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27 juin 2009

A qui la gauche doit-elle s’adresser ?

Suite de mes réflexions en réaction à l'article de Daniel Cohen...(cf billet du 15 juin).

Désormais, c’est la droite qui est la plus audible auprès des classes populaires, dans la plupart des pays industrialisés. Elle leur tient un discours fondé sur des valeurs telles que le « travail », la « sécurité », l’ « ordre ». Dans un monde de plus en plus incertain, ces valeurs sont rassurantes. Cela est d’autant plus paradoxal que les politiques menées par cette même droite contribuent à développer l’insécurité sociale et économique qu’elle est censée combattre. Ce processus, à l’œuvre depuis les années 1980, repose sur des réductions massives des impôts à destination des plus riches (aux Etats-Unis, par exemple, le taux marginal de l’impôt sur le revenu est passé de plus de 90% à 36%), sur le démantèlement des mécanismes de protection sociale, sur la promotion de l’individualisme et du consumérisme dans tous les domaines. Malheureusement, la gauche n’a pas suffisamment résisté à cette tendance, l’accompagnant souvent, l’encourageant parfois (à la grande époque « Blair – Schröder », notamment).

 

En France, ces mécanismes sont également à l’œuvre. Au pouvoir, le parti socialiste a largement contribué, avec le zèle des nouveaux convertis, à la mise en œuvre des politiques de « désinflation compétitive » (à partir de 1983) et à la dérégulation des marchés financiers (1986).

 

Depuis des années, le parti socialiste n’emploie plus le mot « capitalisme », préférant lui substituer des expressions plus floues comme « libéralisme » ou « économie de marché ». Ce faisant, il s’expose à des procès en archaïsme au prétexte qu’il n’accepterait pas l’économie de marché et souhaiterait revenir au temps de l’économie administrée. Quant au libéralisme, il y a toujours cette confusion entre libéralisme économique (remise en cause des mécanismes de régulation) et libéralisme social (défense des libertés), qui entraîne les socialistes dans des arguties sans fin sur le thème « Peut-on être socialiste et libéral ? » (cf. le livre de Bertrand Delanoë).

 

La crise financière a au moins eu quelque chose de bon, c’est de remettre le capitalisme au centre des débats. On se rend compte que c’est bien ça le nœud du problème. Le capitalisme existe toujours et, finalement, il n’a pas vraiment changé. Il est toujours fondé sur la logique de l’accumulation du capital. Livré à lui-même, sans limites, il est irrationnel et auto-destructeur. Il cherche toujours à contourner les prétendues lois immuables de l’offre et de la demande au bénéfice de la logique de l’accumulation du profit. Et, quoiqu’on en dise, il est profondément inégalitaire dans le sens où il permet à un petit nombre d’accaparer une part importante des richesses produites.

 

Il faut revenir à une critique simple du capitalisme, aussi simple que le capitalisme lui-même. Le capitalisme est fondé sur la dualité entre travail et capital. Aujourd’hui, le capital est largement prédominant : plus mobile, il faut le « retenir » à tout prix. Les détenteurs de capital, les « entrepreneurs » sont ceux qui « créent de l’emploi et de la richesse » et à ce titre, ils seraient exonérés de tout devoir envers la collectivité. La gauche devrait avoir pour objectif de rééquilibrer ce point de vue en réaffirmant que certes, il n’y a pas d’emploi sans entrepreneur, mais sans salariés, il n’y aurait pas d’entreprise. Il ne s’agit pas de dire que les salariés seraient les « gentils » et les entrepreneurs les « méchants ». Il s’agit de réaffirmer que tous font partie d’une collectivité et qu’ils sont interdépendants. Désormais, les salaires sont vus exclusivement comme des coûts pour l’entreprise, c’est oublier qu’ils constituent la majeure partie du revenu des français et par là même sont la source de la demande des entreprises.

 

Si les socialistes français sont incapables de conquérir le pouvoir national, c’est qu’ils n’ont pas (plus) une analyse globale de la société.

« L’affirmation d’un programme politique atemporel doit être abandonnée » écrivaient François Hollande, Jean-Pierre Mignard et Jean-Yves Le Drian en 1984.

« Le parti n’a pas de légitimité à vouloir autre chose que ce que veut l’opinion » a affirmé Michel Rocard au congrès de Joué-les-Tours en 1990.

Et c’est bien ça le problème ! Pour conquérir le pouvoir national, il faut une ambition…nationale fondée sur une vision d’un objectif à atteindre pour la société. Et ce qui fait cruellement défaut au parti socialiste. Certes, on peut se consoler en se disant que l’on gère la majorité des collectivités territoriales et des grandes villes. Mais cela confirme avant tout que les socialistes sont de « bons élèves », capables de composer avec des contraintes externes (fiscalité,…), de rendre supportable la vie de ceux qui rencontrent des difficultés…mais nullement de « changer la vie ».

PP

07:59 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ps, gauche | | |  Facebook | | |

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