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04 octobre 2009

Lutte contre l'absentéisme scolaire

 

A la une du « Parisien - Aujourd'hui en France » daté du 2 octobre, on peut lire « De l'argent pour les bons élèves ». Pour lutter contre l'absentéisme, « l'académie de Créteil se lance dans l'incitation financière collective. Dans trois lycées professionnels, une cagnotte de 2 000 € va être allouée à deux classes : les élèves devront s'y fixer un objectif d'assiduité. S'il est rempli, la classe pourra s'offrir en fin d'année un voyage ou le Code de la route... pour un montant de 10 000 maximum. Si cette expérience inédite se révèle concluante, le rectorat l'étendra à la moitié des lycées professionnels de l'académie. Avant généralisation ? »

 

Les réactions des quelques élèves interrogés, une fois passée la surprise et l'incrédulité, sont pleines de bon sens :

« Avec cet argent, il vaudrait mieux rénover le lycée » dit une jeune élève en classe de première « production imprimée ».

« C'est du chantage, une façon de nous infantiliser alors que l'on entre dans l'âge adulte. Ceux qui sèchent continueront à la faire ou viendront dormir en cours ! » renchérit une camarade.

 

D'un point de vue plus global, cette mesure pose la question de l'extension d'une forme de logique « marchande » et individualiste dans un secteur qui en était encore plus ou moins préservé. Même si le recteur s'en défend, il s'agit de considérer que l'absentéisme est le résultat du seul comportement de l'élève, comme si une bonne partie des difficultés rencontrées à l'école ne se nouaient pas en dehors de l'école.

 

Une étude du Ministère de l'Education Nationale datée de juin 2009 et intitulée « L'absentéisme des élèves dans le second degré en 2006-2007 » fournit des éclairages intéressants.

Au mois de mars 2007 (mars est traditionnellement le mois où l'absentéisme est le plus fort), l'absentéisme moyen dans le second degré (collèges, lycées et lycées professionnels) était de 6,5%. Mais les disparités sont fortes : 2,8 % dans les collèges, 5,8% dans les lycées et 12,6% dans les lycées professionnels. Et les moyennes, on le sait, masquent de fortes inégalités. Ainsi, toujours en mars 2007, le taux d'absentéisme ne dépassait pas 1% dans la moitié des collèges, 1,9% dans la moitié des lycées et 7,2% dans la moitié des lycées professionnels.

En revanche, dans les 10% des lycées professionnels les plus touchés par l'absentéisme, le taux s'élevait à plus de ...38,1% (16,6% pour les lycées et 6,8% pour les collèges)

 

L'absentéisme reste donc relativement limité dans la majorité des établissements, mais devient un véritable fléau dans une minorité d'établissements dont on peut penser qu'ils sont situés dans des quartiers défavorisés.

 

Dans ces quartiers, les origines de l'absentéisme sont multiples : mauvaise orientation, nécessité pour certains d'avoir un emploi pour contribuer au revenu de la famille (livraison de pizza, service dans un fast-food, manutention), sentiment de résignation dans des quartiers où le taux de chômage est très élevé...

 

On nous dit que, pour lutter contre l'absentéisme, on a « tout essayé » : des tickets de cinéma pour les bons élèves jusqu'à la suppression des allocations... Incitatives ou coercitives, il ne s'agit que de mesures individuelles qui ne doivent pas dédouaner les responsables politiques de réflexions plus globales sur le rôle et les moyens de l'Education Nationale, sur l'insertion professionnelle des jeunes, sur le développement des inégalités et leur impact sur la réussite scolaire, sur la politique de la ville...

 

 

PP

 

07:50 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inégalités, éducation | | |  Facebook | | |

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