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26 mai 2009

L'Europe, un grand dessein ?

Dans le tract du Front de Gauche pour les élections européennes on trouve une rubrique intitulée « 4 bonnes raisons de voter pour le front de gauche ». Jusque là, rien d'anormal, me direz-vous ! Sauf que la première de ces raisons est « Donner un carton rouge à Sarkozy ». « Changer l'Europe » ne vient qu'en deuxième position...

François Bayrou, censé être un européen convaincu, a récemment publié un livre. Nous livre-t-il sa vision de l'Europe ? Non, c'est une critique acerbe de la politique de Nicolas Sarkozy. 

Ces deux exemples illustrent bien le caractère éminemment national des élections européennes.

Autre exemple de l'intérêt relatif des grands partis pour les élections européennes, la constitution des listes de l'UMP. Ainsi Rachida Dati, en disgrâce, a-t-elle catapultée 2ème sur la liste Ile de France. Pourtant, son intérêt pour la chose européenne n'a jamais été très marqué ! Dans le même temps, Alain Lamassoure député sortant et bon connaisseur des dossiers européens a eu toutes les peines du monde à trouver un strapontin sur la liste Sud-Ouest, pour cause de manque de notoriété (cliquez ici pour lire un article évoquant ses misères !).

Au PS aussi, les européenne sont l'occasion de recaser quelques « laissés pour compte » (on peut citer le cas d'Aurélie Filipetti députée de Moselle sont la circonscription va disparaître).

L'Europe ne motive pas (plus) les partis politiques et a fortiori les citoyens.

Ces élections ne servent donc à rien ?

Là encore, je citerai le Font de gauche : « Le Parlement européen a le pouvoir de bloquer des décisions de la Commission européenne ou des gouvernements. Il peut s'opposer à des mesures comme la directive Bolkestein. »

Il y a quelque chose d'un peu triste dans cette réponse. Comme si le Parlement ne pouvait que faire de la résistance face aux assauts de la Commission et des gouvernements. Mais, malheureusement, je crois que dans l'état actuel des choses, c'est la réalité.

Supposons que, le 7 juin, une majorité de gauche sorte des urnes (on l'a vu, cela ne s'est produit qu'une seule fois depuis 1979). Le Conseil européen (des chefs d'Etat) devra alors « tenir compte des résultats des élections » et proposer un président de la Commission européenne « de gauche ». Une fois élu par le Parlement, ce président devra constituer sa liste de commissaires européens. Au passage, on peut noter qu'il doit les choisir « en raison de leur compétence générale et de leur engagement européen et parmi des personnalités offrant toutes garanties d'indépendance » (TUE17-3), et non pour correspondre à la majorité parlementaire...Mais supposons que nous ayons une commission « de gauche ». Pourra-t-elle faire adopter des directives « progressistes » en matière de fiscalité ou de politique sociale dans la mesure où celles-ci doivent être adoptées à l'unanimité par le Conseil de l'Union (conseil des ministres) ?

Avec l'élargissement à 27, je pense qu'on a atteint les limites des institutions actuelles...et même du principe d'une Europe fondée avant tout sur un marché unique.

En effet, avec l'arrivée des pays d'Europe centrale, on assiste à un vrai bouleversement. Avant l'entrée de ces pays, l'écart entre le PIB par habitant du pays le plus riche (Luxembourg) et du pays le plus pauvre (Portugal) était de 1 à 5. Après l'arrivée des « nouveaux entrants », cet écart est passé de 1 à 20 (le pays le plus pauvre étant désormais la Bulgarie).

Dans la mesure où son budget est ridiculement faible (125 milliards d'€, l'équivalent de la TVA française), l'Europe n'a pas les moyens d'aider ces nouveaux entrants à rattraper leur retard. Ces pays n'ont d'autres choix que de miser sur leurs avantages comparatifs : faible coût de la main d'œuvre, faible protection sociale, fiscalité « accommodante »...

Le 12 mai 2000, Joschka Fischer, alors ministre allemand des Affaires étrangères déclarait :« L'élargissement rend indispensable une réforme fondamentale des institutions. Comment imaginer un Conseil européen à 30 chefs d'Etat ? Combien de temps les réunions vont-elles durer ? Dans les institutions actuelles, à 30, comment parvenir encore à agir ? Comment éviter que les compromis ne soient de plus en plus étranges ? Il existe une réponse toute simple: le passage à un système entièrement parlementaire que demandait déjà Robert Schuman il y a 50 ans.

Ses propos n'ont malheureusement pas pris une ride !

« L'Europe n'avance qu'avec des idées simples » affirmait Jean Monnet. Aujourd'hui, on tente de masquer l'essoufflement du projet européen avec des petits ajustements, de l'ingénierie institutionnelle dont le « mini-traité » (devenu Traité de Lisbonne) est un bel exemple. Un mini-traité de 145 pages !

« Nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes » disait également Jean Monnet. Il est grand temps de revenir à ces fondamentaux...

L'Europe est la région la plus riche du monde, son PIB dépasse celui des Etats-Unis. Elle aurait sans aucun doute les moyens de financer des politiques actives en matière industrielle, énergétique, de recherche, mais aussi dans les domaines de la santé, de la formation, de la réduction des inégalités... Mais pour cela, il faut plus qu'un marché unique animé par une concurrence « libre et non faussée ».

Pour cela, il est nécessaire de réorienter les institutions européennes dans un sens plus démocratique. Les dirigeants actuels en ont-ils la volonté ? Rien n'est moins sûr !

PP

13:49 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe | | |  Facebook | | |

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