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18 septembre 2009

Sarkozy : la schizophrénie érigée en système politique

Lundi 14 septembre, le rapport (324 pages ! rapport_stiglitz.pdf) de la commission de mesure de la performance économique et du progrès social (dite commission « Stiglitz » - http://www.stiglitz-sen-fitoussi.fr/fr/index.htm) a été remis à Nicolas Sarkozy. Dans son discours, ce dernier a proposé d'introduire dans les statistiques « les services que l'on se rend à l'intérieur d'une famille », « le loisir » ou « la qualité du service public ». Il a également dénoncé la « religion du chiffre »...

 

Revirement à 180°...

Certes, il n'y a que les imbéciles qui ne change pas d'avis...mais que dire d'un tel revirement à 180° du chef de l'Etat ?

Celui qui parle à présent d'introduire le « loisir » dans les statistiques publiques n'est-il pas le même qui a été élu avec le slogan « Travailler plus pour gagner plus » ? Sa majorité parlementaire ne vient-elle pas de généraliser le travail le dimanche ?

Celui qui dénonce la « religion du chiffre » ne martelait-il pas, il y a deux ans à peine, qu'il « irait chercher la croissance avec les dents » ?

Il a mis en place la commission Stiglitz alors que l'encre du rapport de la commission Attali sur la « libération de la croissance » n'était pas encore sèche. Rappelons que l'objectif de cette commission était de faire des propositions visant à atteindre une croissance du PIB de 5% par an...

 

Le Président de la République semble désormais attaché à la « qualité du service public », mais le nombre de postes de fonctionnaires supprimés en 2010 s'élèvera à 33 754 (dont 16 000 dans l'Eduction Nationale)...après 30 600 en 2009. Fin juillet, son gouvernement  a initié le processus de privatisation de La Poste. ... Est-ce comme cela que l'on traduit dans les faits l'attachement au service public ?

 

Comme pour enfoncer le clou, Henri Guaino (le 15 septembre sur France Inter) a dénoncé une vision du monde erronée : « Cela nous amené à valoriser des contre-modèles et des contre-performances pendant des années et donc à prendre des décisions de politique économique, de politiques sociale qui étaient profondément erronés...Si vous prenez le modèle d'une économie où les gens ne conservent leur consommation qu'au prix d'un endettement toujours plus important, vous vous trompez parce qu'à un moment donné, cette illusion va se déchirer et à un moment donné les ménages vont payer la facture. Regardez aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Espagne... »

 

Qui était le principal promoteur de ces « contre-modèles » ? On a du mal à le croire aujourd'hui, mais voilà ce qu'écrivait Nicolas Sarkozy dans son programme présidentiel (http://www.u-m-p.org/propositions/index.php?id=credit_hyp... ):

« Les ménages français sont aujourd'hui les moins endettés d'Europe. Or, une économie qui ne s'endette pas suffisamment, c'est une économie qui ne croit pas en l'avenir, qui doute de ses atouts, qui a peur du lendemain. C'est pour cette raison que je souhaite développer le crédit hypothécaire pour les ménages (...) »

 

Danger pour la démocratie...

Le président s'est également élevé contre « un système fondé sur des moyennes », « car la moyenne, c'est une façon de ne jamais parler des inégalités ». Avec son aplomb habituel, Nicolas Sarkozy semble découvrir la pierre philosophale. Comme si les mesures des inégalités n'existaient pas déjà, comme si personne avant lui ne s'en était inquiété...et comme si les politiques économiques, fiscales et sociales menées par sa famille politique n'avaient pas contribué à les exacerber !

Pour la vulgate libérale, les inégalités n'étaient pas considérées comme un facteur de frustration et de délitement du contrat social, mais comme un facteur de motivation pour les plus pauvres ! La crise économique actuelle remet seulement les pendules à l'heure.

 

« Dans le monde entier, les citoyens pensent qu'on leur ment, que les chiffres sont faux et pire, qu'ils (les chiffres) sont manipulés », a encore affirmé Nicolas Sarkozy, « rien n'est plus destructeur pour la démocratie ».

Ce qui est destructeur pour la démocratie, c'est l'affirmation de convictions aussi tranchées qu'éphémères. Car, ne nous y trompons pas, le revirement du Président n'est que purement cosmétique. Il s'agit de s'adapter à l'air du temps et de faire croire qu'en changeant de thermomètre, la maladie paraîtra moins grave...sans bien sûr changer les remèdes.

 

PP

 

Pour information, voici les douzes recommandations principales du rapport Stiglitz:

1 - Pour mesurer le bien-être, regarder les revenus et la consommation

Le PIB mesure essentiellement la production marchande, ce qui fait un indicateur utile, mais il est souvent utilisé comme un indicateur de "bien-être économique", or les revenus peuvent décroître quand la production croit, et inversement.

2 - Refléter la réalité "vue des ménages"

Il faut prendre en compte les impôts, les intérêts d'emprunts mais aussi la valeur des services en nature fournis par l'Etat (éducation, santé...).

3 - Refléter le patrimoine d'un pays

Faire en sorte que les pays disposent, à l'image des entreprises, d'un "bilan" (avec actif et passif), en plus de leur "compte de résultat"

4 - Analyser comment sont répartis les revenus

S'éloigner de la référence au revenu moyen et lui préférer celle de revenu médian (celui de la personne au milieu si l'on sépare une population en deux groupes égaux)

5 - Prendre en compte les activités non marchandes (garde des enfants par exemple) et ne pas se limiter à celles qui font l'objet d'une rémunération

6 - Affiner les mesures chiffrées de la santé, de l'éducation, des activités personnelles


7 - Analyser en profondeur les inégalités et leur évolution


Evaluer les inégalités entre catégories socio-économiques, mais aussi en entre sexes ou entre générations

8 - Qualité de la vie: qu'est-ce qui influe sur quoi ?


Mettre en exergue les interactions entre les différents aspects de la vie grâce à des enquêtes d'opinion

9 - Proposer des indices statistiques chiffrés permettant de refléter les différentes dimensions de la qualité de vie


10 - Intégrer la dimension subjective dans les statistiques

Intégrer dans les statistiques des données reflétant l'évaluation que chacun fait de sa vie, de ses expériences, de ses priorités

11 - Intégrer la "soutenabilité" du bien-être


Cette recommandation doit permettre de répondre à la question: le niveau actuel de "bien-être" pourra-t-il être augmenté, ou au moins maintenu, pour les générations à venir ?

12 - Développer un ensemble d'indicateurs environnementaux


Ils doivent en particulier permettre d'indiquer clairement dans quelle mesure nous nous approchons de seuils dangereux (hausse des températures de la planète ou épuisement des ressources mondiales de poissons par exemple).

07:44 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : impôts, inégalités, sarkozy, finance, crise, libéralisation | | |  Facebook | | |

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