la création de l’entreprise et la prise de risque mérite une rémunération.

Pour franchir un pallier de développement, notre société va s’introduire en bourse. Lors de l’introduction en bourse, de nouvelles actions sont émises et ceux qui achètent ces nouvelles actions apportent effectivement de l’argent frais à la société.
Mais à partir de là, les actions cessent d’être seulement des droits de propriété, elles deviennent des produits à part entière que l’on peut acheter et revendre du jour au lendemain, sans même s’intéresser au métier de la société.
Car la bourse est un marché du neuf et de l’occasion.
Je m’explique… « Marché du neuf » : lors de l’introduction en bourse, on crée de nouvelles actions. « Marché de l’occasion » : à partir du moment où une action est émise, on peut l’acheter et la revendre sans limité. Seul le marché du neuf apporte de l’argent frais à l’entreprise, le marché de l’occasion est purement spéculatif.
Lorsque j’achète une action hors du cadre d’une introduction ou d’une augmentation de capital, je n’apporte pas d’argent à l’entreprise, je le donne à celui qui détenait l’action au préalable. Quand j’achète une Peugeot d’occasion, je ne donne pas d’argent à Peugeot…

Pourtant le « marché de l’occasion » est indissociable du bon fonctionnement du « marché du neuf » car il rend ce dernier « liquide ». En effet, sans marché de l’occasion, le marché du neuf serait moins important car les investisseurs pourraient hésiter à s’engager dans la mesure où leurs capitaux resteraient bloqués. Le marché de l’occasion permet de revendre rapidement ses actions et de récupérer ses liquidités pour les réutiliser.
Le problème, c’est que le marché de l’occasion prend le pas sur le marché du neuf. Il engendre également des bulles spéculatives, détournant ainsi des sommes importantes du financement de l’économie productive.

Aujourd’hui, les actionnaires ne sont pas des « investisseurs », ce sont des « épargnants ». Dans la majeure partie des cas, ils ne financent pas l’économie, ils cherchent à faire fructifier leur capital grâce aux dividendes ou à la spéculation (acheter des actions, puis les revendre plus cher).

PP

08:20 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, libéralisation | | |  Facebook | | |

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