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23 septembre 2009

Des indicateurs et des hommes

Je reviens sur la nouvelle préoccupation du chef de l'Etat : la mesure de la performance économique et du progrès social (cf rapport Stiglitz), notamment grâce à de nouveaux indicateurs. Il s'agit notamment de s'affranchir du sacro-saint PIB.

 

Avec le zèle des nouveaux convertis, Nicolas Sarkozy s'enflamme désormais pour le « loisir », la « qualité des services publics ».

 

Malheureusement, on peut craindre qu'il ne s'agisse simplement de nous dire : « Voyez, ça ne va pas si mal que ça. Regardez aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou en Espagne, c'est bien pire ». Alors qu'il y a deux ans à peine tous ces pays faisaient figure à ses yeux d'eldorados dont il fallait au plus vite importer les recettes miracles.

 

La mise en place d'indicateurs n'a de sens que dans le cadre d'un projet, d'une stratégie.

 

Mon métier de consultant en gestion me conduit fréquemment à accompagner des entreprises (principalement des PME) pour mettre en place des indicateurs de gestion, rassemblés dans ce que l'on appelle communément un « tableau de bord ». Les anglo-saxons parlent de « Balanced Scorecard » pour signifier que le tableau de bord ne doit pas se limiter à la prise en compte d'indicateurs exclusivement financiers, mais intégrer les aspects liés aux clients (satisfaction, fidélité,...), au process (taux de rebut, taux de panne,...) , aux salariés (turn-over, motivation, formation,...).

 

Quoiqu'il en soit, je m'empresse de rappeler à mes clients que le « tableau de bord » n'est que l'aboutissement d'une démarche, la cerise sur le gâteau  en quelque sorte. Les indicateurs sont des outils de pilotage, ils doivent permettre de mesurer l'atteinte d'objectifs et de savoir sur quoi agir pour rectifier le tir le cas échéant. Il est donc primordial de définir au préalable des objectifs, bref de savoir « vers quoi on veut aller ». Dans le cas contraire, on se fera plaisir en produisant des beaux tableaux de chiffres, des jolis graphiques...et c'est tout !

« Il n'est pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va », pour reprendre la célèbre formule du philosophe Sénèque.

 

Loin, très loin de moi l'idée de dire qu'un pays se gère comme une entreprise, mais je pense que, dans la mesure où il s'agit de permettre à une collectivité de mettre en œuvre un projet commun, on peut s'inspirer des grandes lignes de la méthodologie.

 

  1. Définir une stratégie (« vers quoi voulons-nous aller ? »)
  2. Décliner cette stratégie en objectifs opérationnels (« comment mettre en œuvre au jour le jour, concrètement, la stratégie ?»)
  3. Associer à chaque objectif un ou plusieurs indicateurs (« comment mesurer l'atteinte des objectifs ? »)
  4. Analyser les résultats et mettre en œuvre les actions correctives nécessaires (« allons-nous dans la bonne direction et sinon, que faire pour y revenir ? »)

 

Et, précisément, pour le cas de la France, c'est à la première étape que le bât blesse. En effet, il y a à peine deux ans, la direction visée était tout autre que celle qui semble se dessiner aujourd'hui. Nicolas Sarkozy vantait l'endettement des anglo-saxons, s'émerveillait devant les mesures du plan « Hartz IV » en Allemagne...bref il fallait « travailler plus pour gagner  plus » et la France « qui lève tôt » serait intraitable avec les « assistés ».

 

 

Aujourd'hui, il semblerait que nous ayons le droit de faire la grasse matinée !

Et demain, lorsque la croissance repartira, faudra-t-il à nouveau se conformer à ces « modèles » provisoirement mis entre parenthèses ?

 

Certes la stratégie ne doit pas être figée et doit prendre en compte les évolutions de l'environnement, mais elle ne doit pas non plus fluctuer au gré des aléas conjoncturels.

Il s'agit d'inscrire la société française dans le long terme en proposant des réponses claires à la question : « vers où voulons-nous aller ? ». Une fois cela tranché, la question des indicateurs sera (presque) réglée.

Se concentrer sur la seule question des indicateurs revient à focaliser l'attention sur un problème technique, en occultant la question la plus importante : la question politique.

 

Illustrons cela par un exemple : l'OCDE publie un document intitulé « Panorama de la société 2009 - Les indicateurs sociaux de l'OCDE » (http://www.oecd.org/document/56/0,3343,fr_2649_34637_3185... ) qui intègre un grand nombre d'indicateurs sur les pays membres (dont la France) classés en 5 thèmes :

  1. Indicateurs de contexte généraux
  2. Indicateurs liés à l'autonomie
  3. Indicateurs liés à l'équité
  4. Indicateurs liés à la santé
  5. Indicateurs liés à la cohésion sociale

 

Veut-on que la France soit un pays doté d'un haut niveau d'éducation ? La réponse est évidemment oui. Mais si l'on s'intéresse aux indicateurs de l'OCDE liés à la « Performance scolaire », on peut s'apercevoir de plusieurs choses inquiétantes :

  • Les performances des élèves français sont tout juste moyennes et sont en baisse (résultats des études PISA 2000 et 2006 - Indicateur SS4.1). Les inégalités de résultats entre les élèves sont, elles, plus fortes (indicateur SS4.3). 812009011P1G027.xls
  • La proportion de jeunes garçons sans emploi qui ne suivent pas d'études ou de formation est en augmentation régulière (6.7% en 2006 contre 3,5% en 1998 - Indicateur SS5.1) n812009011P1G028.xls
  • Les dépenses totales d'éducation en proportion du revenu national et sont en baisse continue (elles sont passées de 7,5% en 1995 à 7,14% en 2000, puis 6,84% en 2005 - Indicateur SS7.2) 812009011P1G030.xls

 

Cela traduit la situation d'un pays qui « baisse la garde » en matière d'éducation et de formation. La question politique est « acceptons-nous de devenir un pays de milieu de gamme ou voulons-nous mettre les moyens (pas uniquement financiers) pour assurer un bon niveau d'éducation à tous ? »

 

Ce sont les hommes, pas les indicateurs, qui trouveront la réponse...à condition de se poser les bonnes questions.

 

PP

 

Pour compléter, le point de vue de Dominique Méda (membre de la commission Stiglitz):

 

 

07:28 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sarkozy | | |  Facebook | | |

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