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30 septembre 2009

Grosse Katastrophe…

« Un jour amer pour la social-démocratie allemande »

Au soir des élections législatives en Allemagne, Frank-Walter Steinmeier le leader du SPD a été très clair : « C'est un jour amer pour la social-démocratie allemande, il n'y a aucun moyen de présenter favorablement ce résultat ». Effectivement, avec 23%, le SPD arrive très loin derrière la CDU de Mme Merkel (33,8%) qui pourra conserver son fauteuil de chancelière en faisant alliance avec les libéraux du FDP. Pour ces derniers, les solutions sont simples : dérégulation, libéralisation du marché du travail, baisse des impôts et des dépenses publiques...L'Allemagne sortira de l'ambiguïté de la « Grande coalition » et sera clairement ancrée à droite, ce qui risque au passage de poser quelques problèmes quand il s'agira de poursuivre les chantiers de régulation du capitalisme au niveau mondial.

 

L'aboutissement d'un long processus

Loin d'être un « coup de tonnerre » (pour reprendre l'expression de Lionel Jospin au soir du 21 avril 2002), le résultat du scrutin du 27 septembre est plutôt l'aboutissement un peu brutal d'un long processus.

 

Les résultats des élections législatives en Allemagne (en % des suffrages exprimés)

 

SPD

CDU/CSU

GRÜNEN

FDP

PDS/LINKE

2009

23.0

33,8

10.7

14.6

11.9

2005

34.2

35.2

8.1

9.8

8.7

2002

38.5

38.5

8.6

7.4

4.0

1998

40.9

35.1

6.7

6.2

5.1

 

Lorsqu'il arrive au pouvoir en 1998, Gerhard Schröder met en œuvre un ensemble de mesures visant à améliorer la compétitivité de l'économie allemande, le fameux « Agenda 2010 ». Le premier axe de ces mesures consiste à limiter les hausses de salaires, en mettant la pression sur les syndicats. Résultat : entre 1998 et 2008 les coûts salariaux unitaires n'ont augmenté que de 4,4% en Allemagne contre 23% en moyenne dans l'Union Européenne. Certains économistes parlent d'une « glaciation des salaires », qui n'est d'ailleurs pas sans effet sur le dynamisme de la zone euro.

Autre mesure importante : la baisse du taux de l'impôt sur les sociétés de 40% à 25%, ce qui valut à Schröder le surnom, peu enviable pour un homme de « gauche », de « Genosse der Bosse » (Camarade des patrons)...et a contribué au dumping fiscal européen.

Enfin, le point d'orgue du dispositif fut la mise en œuvre des réformes « Hartz-IV » (du nom d'un ancien DRH de Volkswagen) à partir de 2003. L'objectif principal des lois Hartz était la lutte contre le « chômage volontaire ». La mesure la plus importante fut une réduction très forte des indemnités versées aux chômeurs qui refusaient d'accepter des emplois en dessous de leur qualification. Avec cette réforme, les indemnités de chômage qui pouvaient être versées pendant 32 mois sont ramenées à 12 mois seulement.

En comparaison avec cet arsenal, la « grande coalition » de Mme Merkel ferait presque pâle figure avec « seulement » à son actif la hausse de la TVA de 16% à 19%, une nouvelle baisse du taux de l'impôt sur les sociétés à 15%, et l'âge de la retraite porté de 65 à 67 ans !

 

Le résultat le plus connu de ces politiques est l'incroyable excédent commercial de l'Allemagne : 176 milliards d'€ en 2008...à comparer aux 55,7 milliards de déficit de la France.

 

Mais cette performance apparente a coûté un très lourd tribut aux allemands : un peu plus de 6 millions de salariés ont aujourd'hui des emplois de 15 heures par semaine. Dans certains secteurs de l'économie, par exemple chez les coiffeurs, des salaires horaires inférieurs à 5 euros ne sont pas rares (il n'y a pas de SMIC en Allemagne).

 

L'Allemagne, pays le plus riche d'Europe, a découvert avec stupeur l'ampleur d'une pauvreté de masse dont elle se croyait à l'abri. Le nombre de pauvres a explosé depuis 1990, le chiffre passant de 12% à 17,3% de la population. Ce sont quelques 7 millions d'habitant qui vivent aujourd'hui de l'aide sociale minimale. Ces statistiques ont pris un tour particulièrement choquant aux yeux des Allemands avec le phénomène des enfants pauvres estimés à près de 3 millions.

 

Depuis 2000, selon l'OCDE, les inégalités de revenu ont augmenté plus vite en Allemagne que dans n'importe quel autre pays de l'OCDE. Elles ont augmenté plus vite en 5 ans (2000-2005) que dans les 15 années précédentes (1985-2000). Gerhard Schröder a dit un jour : « Je ne pense pas, ou plutôt je ne pense plus, qu'il soit souhaitable d'avoir une société sans inégalités. ». Ses souhaits semblent avoir été réalisés au-delà même de ses espérances !

 

Quelles conséquences en France et en Europe ?

A la lumière de ce qui précède, on comprend mieux l'effritement du SPD. Parmi les partis de la gauche de gouvernement européenne, c'est sans doute celui qui a poussé le plus loin la dérive social-libérale, ou plutôt libéral-socialiste. Il est le symbole de l'échec patent de cette stratégie. Les allemands ne s'y sont pas trompés en donnant à Die Linke, clairement ancré à gauche, son meilleur score historique, dans un contexte d'affaiblissement général des forces de gauche.

 

Au Royaume-Uni, il est plus que probable que le Parti Travailliste subisse une lourde défaite aux prochaines élections législatives.

 

En France, le Parti Socialiste, incapable de gagner une élection nationale depuis 1997, ne peut lui aussi échapper à une profonde remise en cause. Certes, il n'est pas allé aussi loin que son homologue allemand dans le reniement de ses principes fondateurs. On lui a d'ailleurs assez reproché, y compris en interne, son manque de « réalisme » ! Pour autant, son positionnement n'est pas satisfaisant : sa nouvelle déclaration de principe (adoptée en 2008) tourne autour du pot, se perd dans des circonvolutions alambiquées sur « l'économie de marché »...

 

La vraie rénovation passera par des positions claires sur la redistribution, les services publics, l'éducation, la protection sociale, la réorientation de l'économie vers un modèle de développement prenant en compte l'aspect social et environnemental... Des actions concrètes sont également fondamentales. En France, par exemple, le Parti Socialiste aurait pu être plus en pointe sur la votation citoyenne du 3 octobre sur le changement de statut de La Poste. Il aurait été intéressant d'organiser des réunions publiques dans chaque fédération sur les enjeux de La Poste et des services publics en général....

 

L'échelon pertinent pour changer les choses est européen. Le Parti Socialiste Européen devrait donc être en pointe pour proposer des politiques globales ambitieuses. Pourquoi ne se saisirait-il pas de l'opportunité du sommet de l'ONU sur le climat à Copenhague pour proposer une plate-forme de propositions communes ?

Pourquoi ne pas aussi lancer une grande consultation des militants de gauche au niveau européen sur les orientations politiques ? L'objectif serait de créer un vrai militantisme européen, fondement nécessaire à la victoire dans la « bataille des idées ».

 

PP

00:38 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gauche, inégalités, libéralisation | | |  Facebook | | |

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