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01 septembre 2009

There is no alternative

Samedi 29 août, Cécile Duflot (chef de filsecrétaire nationale des Verts) prenait part au débat qui fait rage sur la « Taxe carbone » :

« Toutes celles et tous ceux qui s'aventurent à critiquer dans son principe et dans ses fondements la fiscalité écologique ne sont que des démagogues déconnectés de la réalité. »

Et vlan, prenez ça ! Mais de quelle « réalité » parlons-nous ? Il y a de fortes chances pour que la réalité du salarié au SMIC résidant en milieu périurbain soit différente de celle du cadre habitant au centre d'une grande agglomération...

Cécile Duflot fait partie d'Europe Ecologie qui prétend rénover la politique. On aurait donc pu s'attendre à une réaction du genre : « Nous pouvons comprendre que la fiscalité écologique, par son caractère novateur, fasse débat. Eh bien, débattons ! Voici nos arguments... »

Au lieu de ça, tous ceux qui ont un avis différents sont sommés de se mettre au garde-à-vous, le petit doigt sur la couture du pantalon (en coton bio, bien sûr) !

On pourrait rappeler à Mme Duflot que le piédestal depuis lequel elle profère ses anathèmes est un peu branlant. Sans être discourtois à son égard, on peut supposer que le succès d'Europe Ecologie doit moins à son charisme personnel qu'à la faconde de Daniel Cohn-Bendit, à l'autorité morale d'Eva Joly ou à l'engagement militant de José Bové...

N'oublions pas également que les quelque 16% obtenus par Europe Ecologie aux élections européennes doivent plus à la désaffection relative des classes populaires qu'à une prise de conscience généralisée des enjeux écologiques. Les partisans de « l'écologie politique » auraient donc tout intérêt à faire œuvre de pédagogie dans leur communication, notamment pour expliquer que les mesures qu'ils prônent sont non seulement efficaces, mais socialement acceptable.

En effet, les impératifs écologiques ne doivent pas être prétexte à l'adoption à la va-vite de mesures dont on peut douter de l'efficacité et de la justice, quoiqu'en dise Mme Duflot.

Ainsi, dans un entretien paru dans Le Monde, l'économiste Thomas Piketty doutait de l'efficacité de la taxe carbone en mettant en doute le « signal-prix » que constituerait une telle taxe. « Sans un réel effort pédagogique, les gens auront le sentiment qu'on invente une nouveau concept grandiose pour faire passer une bonne vieille augmentation de la TIPP, comme il y en a eu des dizaines depuis des décennies pour boucher les trous des finances publiques et financer les priorités politiques du moment. (...)Je peux me tromper, mais il ne me semble pas qu'on va changer de civilisation avec un tel instrument. La hausse prévue n'est d'ailleurs sans doute pas très éloignée de celle appliquée ces dernières décennies. La montagne a accouché d'une souris... et en plus, d'une souris qui fait peur !»

Et puis, pour prendre en compte les enjeux écologiques, n'y-a-t-il pas d'autres solutions que la fiscalité ? L'économiste américain James Galbraith privilégie par exemple des grands projets en matière de transport public, de logement, de recherche...afin de réduire les émissions de CO2 sur le long terme.

 

L'envolée de Cécile Duflot n'est pas un cas isolé. Manuel Valls, rénovateur auto-proclamé du PS, déclarait à propos des retraites dans un entretien accordé au journal Le Parisien (mai 2008): « Aujourd'hui, on vit plus longtemps en meilleure santé...Sous certaines conditions - travail des seniors,  augmentation des petites retraites, pénibilité - cotiser et travailler plus longtemps est donc inévitable. Dire le contraire, c'est mentir. »

Non, Mr Valls, ne vous en déplaise, dire le contraire c'est tout simplement ne pas être d'accord avec vous.

 

On pourrait, malheureusement, multiplier les exemples de ce genre à gauche, comme à droite d'ailleurs. Mais cela me semble plus choquant chez les représentants d'une gauche qui se veut l'héritière des Lumières... 

 

Menteurs, démagogues déconnectés de la réalité...Quelle drôle de conception du débat que de disqualifier d'emblée ceux qui n'ont pas le même avis que vous ! La démocratie, c'est la confrontation des opinions, ce n'est pas la confiscation du débat par ceux qui savent ou du moins qui prétendent savoir ! Cette façon de faire, très en vogue parmi les « modernes », s'apparente tout simplement au totalitarisme.

 

« There is no alternative » martelait Margaret Thatcher pour justifier sa politique néo-libérale. Il semblerait qu'elle ait fait des disciples y compris chez ceux qui sont censés « rénover » la politique...

 

PP

11:26 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : impôts, environnement | | |  Facebook | | |

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