Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

17 août 2009

Malaise…

Quand on évoque un « malaise », on peut être tenté de penser à celui dont a été victime, fin juillet, le Président de la République. Nous préférons parler ici de celui que connaît la société française. En effet, si Nicolas Sarkozy est remis de sa « panne d'essence » (selon ses propres termes), la France ne se remet pas, elle, d'un véritable malaise.

Les défaillances d'entreprises ont augmenté de 20% au 2ème trimestre 2009 par rapport à la même période de 2008, après une hausse de 24% au 1er trimestre. Le taux de chômage partiel a été multiplié par 5. Chaque jour, ce sont 2000 personnes supplémentaires qui viennent grossir les rangs des demandeurs d'emplois. La France compte près de 8 millions de pauvres (plus de 12% de la population) dont plus de 1,5 millions sont des « travailleurs pauvres ». Un enfant sur sept vit aujourd'hui dans un ménage en situation de pauvreté...

Dans le même temps, on apprend que la banque BNP-Paribas a prévu de verser 1 milliard d'euros de bonus à ses traders. La Ministre de l'Economie, Christine Lagarde, semble tomber des nues et se dit scandalisée par ces pratiques. N'oublions pas que l'Etat a aidé les six principales banques en leur apportant plus de 10 milliards d'euros...mais sans rentrer à leur capital, c'est-à-dire sans se donner la possibilité de faire entendre sa voix ! A l'époque Nicolas Sarkozy avait évoqué un « pacte moral » passé « avec la Nation » pour faire face à la crise financière. Naïveté ou cynisme ?

Dans ce marasme, le seul motif de satisfaction du gouvernement est le nombre record de création d'entreprises. Or, cette embellie provient exclusivement du succès du nouveau statut « d'auto-entrepreneur » qui permet de s'installer à son compte moyennant des formalités simplifiées et des cotisations sociales et fiscales très réduites. Outre les inquiétudes des artisans qui commencent à se plaindre de concurrence déloyale, ce succès ne doit-il pas conduire à s'interroger plus largement ? En effet, on peut se demander si ces créations sont le fruit d'une véritable « envie d'entreprendre » ou la dernière solution pour des chômeurs désespérés ?

 

Nicolas Sarkozy, dans un long entretien au Nouvel Observateur au début de l'été, affirmait avoir « changé ». Il a peut-être changé, mais sa politique reste malheureusement la même...

En voici quelques exemples significatifs :  

  • travail le dimanche: après de multiples péripéties, cette disposition a été adoptée malgré son évidente inefficacité économique. Et puis, qui peut croire au «volontariat» des salariés en ces temps de chômage de masse?
  • SMIC: pas de «coup de pouce» en juillet, les salariés devront se contenter de l'augmentation légale indexée sur l'inflation (très faible depuis le début de la crise).
  • retraite à 67 ans: évoquée de façon un peu hasardeuse par le ministre des Affaires Sociales de l'époque, Brice Hortefeux (on voit bien qu'il est plus à son aise au ministère de l'Intérieur!)... Mais François Fillon a confirmé depuis que l'allongement de la durée de cotisation était la «seule solution possible»...
  • travail pendant un arrêt maladie: proposé par Frédéric Lefebvre, cet amendement devait ouvrir des «droits nouveaux» aux salariés. Depuis, on a voulu nous faire croire que c'était une initiative isolée alors que le porte-flingue de l'UMP va prendre quotidiennement ses instructions à l'Elysée!
  • fonction publique: le nombre de postes de fonctionnaires supprimés en 2010 s'élèvera à 33754 (dont 16000 dans l'Eduction Nationale)...après 30600 en 2009.
  • emprunt national: après avoir baissé les impôts des plus riches, l'Etat leur demande de lui prêter de l'argent (qui d'autre, en effet, sera en mesure d'y souscrire?)... Les impôts payés par les moins aisés (TVA notamment) serviront à payer les intérêts aux plus riches: c'est la redistribution à l'envers...
  • La Poste: cet établissement public sera transformé en société anonyme, dont le capital devrait rester entièrement public...comme GDF? Très clairement, il s'agit de la première étape de la privatisation de ce service public fondamental pour nos territoires, avec à la clé, de multiples fermetures de bureaux de poste et une réduction massive du personnel.

 

Il est urgent de rompre avec cette logique du moins-disant social et de l'injustice fiscale, associées au démantèlement de l'Etat. Il faut abroger le coûteux et inutile « paquet fiscal » pour redonner des marges de manœuvre à l'action politique : investir dans l'éducation et la recherche, mener une politique industrielle en faveur des technologies « vertes », lutter contre l'emploi précaire, créer un pôle financier public, bâtir une vraie politique du logement et des transports en commun...

PP

16:41 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : salaires, inégalités, impôts, sarkozy | | |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.