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03 juillet 2009

Quelques pistes de réflexion… (suite et fin)

Suite de mes réflexions en réaction à l'article de Daniel Cohen...(cf billet du 15 juin).

 

Innovation

En 2007, une fois leurs intérêts payés et les dividendes versés, il ne restait plus aux entreprises que 140 milliards, alors que l'usure de leurs équipements et bâtiments en représentait 146. Pour 2008, les chiffres d'usure des équipements ne sont pas encore connus, mais la tendance s'est aggravée : les dividendes versés ont augmenté de 8 milliards, alors que leur « revenu disponible brut » – ce qu'il leur reste une fois les impôts sur les bénéfices, les intérêts et les dividendes versés – avait diminué de 10 milliards. En d'autres termes, les actionnaires se payent sur la bête, en retirant plus d'argent que l'entreprise n'en gagne après impôts... D'une certaine manière, la crise résulte de cette course aux dividendes, engagée pour faire monter les cours en Bourse alors qu'elle appauvrit les entreprises.

 

 

 

En plus, ce n'est pas acceptable. Car ces dividendes sont versés à une fraction infime de la population, alors que les salaires ne progressent quasiment pas en termes de pouvoir d'achat. Nous sommes ainsi en train de retourner à une époque que l'on croyait révolue : celle où un très petit nombre captait l'essentiel de la richesse produite par les entreprises. Les 83 milliards de dividendes distribués en 2008 l'ont été au détriment d'un investissement d'autant plus nécessaire que nous savons bien que notre modèle économique va devoir changer en profondeur, et rapidement, tant en ce qui concerne la façon de produire – le mode de production – que la façon de consommer, le mode de consommation : des produits moins gourmands en énergie et en matières premières, moins polluants, plus durables et plus recyclables. Depuis 2000, la masse des dividendes distribués a doublé, alors que les prix n'ont augmenté que de 16 %.

 

Les entreprises dilapident leur patrimoine au profit des actionnaires au moment même où elles devraient relever le défi majeur du développement durable. La financiarisation de l'économie n'est pas seulement moralement injuste, elle est aussi économiquement suicidaire...

 

Ü     Taxe sur les dividendes pour financer une agence de l’innovation

Ü     Créer des pôles de compétitivité dans le secteur des énergies renouvelables, des constructions à « énergie positive »…

 

Logement / Urbanisme

En matière de logement, les aides à la personne (type loi de Robien) ont conduit à des aberrations en matière d’urbanisme. Les logements « Robien » ont été construits là où le terrain n’était pas cher, ce qui contribue à accentuer l’étalement urbain.

La logique urbaine a cédé la place à une stricte logique foncière, suscitant à la fois allongement des distances et multiplications des déplacements. C'est l'inflation du prix du foncier qui détermine l'étalement des villes, largement détriment des classes populaires, et qui dessine depuis 30 ans un type d'urbanisme dont nous savons aujourd'hui qu'il n'est pas durable. L'urbanisme, c'est-à-dire l'action collective sur l'organisation de l'espace, est en effet d'actions préférables à celui des prix. Le propre du marché et d'agir par le biais de l'intérêt individuel, alors que le développement durable repose d'abord sur la prise en compte des effets collectifs des comportements individuels, que ce soit ceux des ménages ou ceux des entreprises dans leurs activités de promotion immobilière et d'implantation des activités économiques.

L’urbanisme doit être décidé collectivement et son financement doit dépendre de l’utilité sociale et non d’avantages fiscaux.

 

Voilà ce que disait John Stuart Mill sur la rente foncière, dans ses Principes d'économie politique (1848): "Supposez qu'il existe une espèce de revenu qui tende constamment à augmenter, sans effort ni sacrifice de la part de ceux qui en jouissent, que ces propriétaires constituent dans la société une classe que le cours naturel des choses enrichit sans qu'ils fassent rien. Dans ce cas, l'Etat pourrait, sans violer les principes sur lesquels la propriété privée est établie, s'approprier la totalité ou une partie de cet accroissement de richesses à mesure qu'elle se produit. Ce serait, à proprement parler, prendre ce qui n'appartient à personne, ce serait employer au profit de la société une augmentation de richesses créées par les circonstances au lieu de l'abandonner sans travail à une classe particulière de citoyens."

On pourrait rappeler aussi Léon Walras, qui se fit l'avocat de la nationalisation des terres, estimant que les revenus que la collectivité en retirerait seraient à la fois plus équitables et moins contestables que ceux qu'elle retire de l'impôt, parce que la rente foncière serait ainsi socialisée. Le marché, disait Walras, est fait pour les biens reproductibles, pas pour les biens non reproductibles. Sans doute Walras souhaitait-il aussi que, en socialisant la rente foncière, l'Etat encourage l'investissement productif davantage que celui dirigé vers l'achat de terrains, spéculatif de nature. Si tel avait été le cas, nul doute que les banlieues de relégation n'existeraient pas aujourd'hui, puisqu'elles ne doivent leur localisation loin des centres d'activité qu'à cause du prix plus faible du terrain.

Un impôt a aujourd'hui pour finalité explicite de frapper l'enrichissement sans cause: c'est l'impôt sur les plus-values. Deux autres frappent l'accumulation du capital: l'impôt sur les successions, l'impôt de solidarité sur la fortune (dont l'assiette est très majoritairement constituée d'immobilier). Or la suppression de ces deux impôts est en première ligne dans les projets libéraux de réforme fiscale et, depuis dix ans, le premier n'a cessé d'être réduit. Leur réduction serait légitime si, frappant l'investissement ou le risque, leur existence contribuait à les décourager, donc à réduire le dynamisme et l'évolution de l'économie. Mais tel n'est pas le cas depuis dix ans: la rente foncière ne doit rien à l'investissement, comme toutes les rentes. Elle ne doit rien non plus à la prise de risque. Elle contribue seulement à renforcer les inégalités de patrimoine entre propriétaires et locataires. Et l'on voudrait réduire ou supprimer les seuls impôts qui tentent d'en affecter une fraction (mineure) à la collectivité? De qui se moque-t-on?

Un parti de masse ?

Le parti socialiste est né en 1905 (SFIO), il comptait environ 35 000 adhérent. Il a compté jusqu’à 335 000 adhérents après la deuxième guerre mondiale.

 

Est-il condamné à disparaître un peu plus de 100 ans après sa création et 40 ans après sa refondation à Epinay, miné par ses dissensions internes et son absence de ligne politique claire ?

 

Comment faire pour le redynamiser ? Pour qu’il soit à nouveau porteur d’espoir pour la majorité des français ? Pour qu’il soit à nouveau crédible ?

 

Aujourd’hui, les deux maîtres mots de la rénovation semblent être « Maison commune » et « Primaires ouvertes ».

 

Ainsi, le salut du Parti socialiste passerait par des apports extérieurs et un homme ou une femme providentiel(le) ! C’est faire peu cas des forces internes de ce parti et notamment de ses militants ! Sans se couper des autres sensibilités, il serait peut-être préférable de remettre de l’ordre à l’intérieur avant d’ouvrir les « portes et les fenêtres ».

 

Peut-on encore parler « du » parti socialiste ? Il existe au moins trois « partis » :

  1. Solférino
  2. Les élus locaux
  3. Les militants

 

Ces trois entités cohabitent mais ne se parlent plus vraiment :

  1. Solférino est englué dans une querelle des chefs stérile et délétère…
  2. Les élus gèrent les affaires locales…
  3. Les militants s’interrogent et rongent leur frein…

 

Il est nécessaire de remobiliser les militants, et pour cela, il faut une ligne directrice, un projet clair sur lequel s’appuyer pour aller au devant des français et les convaincre. Il faut avoir le courage d’affirmer des idées « clivantes », quitte à devoir batailler plus durement pour les faire passer !

Il serait plus efficace d’avoir un parti resserré, sans forcément pléthore de militants (le nombre actuel me paraît suffisant), mais avec des militants bien formés, motivés…Le but d’un parti n’est pas de « faire du chiffre », mais de diffuser les idées qu’il croit juste et à ce titre, il est préférable de pouvoir compter sur une petite troupe efficace plutôt que sur des bataillons de mercenaires aux convictions vacillantes… Que l’on ne se méprenne pas sur ces propos : il ne s’agit pas de se couper des autres. Il faut être ouvert aux autres points de vue et les intégrer dans le projet, mais en conservant sa cohérence d’ensemble.

 

Comment construire un projet ?

Il faut d’abord définir un cadre précis sur des thèmes fondamentaux :

Ü     Fiscalité

Ü     Protection sociale

Ü     Santé

Ü     Education

Ü     Logement

Ü     Emploi

Ü     Justice

Ü     Construction européenne

 

Ce « document cadre » devrait tenir sur une ou deux feuilles. Il serait le cadre de référence et devrait être largement approuvé par les militants. Ensuite, des réunions thématiques ouvertes à tous (élus, experts, militants, associatifs, citoyens) devraient permettre de décliner les différents thèmes du cadre de référence en propositions concrètes. Ce travail pourrait s’étaler sur un an, ponctué par des votes des militants à chaque étape.

Le but est d’avoir un plan d’action évolutif quant à son contenu, mais ferme sur les principes directeurs…

 

 PP

08:16 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ps, gauche | | |  Facebook | | |

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