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06 juillet 2009

Keynes - Fiches de lecture... (suite)

Je vous propose, pendant quelques jours, des extraits de textes parus dans un recueil intitulé « La pauvreté dans l’abondance » paru dans la collection Tel des éditions Gallimard.

Sur la distinction entre épargne et investissement (décembre 1930)

 

L’épargne est le fait du consommateur individuel ; c'est un acte négatif qui consiste à s'abstenir de dépenser l'ensemble de son revenu courant en consommation.

L'investissement, quant à lui, est le fait de l'entrepreneur dont le rôle consiste à prendre les décisions qui déterminent le montant de la production non disponible ; c'est un acte positif qui consiste à mettre en place ou à entretenir un processus de production ou à constituer des stocks.

 

Qu'il puisse exister une épargne à laquelle ne corresponde aucun investissement est une évidence. L’acte d'épargner, en soi, ne garantit nullement que le stock de biens capitaux sera accru de façon correspondante.

 

Une parabole ou une illustration peut rendre plus claire, ou du moins plus frappante, cette conclusion. Considérons une collectivité qui possède des plantations de bananes, qui travaille dur uniquement pour cultiver et récolter des bananes et qui ne consomment que des bananes. Supposons de plus qu'il y a un équilibre entre l'investissement épargne, au sens où le revenu monétaire de la collectivité qui n'est pas dépensée pour consommer les bananes, mais est épargné est égal au coût de production de l'investissement pour développer des plantations ; le prix de vente des bananes est égal à leur coût de production en y incluant la rémunération normale des entrepreneurs. Finalement, supposons, ce qui est plausible, que les bananes mûres ne peuvent pas être conservées plus d'une semaine ou deux.

Dans cet éden, une campagne d'économies est lancée pour inciter le public à modérer le comportement imprévoyant qui lui fait consacrer presque tous ses revenus courant acheter des bananes pour son alimentation quotidienne. Mais dans le même temps, le développement de nouvelles plantations ne connaît pas d'accélération correspondante pour l'une ou l'autre des raisons suivantes : il se peut que les conseils de prévoyance influencent autant les entrepreneurs que les épargnants si bien que, par crainte d'une surproduction future de bananes et d'une baisse des prix, les premiers soient découragés d'en installer de nouvelles ; des raisons techniques peuvent empêcher un nouveau développement un rythme plus rapide ; ou encore, un tel développement pour réclamer une main-d’œuvre hautement spécialisée qu'on ne peut trouver parmi la main-d’œuvre habituellement occupée et récolter des bananes ; il se peut encore qu'il y ait un intervalle de temps considérable entre les travaux préparatoires requit par ce développement est la date à laquelle interviendra l'essentiel des dépenses éventuellement nécessaires. Que se passera-t-il dans un tel cas ?

La même quantité de bananes continuera à être mise sur le marché, alors que le montant du revenu courant consacré à leur achat aura diminué du fait de la campagne d'économies. Comme les bananes sont périssables, leur prix doit baisser ; il baissera en proportion de l'excédent de l'épargne sur l'investissement. Ainsi, le public ne consommera comme auparavant l'ensemble de la récolte de bananes mais à un prix inférieur. C'est formidable, où cela semble être. La campagne d'économie n'aura pas seulement fait augmenter l'épargne ; elle aura aussi fait baisser le coût de la vie. La collectivité aura épargné de l'argent sans rien se refuser. Elle consommera autant qu'avant et la vertu sera ainsi merveilleusement récompensée.

Mais ce n'est pas tout. Comme les salaires sont toujours les mêmes, seul le prix de vente des bananes aura baissé, pas leur coût de production ; les entrepreneurs subissant des pertes anormales. L'augmentation de l'épargne n'a donc pas le moins du monde augmenté la richesse totale de la collectivité ; elle a seulement provoqué un transfert de richesses les poches des entrepreneurs vers celle du public. Les économies des consommateurs seront mobilisées pour combler les pertes des entrepreneurs, directement ou par l'intermédiaire du système bancaire. La poursuite de ce mouvement incitera les entrepreneurs à se protéger en licenciant des employés ou en diminuant les salaires. Mais, même cela n'améliorera pas leur situation, puisque la capacité de dépense du public sera réduite à la même mesure que la somme des coûts de production. Quelle que soit la réduction des salaires et le nombre de licenciés, les entrepreneurs continueront à subir des pertes de temps que l'épargne de la collectivité excédera l'investissement nouveau. Il n'y aura donc aucune situation d'équilibre jusqu'à ce que toute production cesse et que la population meurt de faim ; ou que la campagne en faveur de l'épargne soit suspendue ou ne tourne court à cause de la pauvreté grandissante ; ou que l'investissement soit stimulé d'une façon ou d'une autre, de sorte que son coût ne soit plus inférieur au montant de l'épargne

 

 

08:26 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, libéralisation, salaires, inégalités, keynes | | |  Facebook | | |

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