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28 juillet 2009

Les signes d'une timide reprise dopent les marchés financiers

La sphère financière et l'économie réelle sont-elles à nouveau en train de se déconnecter ? Alors que les plans sociaux se multiplient et que le chômage poursuit son ascension partout dans le monde, les Bourses remontent à toute allure. A New York, l'indice Dow Jones de la Bourse de New York a gagné 4 % au cours de la semaine, pour terminer, vendredi 24 juillet, à 9 094,23 points, son plus haut niveau depuis début novembre 2008. En cinq jours, la référence des marchés boursiers internationaux, l'indice MSCI, a, quant à lui, gagné 9 %.

 
A Paris, le CAC 40, après avoir connu neuf séances consécutives de hausse, est brièvement repassé, vendredi, en séance, au-dessus des 3 400 points, un niveau qu'il n'avait plus vu depuis janvier. Même si l'on reste très éloigné des sommets atteints il y a deux ans, lorsque le Dow Jones naviguait au-dessus des 14 000 points et le CAC 40 au-delà des 6 000 points, le rebond n'en est pas moins spectaculaire.

Par rapport aux points bas touchés début mars, Wall Street a progressé de plus de 35 %, Paris de 33 %, Francfort et Tokyo de 41 %, Londres de 59 % et Hongkong de 76 % !

L'optimisme retrouvé des opérateurs boursiers, après des mois de déprime totale, n'est pas seulement alimenté par la perspective de recevoir en fin d'année de jolis bonus, comme les banques qui les emploient viennent de le leur promettre. Il se nourrit surtout des résultats meilleurs que prévu enregistrés au deuxième trimestre par les entreprises de la première économie mondiale.

C'est le cas des établissements financiers, au bord du gouffre à l'automne, mais qui ont renoué avec des profits impressionnants grâce à leurs activités sur les marchés de capitaux. Mais aussi des grands groupes industriels, tels le fabricant d'engins de chantier Caterpillar ou la société informatique Texas Instruments.

Ces bons résultats sont la conséquence de la grande réactivité de ces entreprises, qui se sont ajustées très rapidement au ralentissement de l'activité en réduisant leurs coûts, principalement par le biais des contractions d'effectifs.

Jeudi, le groupe diversifié 3M et l'opérateur téléphonique AT & T, qui entrent tous deux dans la composition du Dow Jones, ont annoncé des profits supérieurs aux attentes. 3M a relevé ses prévisions annuelles, comme les producteurs de mouchoirs en papier Kimberly-Clark ou de tabac Philip Morris. Dans le secteur technologique, le spécialiste de la vente en ligne eBay dit avoir connu une "légère accélération" de son activité durant la deuxième quinzaine de juin.

Un changement majeur par rapport aux derniers mois, au cours desquels tous ces grands groupes n'avaient cessé de réviser à la baisse leurs prévisions d'activité. Même le constructeur automobile Ford, qui avait habitué le marché à de lourdes pertes, est revenu dans le vert. "Les sociétés américaines continuent de ridiculiser les estimations de profits des analystes", observe Patrick O'Hare, du site financier Briefing.com.

Plusieurs indicateurs économiques sont aussi venus alimenter la conviction des opérateurs que le pire de la crise est, cette fois, vraiment passé. La résistance de l'Asie à la crise, en particulier de la Chine, commence à diffuser ses effets bénéfiques en Occident.

Notamment dans l'immobilier américain, d'où est partie la crise des subprimes. Jeudi, l'Association nationale des agents immobiliers (NAR) a annoncé que les reventes de logements anciens aux Etats-Unis avaient augmenté pour le troisième mois consécutif, en juin, de 3,6 %, plus qu'attendu. A 4,89 millions d'unités en rythme annuel, elles sont désormais proches de leur niveau d'il y a un an, avant la faillite de Lehman Brothers.

Même en Europe, pourtant en retard sur les Etats-Unis dans le cycle de reprise, la tendance semble s'inverser. Au Royaume-Uni, les ventes de détail ont progressé de 1,2 % en juin et de 2,9 % par rapport à juin 2008, soit le plus fort gain annuel depuis décembre.

En France aussi, la consommation des ménages résiste bien (+ 1,4 % en juin), tandis qu'en Belgique la confiance des chefs d'entreprise est remontée en juillet à son plus haut niveau depuis huit mois. En Allemagne, l'indice du climat des affaires, calculé par l'institut Ifo, est ressorti en hausse en juillet, à 87,3 points, contre 85,9 points en juin. "Il semble que l'économie se remette en marche", a commenté le président de l'institut munichois, Hans-Werner Sinn.

Les économistes restent toutefois très prudents. D'une part, l'histoire récente est venue rappeler la myopie dont peuvent faire parfois preuve les marchés boursiers. Ces derniers sont restés longtemps insensibles à la crise des subprimes, avant de décrocher brutalement à l'automne 2008. La remontée des indices ne peut donc être interprétée comme la garantie que le fond a bien été touché.

D'autre part, note Bruno Cavalier, économiste chez Oddo Securities, "si, à l'horizon des prochains mois, le rebond de l'activité peut se poursuivre, au-delà, la question de sa pérennité et de son rythme se pose". Selon lui, le rebond industriel actuel, lié à des phénomènes de restockage, "ne peut à lui seul garantir une sortie de crise définitive. C'est la prise de relais par la demande finale du secteur privé et par les secteurs de services qui est posée. La prudence reste ici de mise."

La crainte des experts est que l'économie mondiale connaisse, au cours des prochains mois, une simple rémission, mais non une guérison définitive, ne serait-ce qu'en raison de la très forte pression qu'exercera sur les taux d'intérêt l'envolée des dettes publiques. Avec un coût du crédit plus élevé, un argent moins bon marché qu'avant la crise, la croissance économique mondiale s'annonce plus faible que dans la première partie des années 2000. De quoi calmer, tôt ou tard, les ardeurs haussières des marchés boursiers.

14:58 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, libéralisation | | |  Facebook | | |

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