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28 mai 2009

Gouvernance

Dans le billet du 26 mai, j'évoquais le déficit démocratique des institutions européennes.

Voici un extrait d'une interview de Guy Hermet (Professeur émérite de science politique à Sciences Po, ancien directeur du Centre d'études et de recherches internationales, il a aussi été vice-président de Médecins sans frontières. Spécialiste des populismes et des origines et développements des régimes démocratiques) dans le  Hors-série n°6 d'Alternatives Internationales (Décembre 2008)

« Ce à quoi il est concevable de se préparer, c'est au mélange d'une intervention directe du peuple souverain au niveau local et d'une sorte de gouvernance pour les affaires globales. Pour celles-ci, complexes et négociées, au niveau national, régional, européen et international, le mécanisme des élections me paraît de moins en moins adapté, d'autant qu'on a tendance à remercier les gens qui font (pensons en France à Pierre Mendès France et à Michel Rocard) et à reconduire des gens qui ne font rien. Nous nous dirigeons vers des formules de gouvernance, c'est-à-dire des formules de post-démocratie: un système de conduite des sociétés complexes qui tend à aménager des procédures à géométrie variable avec les gens les plus pertinents au cas par cas. Des experts bien sûr, mais aussi des politiques, des moralistes, des leaders autoproclamés ou des élus d'associations diverses, en partie désignés par les instances politiques à l'origine, mais de plus en plus cooptés ou s'imposant d'eux-mêmes de par leur notoriété ou leur réputation de compétence. Cette gouvernance vise à obtenir des décisions qui soient acceptables, suffisamment efficaces, rationnelles, pas forcément au sens abstrait de la rationalité mais dans un sens nouveau: moins dans le sens de l'intérêt général que dans celui d'une sorte de compatibilité mutuelle. Tout ça, soyons lucides, n'a rien de démocratique au sens où ces gens ne sont mandatés par personne et se rassemblent en vertu d'une affinité fonctionnelle ou d'une proximité dite idéologique. Le bien commun, l'intérêt général, la décision majoritaire sont de toute façon perçues de plus en plus comme des mythes de moins en moins vraisemblables. L'idée qui s'impose est qu'il n'y a jamais eu d'intérêt général mais des additions et soustractions d'intérêts particuliers. Est-ce faux, d'ailleurs? En un sens, la gouvernance est probablement plus lucide sur le fonctionnement réel des sociétés qualifiées aventureusement d'égalitaires. »

Un peu inquiétant, non ? (pour lire l'intégralité de l'interview, cliquez ici).

Emmanuel Todd, dans son dernier ouvrage (Après la démocratie), voit déjà dans l'Europe une incarnation de ce principe de « gouvernance » :

« D'ailleurs un système à deux niveaux combinant autorité supérieure sans contrôle et suffrage local existe déjà : L'Europe. Tandis qu'à l'échelon inférieur de la nation le suffrage universel existe, à l'échelon supérieur des institutions communautaires, la cooptation règne. »

Les jours du suffrage universel sont-ils comptés ?

PP

07:49 Publié dans Actualités, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe | | |  Facebook | | |

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