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04 septembre 2009

Pas de marchés sans opérateurs

Par Pierre-Yves Gomez : professeur à l'EM Lyon

La crise permet d'aborder désormais avec plus de liberté le fonctionnement réel des marchés. Car contrairement à ce qu'avance la vulgate économique, un marché n'est jamais un espace vide où se confrontent des offres et des demandes. Il est saturé d'opérateurs intermédiaires, souvent invisibles, mais incontournables, qui agissent en fonction de leur propre logique et, notamment, de leurs propres perspectives de profits. Ainsi en est-il, sur les marchés financiers, des traders, des agences de notation ou des conseils en tout genre. Insister sur cet état de fait était considéré, naguère, comme l'expression d'un refus idéologique de la logique marchande. Avec la crise, la mise en lumière du rôle de ces intermédiaires s'impose, au contraire, pour comprendre la mécanique réelle des marchés et leurs défaillances.

Prenons le cas de l'explosion des rémunérations des dirigeants d'entreprise. Dénoncer la cupidité des patrons ne doit pas occulter l'essentiel: comment les acteurs qui structurent ce marché des dirigeants ont-ils concouru à l'inflation des rémunérations? Observons d'abord que, contrairement à une idée reçue, la gouvernance des entreprises a été de plus en plus régulée. Depuis 1995, les codes de bonne pratique ont souvent appelé à la modération. En vain. Mais s'est-on avisé que ces appels ont tous été rédigés par des dirigeants du CAC 40? Des lois de 2001 et 2005 ont obligé à voter et à divulguer les rémunérations. Or, la surenchère médiatique que cette transparence a permise a finalement produit un concours permanent établissant ceux qui étaient indignes de leurs revenus... mais aussi, par contrecoup, ceux qui étaient supposés mériter leurs salaires très élevés.

Pour contrôler les dérives, toutes les grandes entreprises cotées se sont dotées de comités de rémunération. Mais qui les composent? Des administrateurs issus de réseaux sociaux communs, ce qui a encouragé un alignement sur... les revenus les plus élevés. Enfin, acteurs intermédiaires plus méconnus, les cabinets de conseil en rémunération ont vu le marché des dirigeants comme une opportunité de profit. Intéressés à la prolifération des plans de rémunérations, parfois par un pourcentage, ils ont contribué à l'augmentation générale.

La crise invite donc à ouvrir, méthodiquement, la boîte noire de la gouvernance par les marchés. On comprend mieux ce qu'elle signifie en faisant sortir de l'ombre ceux qui la fabriquent: en négligeant ce petit monde, l'ultralibéralisme a créé une vision floue et donc défectueuse des marchés qu'il glorifiait. Avec toutes les conséquences que l'on constate aujourd'hui.

 

07:55 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : finance, crise, libéralisation, salaires, inégalités | | |  Facebook | | |

Commentaires

merci pour intiresny Dieu

Écrit par : Nina_Tool | 18 septembre 2009

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