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14 mai 2009

Un rapport de plus...

Suite à son intervention télévisée de février 2009, Nicolas Sarkozy avait demandé un rapport sur les revenus en France au directeur de l'Insee (J.P. Cotis qui, pour la petite histoire, a été un de mes prof. d'économie).

Il s'agissait d'avoir des données « objectives » afin d'évaluer la faisabilité de sa grande trouvaille des « trois tiers » pour le partage des bénéfices. Pathétique tentative du candidat du "pouvoir d'achat" pour tenter de tenir sa promesse !

Ce rapport a été remis le 13 mai au Président de la République (Partage de la valeur ajoutée, partage des profits et écarts de rémunérations en France).

Bien sûr, les principaux éléments ont déjà « fuité ». Patrick Artus (directeur des études économiques chez Natixis, banque d'investissement filiale de Banque Populaire et de la Caisse d'Epargne et dans tous les mauvais coups : subprime, Madoff...) l'a brièvement commenté sur France Inter :

  • 1) Il n'y a pas de déformation du partage de la valeur ajoutée
  • 2) Les inégalités de revenus n'augmentent pas vraiment
  • 3) On peut toutefois noter une augmentation importante des plus hauts revenus

 Déformation du partage de la valeur ajoutée ?

Selon Patrick Artus, la tendance à la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée est moins marquée en France que dans les autres pays européens. Effectivement, certaines analyses (notamment celle de Denis Clerc que j'ai évoquée dans une note précédente) aboutissent à la conclusion que, hormis le pic des années 80, la part des salaires est à peu près constante depuis environ quinze ans.

Il est vrai que la France n'a pas suivi le chemin de l'Allemagne qui a  connu une véritable « glaciation salariale » depuis plus de 10 ans et une libéralisation féroce du marché du travail (à l'initiative du « socialiste » Schröder). Certes, celui a permis à ce pays d'être le champion du monde des exportations, mais au détriment de ses  « partenaires » européen (dont la France) et au détriment des allemands eux-mêmes. En 2008, 3 millions d'enfants allemands vivaient sous le seuil de pauvreté (2 fois plus qu'en 2005). Dans certains secteurs de l'économie, par exemple chez les coiffeurs, des salaires horaires inférieurs à 5 euros ne sont pas rares. Environ 1,7 million de personnes travaillent, et complètent un salaire de misère avec l'aide sociale. Et 17 ans après la Réunification, dans quasiment toutes les branches, le travail est moins payé à l'est... 

Pour revenir à la France, on aurait tort de se réjouir hâtivement de cette apparente meilleure situation. En effet, en creusant un peu on s'aperçoit de plusieurs problèmes. Tout d'abord, les salaires incluent les cotisations sociales. Or entre 1970 et 2005, la part des cotisations sociales salariales est ainsi passée de 5,6% à 16,1% (notamment en raison de la CSG) de la masse salariale. Si bien que les salaires nets ne représentent plus que 59% de la masse salariale, contre 71%.

En fait, une part importante du financement de la protection sociale a été transférée des entreprises vers les salariés...notamment en raison des nombreuses exonérations de cotisations sociales.

Un autre phénomène est à l'œuvre : la création d'emplois peu productifs. Entre 1997 et 2007, les effectifs des sociétés non financières ont augmenté en effet de presque 2,5 millions, passant de 11,6 à 14,1 millions. Dans les années 1987-1997, la croissance était en revanche essentiellement intensive : l'augmentation des effectifs était faible (ils étaient passés de 10,9 à 11,6 millions en équivalent temps plein dans les sociétés non financières) et l'essentiel de l'accroissement de la production résultait de gains de productivité par travailleur.

Des secteurs comme les services à la personne sont les champions des empois de mauvaise qualité : mal payés, à temps partiel, précaires...

On comprend bien que, même si la part du gâteau ne diminue pas, nous sommes plus nombreux à nous la partager donc que la « portion individuelle » se réduit...d'où les difficultés individuelles.

Et les inégalités ?

En France, la moitié des salariés en temps complet gagnent moins de 1 500 euros nets. Celui qui gagne plus que 4 000 euros figure parmi les 5% les mieux rémunérés. A 6 000 euros, on entre dans les 2% les mieux payés. Mais ces données constituent des moyennes, qui ne portent que sur les temps complets et sont trompeuses: les salaires perçus sont très inférieurs, notamment pour les femmes, du fait du temps partiel (plus de 4 millions de salariés travaillent à temps partiel). Ainsi, la moitié des femmes salariées touche moins de 1 045 euros, bien loin du salaire médian en équivalent temps plein (1 500 euros).

Les femmes sont notamment surreprésentées dans le secteur des services à la personne, qui propose des jobs en moyenne à tiers-temps...

20090514- Rapport_Insee_1.JPG

Dans le même temps, les revenus des plus riches explosent

 

20090514- Rapport_Insee_2.JPG

Conclusion

Plutôt que des systèmes miracles de répartition des profits, dont on se doute bien qu'ils se traduiront tôt ou tard par une baisse des salaires fixes, la solution passe par la remise en cause de la logique délétère de ces dernières années et qui se traduit notamment par :

  • Une baisse des impôts progressifs au bénéfice des plus riches (30 milliards d'€ par an)
  • Une baisse des droits de succession qui contribuent à la réapparition d'une société de rentiers
  • Une part grandissante des profits distribués sous forme de dividendes
  • Des exonérations de cotisations sociales pour les entreprises sans contrepartie d'emplois et reportant le financement de la protection sociale sur les salariés
  • La création d'emploi précaires (2 millions) et à temps partiel (4,5 millions)
  • L'accent mis sur des secteurs peu productifs (voir les nouvelles incitations fiscales du second plan «services à la personne»)
  • L'abandon de l'effort en faveur de l'éducation (le taux de scolarisation à 18 ans est passé de 85 % en 1995 à 79% en 2007)

PP

 

 

 

 

07:51 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : salaires, inégalités, sarkozy, impôts | | |  Facebook | | |

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