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31 mars 2009

Elle s'appelait "Fait divers"...

Samedi 21 mars, à Brétigny-sur-Orge (Essonne), une maman a laissé sa fille de 3 ans seule, toute la journée, à la maison. Des voisins, s'étant rendu compte que la fillette était livrée à elle-même, ont donné l'alerte. Les pompiers ont trouvé la fillette saine et sauve. Sa maman a été placée en garde à vue, puis relâchée.

Que s'est-il vraiment passé ?
Selon le procureur adjoint d'Evry, cette jeune maman a eu un problème: elle n'avait pas de nourrice et devait partir travailler. Démunie face à cette difficulté, elle a décidé de se rendre tout de même sur son lieu de travail, dans une grande surface de la région. La semaine précédente, jour pour jour, elle avait rencontré exactement le même problème: pas de nourrice le samedi. Elle avait alors prévenu son employeur de son impossibilité de prendre son service, car elle n'avait personne pour garder sa fille. Elle craignait de perdre son emploi. Sa fille, selon ses dires, étant une enfant débrouillarde et sachant s'occuper seule, elle l'a laissée avec de quoi manger. Des voisins ont entendu ses pleurs persistants et se sont aperçus qu'elle était seule. Ils ont donc appelé les pompiers, qui se sont rapidement déplacés. Les pompiers ont découvert une fillette seule, en pleurs. Dès leur arrivée, elle a arrêté de pleurer, ça allait déjà mieux. Elle était contente, semble-t-il, de voir du monde, et n'a pas été particulièrement effrayée. La petite était très polie et bien élevée. Les pompiers ont prévenu la police, qui a rapidement interpellé sa maman sur son lieu de travail à l'heure du déjeuner. La mère a expliqué qu'elle n'avait pas eu le choix par rapport à son employeur, d'autant plus qu'elle s'était heurtée à la même difficulté la semaine précédente. Elle a toutefois rapidement pris conscience du risque qu'elle avait fait prendre à sa fille, et, quand elle a compris qu'elle avait fait une grosse bêtise, elle s'est complètement effondrée. Compte tenu du bon traitement évident de l'enfant, de la prise de conscience de la mère, de son interpellation sur son lieu de travail et de son placement en garde à vue, le parquet a estimé que cela suffisait et qu'aucune poursuite ne serait engagée à son encontre.

En 2007, sur 2,4 millions d'enfants de moins de 3 ans, plus de la moitié étaient gardés par un de leurs parents, sans que cela ait toujours été un véritable choix. Tous modes de garde confondus, le secrétariat d'Etat en charge de la famille estime qu'il manque aujourd'hui 350000 places pour satisfaire les besoins d'accueil de la petite enfance (les 0-3 ans).
Paradoxalement, la France consacre déjà beaucoup d'argent à l'accueil des tout-petits. Elle fait partie des trois pays de l'OCDE les plus généreux en la matière: les finances publiques ont dépensé 8,4 milliards d'euros pour l'accueil des enfants de moins de 3 ans en 2006. Ce sont conjointement la Sécurité sociale (via la branche famille), l'Etat et les collectivités locales - pour l'essentiel les communes - qui assurent ce financement. 11 000 places en crèches supplémentaires par an ont été créées en moyenne depuis 2000, tandis que 35 000 assistantes maternelles étaient agréées chaque année. Mais parallèlement, la garde en jardins d'enfants a diminué et l'accueil des enfants de moins de 3 ans en maternelle a été restreint.
Résultat: les créations de places ne compensant pas les fermetures, et la natalité étant dynamique, le nombre d'enfants gardés par des parents ou des proches a augmenté de 7% entre 2003 et 2006.

Mais il ne suffira pas de créer des places supplémentaires pour assurer un véritable libre choix aux familles, et concrètement aux mères. Il faudrait aussi offrir un niveau d'aide suffisant aux ménages les moins aisés. Or, les dispositifs actuels sont insuffisamment redistributifs. La somme restant à la charge d'une famille ayant un revenu égal au Smic, quand elle paye une assistante maternelle, représente ainsi 9,2% de son revenu, contre 3,8% seulement pour un ménage gagnant sept fois le Smic. Et le mode de garde le plus aidé est celui auquel ne peut accéder qu'une minorité de familles aisées: la garde à domicile par une nounou à plein-temps. Le coût pour la collectivité de ce mode de garde s'élève ainsi à 13 253 euros en moyenne par an et par enfant, si l'on cumule l'aide de base de la Cnaf et les réductions d'impôts. Alors que le coût moyen pour la collectivité n'est que de 9 000 euros pour une place en crèche, accessible aux familles modestes, et de 6 700 euros pour une place chez une assistante maternelle.

En matière d'égalité, tout se joue dès les premières années: c'est entre 1 et 6 ans que les enfants développent leurs capacités d'apprentissage. Réduire les inégalités sociales et culturelles suppose donc d'investir massivement dans un service public de garde d'enfants de qualité, ouvert à tous, dont le coût est assumé par la collectivité: garantir un mode d'accueil pour tous les enfants de moins de 3 ans suppose une hausse des dépenses de 0,32% du PIB. Ce qui a pour triple avantage de limiter l'échec scolaire; de favoriser l'activité professionnelle des femmes, et donc de réduire le risque de pauvreté des familles avec enfants; et de créer des emplois de qualité, aux exigences élevées, ce qui est loin d'être la norme aujourd'hui dans les services à la personne.

PP

14:39 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inégalités, travail | | |  Facebook | | |

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