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12 mars 2009

Les leçons de l'histoire: crises bancaires

Article de C. Chavagneux dans le n°278 d'Alternatives Economiques

Sur longue période, les pays riches et les pays émergents sont à "égalité des chances" face aux crises.

Qu'est-ce qui provoque les crises bancaires? Touchent-elles davantage les pays riches ou les émergents? Combien coûtent-elles aux Etats? Couvrant plus de 120 crises, des débuts du XIXe siècle à 2008, les deux économistes américains Carmen M. Reinhart et Kenneth S. Rogoff tirent les leçons de l'histoire.

Réglementation efficace
Les crises ne sont pas une fatalité. De la fin des années 1940 au début des années 1970, il n'y en a pratiquement pas eu. La période est marquée par une forte réglementation de la finance et un contrôle des mouvements internationaux de capitaux. Les deux auteurs observent que "les périodes de forte mobilité internationale des capitaux ont produit, de manière répétée, des crises bancaires internationales". Citant plusieurs travaux récents émanant du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, ils exposent combien les périodes de libéralisation financière nourrissent l'apparition de crises. Et montrent que, de ce point de vue, pays développés et pays émergents sont logés à la même enseigne.
C'est d'ailleurs l'autre grande leçon tirée de ce travail: les grands centres financiers et les pays émergents ont vécu à peu près autant de crises à travers l'histoire. Sur la période 1800-2008, les pays riches ont connu environ quinze années de crises bancaires et les pays émergents dix-sept. Le niveau de développement du pays semble donc ne pas avoir d'influence déterminante sur la fréquence des crises. Ce que Reinhart et Rogoff baptisent de situation "d'égalité des chances" face aux crises. L'absence de mémoire est aussi largement partagée: alors qu'au cours de leur histoire les différents pays semblent apprendre à mieux maîtriser leur endettement extérieur et leur niveau d'inflation, dès que la finance se libéralise, ils finissent toujours par retomber dans les affres de la crise.

L'explosion de la dette publique
Enfin, les épisodes de dérapage ont toujours laissé des traces importantes sur les finances publiques. Pour en estimer le coût, les deux auteurs contestent l'idée de s'en tenir aux plans de sauvetage des banques. Les crises ont des effets négatifs sur la croissance, qui privent les Etats de recettes au moment où ils dépensent généralement plus pour tenter de soutenir l'activité. Si l'on prend tout en compte, une crise bancaire provoque une augmentation impressionnante de la dette publique réelle, de 83% en moyenne, soit pas loin d'un doublement. De fait, la dette publique américaine devrait afficher plus de 60% de hausse entre fin 2007 et fin 2009, tandis que celle de l'Islande explosera de plus de 300%.


08:43 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, libéralisation | | |  Facebook | | |

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