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26 mars 2009

Ethique en toc

Avant-hier soir, au Grand Journal de Canal+, nous avons eu droit à un récital de la chorale des petits patrons à la croix de bois. Ils étaient trois pour nous dire, la main sur le cœur et la larme à l’œil, combien ils trouvaient révoltant le comportement de Thierry Morin (PDG de Valéo, célèbre pour son golden parachute de 3 M€ alors que Valéo perd plus de 200 M€ et va licencier 1600 personnes).

Il y avait Mme Gri (Manpower), Mrs Roux de Bézieux (Virgin Mobile) et de Talhouët (Hewlett Packard). Ils sont venus nous rappeler que la plupart des patrons étaient vertueux et qu’il ne fallait pas jeter l’opprobre sur tous en raison du comportement de quelques uns.
Ils se posaient comme les défenseurs de « petits patrons »… Manpower, Hewlett Packard et Virgin Mobile, comme PME on fait plus représentatif !

Quant aux mesures à prendre ? Houla ! Attention….Surtout pas de loi !
Pour lutter contre les rémunérations excessives, il faudrait s’en remettre à l’éthique, à la morale. Chacun doit prendre ses responsabilités et, comme dirait l’ineffable présidente du Medef, « se regarder dans sa glace le matin ».

Le Medef est le spécialiste des « codes de bonne conduite » et autres « codes éthiques ».
On peut citer les rapports Viénot 1 (1995) et Viénot 2 (1999) sur la gouvernance d’entreprise, du nom de Marc Viénot, alors PDG de la Société Générale.
Décidément la Société Générale doit avoir un climat propice à l’écriture sur la bonne gouvernance, puisqu’en 2002, c’est Daniel Bouton (toujours PDG de la Société Générale) qui a pondu un rapport sur la gouvernance d’entreprise, sous l’égide du Medef et de l’AFEP (Association Française des Entreprises Privées).
Si vous voulez le lire, cliquez ici.

On peut y lire, page 16, un ensemble de préconisations liées à l’attribution des stocks-options.
Daniel Bouton, auteur de cet édifiant rapport, a-t-il quelque chose à voir avec Bouton Daniel, très en vue en ce moment pour cause, justement, de stock-options un peu trop « visibles » ?

Dernier recueil de bonnes intentions en date, le « code d’éthique » rédigé, comme d’hab par le Medef et l’AFEP, sous la direction de Jean-Martin Folz (ancien PDG de PSA Peugeot-Citroën).
Or il se trouve que ce même Mr Folz est également président du comité de rémunération de la…Société Générale.

C’est donc lui qui a autorisé la distribution de stocks-options à Mr Bouton. La boucle est bouclée !
Entre écrivains « éthiques » de grands talents, il est normal de faire preuve d’un peu de solidarité.

Tout ça pour dire que ces codes de bonne conduite ne sont que des attrapes-gogos.
Il est illusoire de prétendre faire reposer le bon fonctionnement d’un système sur la morale, l’éthique de ses acteurs. Surtout lorsque ces mêmes acteurs sont en permanence tentés, voire incités à « mal » se comporter.
Sur les routes, la vitesse est limitée. A quoi bon ? Pourquoi ne pas laisser faire la morale des conducteurs ? On sait bien que c’est dangereux de rouler vite, cela devrait suffire à nous limiter. En pratique, on sait qu’il n’en est rien et qu’il faut des lois.
On pourrait reproduire cet exemple dans beaucoup d’autres domaines, sans que cela ne soulève la moindre objection. En revanche, dès qu’il s’agit d’argent, les choses sont plus compliquées.

Pour justifier l’absence d’encadrement des rémunérations, Mr Roux de Bézieux a avancé le vieil argument qui consiste à dire : « Il n’y a rien de choquant à ce que quelqu’un qui investit et qui crée des emplois gagne beaucoup d’argent ».

Comme toujours, on met en avant la défense des « petits », pour justifier les pratiques d’une oligarchie qui n’a pas grand-chose à voir avec ceux qu’ils prétendent représenter.
Le revenu moyen d’un chef d’entreprise est d’environ 50 000 € par an. C’est sans commune mesure avec salaires des « grands patrons ».

Ces fameux « grands patrons » qui se présentent comme des entrepreneurs ne sont en fait que des « super salariés ». En effet, Mr Morin a-t-il créé Valéo ? Mr Bouton a-t-il crée la Société Générale ? Finalement, quel risque ont-ils pris ?

« Il n’y a rien de choquant à ce que quelqu’un qui investit et qui crée des emplois gagne beaucoup d’argent ».
Créer des emplois serait l’acte suprême qui devrait valoir à l’investisseur la reconnaissance unanime de la société. Mais n’oublions pas que, sans le travail de ceux qui occupent ces emplois, l’investissement ne rapporterait rien.
Le travail sans le capital n’est rien, mais le capital sans le travail n’est pas grand-chose non plus ! Il n’y a donc aucune raison objective pour ériger en surhomme celui qui crée de l’emploi. Certes, c’est utile et même vital pour la pérennité de notre société, mais cela ne signifie pas que l’investisseur soir intrinsèquement supérieur au salarié.

N’oublions pas non plus que la réussite de l’entrepreneur n’est pas due exclusivement à ses seuls mérites. Sans une main d’œuvre éduquée, soignée, sans des infrastructures routières, énergétiques, informatiques de qualité, la réussite serait sûrement plus difficile.
La réussite de l’entrepreneur est largement tributaire des investissements de la collectivité, il faut qu’il en prenne conscience et ne considère pas que les impôts et les cotisations sont une « spoliation ».

S’il n’y avait pas de patrons, il n’y aurait pas d’emplois…Mais s’il n’y avait pas d’emplois, il n’y aurait pas de patrons non plus.
Par essence, l’un n’est pas supérieur à l’autre, ils sont complémentaires.
Et la plupart des patrons de PME en ont conscience.

Or il se trouve qu’une petite oligarchie de dirigeants de grandes entreprises mondialisées tente de nous convaincre depuis des années de leur supériorité intrinsèque, de leur aptitude à comprendre mieux que nous ce qui est bon pour nous, de la nécessité de s’adapter à l’ordre des choses auquel « la politique ne peut plus rien ». Ils organisent quasiment à leur guise la division internationale du travail, transférant les sites de production dans les pays à bas salaires. Ils mettent en concurrence les salariés du monde entier, exerçant de ce fait une pression insupportable sur les systèmes sociaux des pays développés.
Dès lors qu’une entreprise produit essentiellement pour le marché mondial, elle se met (logiquement et raisonnablement) à concevoir les salaires qu’elle distribue comme un coût pur, et non comme de la demande pour une économie nationale et donc pour elle-même.

Au-delà de la nécessaire question de l’encadrement des rémunérations, c’est cet état de fait qu’il faut réformer et changer.

PP

13:33 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : finance, crise, libéralisation, salaires, inégalités | | |  Facebook | | |

Commentaires

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http://www.e-torpedo.net/article.php3?id_article=2969&titre=De-la-violence-de-la-moralite-et

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Écrit par : frederix | 29 avril 2009

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