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19 juin 2009

Le capitalisme dématérialisé, une escroquerie intellectuelle ?

Suite de mes réflexions en réaction à l'article de Daniel Cohen...(cf billet du 15 juin).

Le « capitalisme dématérialisé », l’ « économie de la connaissance », ces expressions un peu convenues et floues désignent le supposé avènement d’une économie « sans usine ».

« Sans usine »…Est-ce bien raisonnable ? Nous vivons encore dans un monde matériel : il nous faut des objets bien réels pour vivre : des automobiles, des ordinateurs, des téléphones, des meubles,…

Cette théorie peut être valable pour une fraction de salariés qualifiés, tels les « manipulateurs de symbole » évoqués par Robert Reich., ancien ministre du travail du président Clinton, dans son livre L’économie mondialisée.

 

Robert Reich distingue trois catégories de travailleurs :

Ü     les travailleurs routiniers, dont les emplois vont inéluctablement se délocaliser dans les régions où la production est moins coûteuse,

Ü     les employés aux services aux personnes (hôpitaux, restaurants etc…) protégés des effets directs de la mondialisation, mais pas de ses effets indirects,

Ü     les découvreurs de problèmes, les résolveurs de problèmes, et les courtiers capables de les mettre en relation. Il les dénomme « manipulateurs de symboles ». Selon Robert Reich, ceux-là ont leur avenir devant eux. Ils sont indispensables au développement des entreprises. Ils sont capables d’imaginer les nouveaux couples produits-services qu’ils diffusent ensuite sur la planète.


Pour Robert Reich, si on prolonge les courbes actuelles, en 2020, 1/5 de la population américaine (les manipulateurs de symboles) se partagera 60% de tous les revenus américains, et le 1/5 inférieur moins de 2%. Une grande partie de la population sera ainsi rejetée.

 

Nos sociétés sont-elles condamnées à devenir de plus en plus duales avec des « manipulateurs de symboles » servis par une armée de nouveaux domestiques ?

 

Au final, il semble que cette théorie du capitalisme dématérialisé soit avant tout utile pour justifier la délocalisation des usines dans les pays à bas coût. Les pays développés seraient les « cerveaux » et les autres les « mains » d’une économie globalisée. Sauf que, les salariés des pays développés ne pourront pas tous devenir des as du « high-tech ». Il serait injuste de laisser sur le bord du chemin ceux dont les emplois sont condamnés à disparaître, au prétexte qu’ils n’ont pas su « s’adapter ».

La question fondamentale n’est pas de savoir comment accompagner les victimes de ce processus prétendument inéluctable (à coup d’emplois de « service à la personne » et de RSA). La réflexion doit plutôt porter sur une nouvelle politique industrielle visant à créer des emplois permettant à chacun de vivre décemment de son travail. Cela passe par une certaine relocalisation de la production, en se positionnant notamment sur les « technologies vertes ».

 

Dans un autre ordre d’idée, et pour infirmer une nouvelle fois cette théorie d’une économie éthérée et immatérielle, il suffit de se pencher sur les études relatives aux conditions de travail pour s’apercevoir que la réalité est souvent « pesante » pour les salariés.

 

 

PP

07:54 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ps, gauche | | |  Facebook | | |

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