Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

17 juin 2009

La notion de classe dépassée ?

Suite de mes réflexions en réaction à l'article de Daniel Cohen...(cf billet du 15 juin).

En 1984, François Hollande écrivait : « La conception dogmatique de la classe ouvrière et la notion d'appartenance des individus à des groupes sociaux solidaires doivent être abandonnées. »

En 1997, le vice-premier ministre de Tony Blair (John Prescott) affirmait : « aujourd'hui, nous sommes tous des membres des classes moyennes ».

On pourrait multiplier les exemples de prises de position de dirigeants socialistes ou socio-démocrates qui tendent à nier l'existence de classes sociales. Désormais, nous serions entrés dans l'ère de la « responsabilité individuelle », dans la droite ligne (c'est le cas de le dire !) des visions thatchérienne et reaganienne.

« Nous croyons dans la responsabilité des individus de se prendre en charge » affirmait Tony Blair en décembre 1997.

En avril 2007, Ségolène Royal déclarait sur RMC : « Je ne suis pas pour l'assistanat. Je suis pour faire des actions nouvelles pour que ceux qui ont des difficultés s'en sortent mais qu'en contrepartie, ils fassent un effort individuel. »

Selon cette théorie de la responsabilité individuelle, la situation de chacun est le résultat exclusif de la façon dont il se comporte.

Cette vision, partagée par une large frange de dirigeants de « gauche », remet ainsi en cause la notion fondamentale de solidarité. Or c'est cette notion qui est à la base de la notion de classe sociale. Une classe sociale peut être définie comme un ensemble d'individus qui ont conscience de leurs intérêts communs et qu'ils les défendront mieux s'ils sont unis plutôt qu'en ordre dispersé. Or, à partir des années 1980, on n'a pas cessé de glorifier les « gagneurs », ceux qui s'en sortent tout seul et mieux que les autres, ceux qui prennent des risques. Un sommet a d'ailleurs été atteint avec la nomination de Bernard Tapie comme ministre d'un gouvernement de gauche !

Le résultat des années 1980-2000 a été le déplacement des lignes de clivages. Grosso modo, on est passé d'une opposition « riches / pauvres », « rentiers / salariés » à une opposition « assistés / travailleurs ».

Le clivage ne porte plus désormais sur les réalités sociales (revenus, conditions de vie,...) mais sur les « valeurs » : entre « ceux qui se lèvent tôt » et les « assistés ». Cela explique en grande partie le délitement de la « classe ouvrière ». En laissant s'installer le débat sur le terrain des valeurs, on a instauré la discorde au sein des classes populaires, en général plus partagées sur les questions de morale et de discipline que sur la nécessité d'un bon salaire.

En effet, la classe ouvrière a disparu. Non pas quantitativement, puisqu'on compte toujours près de 25 % d'ouvriers dans la population active occupée, mais en tant que groupe social partageant la même vision du monde. En témoigne le comportement électoral des ouvriers qui, au premier tour de l'élection présidentielle de 2007, ont réparti de manière quasi identique leurs suffrages entre Jean-Marie Le Pen, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, tout en assurant également un bon score à François Bayrou.

20080517 - Gauche.jpg

En revanche, la bourgeoisie, pourtant prompte à dénoncer l'archaïsme supposé de la « lutte des classes », existe toujours en tant que « groupe social solidaire ». Elle connaît ses intérêts et partage la même idée sur qui les défendra le mieux. C'est ce que montre le vote au second tour des communes de France où l'on compte le plus de ménages détenteurs d'actions, selon une étude de TLB pour Paris Europlace (www.paris-europlace.net/links/doc062951.htm ). Citons par exemple Bondues, charmante localité de la banlieue lilloise, où résident les grandes familles du Nord qui ne se sont pas installées Outre-Quiévrain pour échapper à l'impôt sur la fortune : 82,5 % en faveur de Nicolas Sarkozy. Veyrier-du-Lac, chic commune de la " bonne " rive du lac d'Annecy : 81 %. Quant à Saint-Didier-au-Mont-d'Or ou Charbonnières-les-Bains, deux communes cossues de la banlieue ouest de Lyon, elles ont toutes deux choisi le maire de Neuilly-sur-Seine à 77 %. Neuilly-sur-Seine, pour sa part, a voté pour l'enfant du pays à 87 %, loin devant Milon-la-Chapelle ou Saint-Nom-la-Bretêche, dans le 7-8, qui plafonnent respectivement à 82,5 % et 80,4 %. Seulement !

PP

07:44 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ps, gauche | | |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.