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06 mai 2009

Encore et toujours...

De retour de quelques jours de vacances, je vous livre quelques réflexions sur différents sujets…Vous ferez le tri !

 

Malgré tous les discours de Nicolas Sarkozy sur le « retour de l’Etat » et autres « nécessaires régulations », force est de constater que le gouvernement persiste avec acharnement dans sa logique libérale et de régression sociale, comme si de rien n’était.

 

Tout d’abord, Brice Hortefeux a remis sur le tapis le débat sur le travail du dimanche. En matière de politique économique et sociale, n’y-a-t-il pas de sujets plus prioritaires ? Alors que l’Insee prévoit plus de 380 000 suppressions de postes pour le seul premier semestre 2009, est-il vraiment utile d’agiter ce chiffon rouge ? Cet acharnement dogmatique dans la remise en cause des droits des salariés est vraiment contre-productif en période de crise. On sait bien que le travail le dimanche ne créera pas plus d’activité.

 

Cet entêtement dans l’erreur du « travailler plus pour gagner plus » se matérialise également dans la poursuite du suicidaire dispositif des heures supplémentaires défiscalisées. Suicidaire pour l’emploi : depuis fin 2007, l’augmentation du nombre d’heures supplémentaires a représenté l’équivalent de 90 000 postes de travail. Suicidaire pour les finances publiques : ce dispositif coûte entre 3 et 4 milliards d’€ à la collectivité. Le gouvernement qui invoque à tout bout de champ son « pragmatisme » pourrait en faire la preuve en redéployant ces sommes vers des actions plus utiles pour soutenir l’activité.

 

Autre domaine où l’on peut douter de la bonne utilisation des fonds publics : la baisse de la TVA pour la restauration (de mémoire cela représente près de 3 milliards d’ €). Cette baisse de la TVA est censée permettre la création d’emplois, la baisse des prix, et l’amélioration des conditions de travail. Comment sera contrôlée l’atteinte de ces objectifs ? Comment s’assurer que cet allègement de TVA ne se transformera pas exclusivement en augmentation de marge ? Hervé Novelli, ministre en charge du dossier, a « la » solution : les consommateurs feront jouer la concurrence…Il a également parlé de « contrat » entre les représentants du secteur et l’Etat et la création d’une commission (une de plus !) chargée de vérifier le bon comportement de la profession. N’existe-t-il pas de moyens plus simples et plus efficaces ? Par exemple pourquoi ne pas tout simplement conditionner les allègements à des engagements précis en matière d’embauches ou d’améliorations des conditions de travail (rémunérations, horaires…) ? Un peu à la façon des lois sur les 35 heures (qui étaient loin d’être parfaites mais avaient le mérite de conditionner les aides à des objectifs chiffrés). Plus que de recourir à une « commission » dont on ne sait pas précisément quelles seront ses attributions, ni même sa composition, les Directions Départementales du Travail auraient pu avoir pour objectif de vérifier, au plus près du terrain, la bonne application des engagements…

 

Alors que le plan Borloo sur les « services à la personne » avait contribué à la création d’emplois précaires et mal rémunérés, on nous nous annonce un nouveau plan dans ce domaine. Le principe est toujours le même : des exonérations fiscales pour ceux qui ont recours à des emplois à domicile (ménage, garde d’enfant, soutien scolaire…). Contrairement aux fanfaronnades sur le thème du « gisement d’emploi », la réalité des conséquences du plan Borloo est la suivante :

* 80 000 emplois créés …mais en moyenne à tiers temps

* Un coût de 4 milliards d’ € par an (soit 50 000 € par emploi)

* Un salarié sur deux du secteur  a touché moins de 1700 € nets par …an

Avec de tels résultats, on voit qu’il était urgent de persister dans cette voie !

Il ne s’agit pas de remettre en cause l’utilité sociale des services à la personne, mais les sommes dépensées (majoritairement au bénéfice des plus aisés) auraient vraisemblablement été mieux utilisées pour la création d’un service public de l’enfance au bénéfice de tous, avec des emplois de qualité garantissant revenu et formation.

 

Enfin, on peut parler de la loi HPST (Hôpital, patients, santé, territoires) dite loi « Bachelot ». Sous le prétexte d’une meilleure organisation des soins, elle encourage la création de Groupements de coopération sanitaire (GCS) qui pourront associer des établissements publics et privés. Ces CGS conduiront au transfert d’une part croissante des soins vers les établissements privés. Dans la mesure où ces établissements pratiquent des dépassements d’honoraire, cela aboutira à un renchérissement du coût global des soins (rappelons qu’aux Etats-Unis, où plus de la moitié des dépenses de santé sont privées, les dépenses de santé par habitant sont de 6300 dollars contre 3500 en France). D’autant plus que la tarification à l’activité (T2A) les encourage à pratiquer les actes les mieux rémunérés, laissant à l’hôpital public la prise en charge des pathologies les plus lourdes et les plus complexes, contribuant à la dégradation de leur « rentabilité ». Cette logique perverse déstabilise le système de santé français. Et, contrairement à ce qui a été annoncé, cette loi ne prévoit rien de bien concret pour lutter contre les « déserts médicaux »…

 

Pour terminer, les propos d’un banquier new-yorkais, un certain Ron Gilbert, rapportés par Aujourd’hui en France (25/04/2009): « L’administration doit faire attention à ne pas briser ce qui fait la force de Wall-Street. Les bonus des banquiers doivent être préservés car sinon les gens compétents, capables de relancer la machine, et il y en a, risquent de partir à l’étranger. »

Ce qui a fait la force de Wall-Street est en grande partie responsable de la faiblesse actuelle de l’économie américaine…et mondiale. Ceux qui sont capables de relancer la machine sont également ceux qui ont largement contribué à l’abîmer considérablement ! Quoiqu’il en soit, ce genre de propos me conforte dans mon idée que l’on ne peut pas s’en remettre à la bonne volonté des acteurs du système et qu’il faut encadrer strictement le système financier.

 

PP

08:58 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sarkozy, libéralisation, travail, impôts, fiscalité | | |  Facebook | | |

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