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27 août 2009

L'industrie française en danger

Entretien avec Gilles Le Blanc (professeur d'économie à Mines ParisTech et chercheur au Cerna) paru dans le mensuel Alternatives Economiques.

La crise va-t-elle porter le coup de grâce à une industrie française déjà mal en point?

La crise conjugue ses effets immédiats à des facteurs de fragilité plus structurels. On constate des baisses d'activité très importantes qui vont probablement entraîner la disparition de segments entiers d'activité, notamment dans la sous-traitance automobile. On avait pris l'habitude de considérer que ce qui menaçait l'industrie française c'étaient les problèmes de compétitivité à l'égard des pays émergents, on avait oublié qu'un choc de demande peut aussi avoir des effets similaires.

A ce niveau, la forte présence d'entreprises étrangères en France, y compris d'ailleurs au niveau des PME, constitue un handicap: ces entreprises n'ont pas de liens très forts avec les territoires où elles sont implantées et ne font donc pas d'effort particulier pour préserver l'emploi en temps de crise. On le constate dans les différents conflits sociaux (Continental, Caterpillar, Molex...) qui ont défrayé la chronique ces derniers mois. De plus, les politiques publiques très massives mises en oeuvre par exemple au Japon ou aux Etats-Unis pour soutenir notamment l'industrie automobile incitent certaines entreprises à y relocaliser des activités jusque-là effectuées en France.

A cette fragilité liée à la forte dépendance à l'égard des multinationales étrangères, s'ajoutent les limites atteintes par le mode d'ajustement suivi jusque-là par l'industrie française vis-à-vis de la pression concurrentielle des pays émergents. En effet, cet ajustement a été conduit principalement via une très forte intensification du travail, avec une chasse aux gaspillages et des efforts d'automatisation très poussés. D'où d'ailleurs une productivité du travail très élevée en France. Mais le fait que cette politique ait déjà été menée si intensivement depuis un quart de siècle maintenant a aussi pour contrepartie que, dans la crise actuelle, il n'y a plus de marge de manoeuvre pour espérer rebondir grâce à des efforts de productivité supplémentaires, contrairement à d'autres pays. Il faudrait surtout miser beaucoup plus sur la recherche, l'innovation... que cela n'a été fait jusque-là en France. Ce type d'action n'est cependant pas d'un grand secours dans l'immédiat, car il ne peut avoir d'effet qu'à moyen terme.

La France est enfin un pays dont la spécialisation industrielle est faible: on y produit un peu de tout, contrairement au Japon ou à l'Allemagne qui ont des points forts plus marqués. Dans la crise, c'est à la fois un atout, car cette diversité amortit un peu le choc sectoriel que subit par exemple l'Allemagne dans l'automobile ou les biens d'équipement, mais aussi un handicap, puisque tous les secteurs sont touchés en même temps

On souligne souvent la faible taille des PME industrielles françaises...

En effet, cette faible taille est un handicap tant en matière de recherche et développement que d'exportation: dans ces domaines, il faut avoir atteint une taille minimale pour pouvoir être actif. De plus, dans la crise, quand l'accès au financement devient lui aussi beaucoup plus difficile, ce handicap est décuplé. D'une certaine façon cependant, cette crise pourrait être aussi une opportunité pour corriger ce défaut traditionnel: les pouvoirs publics pourraient en effet, sans tomber dans un dirigisme excessif, inciter les entreprises à se regrouper plutôt que de mettre la clé sous la porte.

L'industrie française ne pourrait-elle pas s'en sortir même si les activités de production étaient localisées dans les pays à bas coût?

Je ne le crois pas. Tout d'abord, les Français, y compris les décideurs politiques, ont souvent une vision déformée de la réalité actuelle: ils considèrent fréquemment que l'industrie a déjà quasiment disparu en France. Or, ce n'est pas le cas. Le volume de la production industrielle est resté quasiment constant au cours des dernières décennies, et si l'emploi industriel a fortement reculé cela est surtout dû aux importants efforts de productivité déjà évoqués, ainsi qu'au développement de l'intérim. Et pour l'avenir, je ne crois pas du tout que nous pourrons continuer à maintenir en France des activités à haute valeur ajoutée en matière de recherche, conception, marketing, etc., si nous laissions disparaître dans la crise les sites de production.

 

07:50 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : industrie | | |  Facebook | | |

Commentaires

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Écrit par : Languedoc Roussillon | 27 août 2009

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