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20 août 2009

Trop loin de Roosevelt

Entretien avec Kenneth Galbraith, professeur d'économie à la Lyndon B. Johnson School of Public Affairs, université du Texas (Austin) paru dans le dernier numéro d'Alternatives Economiques.

 

Où en est l'économie américaine ?

Après un début de récession, la crise a connu une deuxième étape importante après la chute de Lehman Brothers, avec une baisse violente de la production et environ 600 000 emplois perdus chaque mois. Depuis, la situation s'est un peu calmée grâce aux stabilisateurs automatiques - un accroissement des dépenses d'aide sociale en même temps qu'une diminution des recettes d'imposition liée à la baisse de l'activité - et grâce au soutien du plan de relance mis en oeuvre par le gouvernement Obama dont les effets se feront encore plus sentir après l'été.

Mais nombre de difficultés subsistent : les Etats sont en situation budgétaire difficile, le secteur financier est loin d'être sorti d'affaire, etc. Nous ne sommes pas encore arrivés au moment où l'on pourrait voir la fin de la crise.

 

Au-delà de la gestion de la crise, quelles sont les grandes priorités du gouvernement Obama ?

L'assainissement du système bancaire, la réforme du système d'assurance santé pour assurer un niveau de couverture plus grand et une nouvelle politique énergétique qui vise à instaurer un système de permis d'émission. Ces réformes ont une dimension progressiste, mais elles restent également empruntes de néo-libéralisme, d'une volonté de perfectionner le fonctionnement du marché. La crise de l'an dernier n'a pas remis en cause cette idéologie dominante. Elle a juste permis à une sorte de libéralisme de centre gauche de s'installer au pouvoir aux Etats-Unis. Nous sommes loin de la tradition réformatrice de Roosevelt ou de Lyndon Johnson.

 

Quel aurait été le contenu de profondes politiques de réformes ?

Pour la santé, on ne parle pas du tout de l'établissement d'un Etat-providence. Il reste impossible de réduire la place de ces parasites coûteux que sont les assureurs privés. En matière financière, il faudrait réaffirmer le droit et la responsabilité du gouvernement à prendre le contrôle des établissements qui posent problème, établir un réel état des lieux de leurs difficultés, renvoyer les dirigeants fautifs, etc. Au lieu de cela, les grandes banques conservent leur influence sur l'Etat pour éviter de payer le prix de la crise, avec le résultat qu'elles survivent mais restent éminemment toxiques, prépnt de nouvelles crises pour demain.

Enfin, même si je ne suis pas contre un système de permis d'émission, il aurait également fallu engager de lourds investissements dans les systèmes de transport public, de logements, mobiliser les gouvernements locaux, les municipalités, la recherche, etc., afin de réduire drastiquement, sur le long terme, nos émissions de CO2. Nous en sommes loin.

 

17:41 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, libéralisation, inégalités | | |  Facebook | | |

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