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12 octobre 2009

Europe : au secours, Tony Blair revient !

Par Pierre HASKI (Paru sur Rue89)

Couverture de The Economist du 10 octobre 2009 (DR)..

L'hebdomadaire The Economist est réputé pour ses couvertures conceptuelles, toujours réussies. Celle-ci ne fait pas exception, et projette un message clair : aux yeux du magazine libéral britannique, seul Tony Blair peut « réveiller » une Europe endormie. Tony Blair à la tête de l'Europe ? Voici quelques bonnes raisons d'être contre...

Le timing de cette « une » n'est pas innocent : dès que (ou plutôt si...) la République tchèque ratifie le traité de Lisbonne, il sera temps de nommer les deux plus hauts responsables des nouvelles institutions européennes, le Président et le responsable de la politique étrangère. Une décision qui pourrait intervenir d'ici un mois, au plus tard à la fin de l'année.

Le nom de l'ancien Premier ministre britannique circule depuis longtemps, et a même, un temps, été mis en avant par Nicolas Sarkozy, ne serait-ce que pour créer un peu plus d'embarras à gauche. Mais, si l'on en croit The Economist, Blair, avec sa stature internationale et son expérience, est même le seul à pouvoir prétendre à ce poste si on veut « sauver » l'Europe, tous les autres n'étant, à ses yeux, que des « nains ».

Quelques raisons d'être contre

Et pourtant... En bonne objectivité britannique, l'hebdomadaire donne lui-même toutes les bonnes raisons de s'y opposer. Certaines tiennent à sa nationalité : le Royaume-Uni n'est pas membre de la zone euro, n'a pas signé les accords de Schengen de libre circulation, et s'intéresse plus au « chèque » de ristourne de sa contribution qu'aux grands enjeux de l'intégration européenne.

Mais d'autres, les principaux à mon sens, tiennent à la personnalité de Tony Blair. Le fondateur du « New Labour » a certes bénéficié un temps d'une remarquable image de marque moderniste, celle du social-démocrate qui a su réinventer la gauche. Mais qu'en reste-t-il aujourd'hui ?

Au-delà du bilan intérieur moins glorieux qu'on l'a longtemps cru, il y a l'affaire irakienne : Blair pourra-t-il faire oublier qu'il a été l'allié servile de l'administration Bush dans toute cette désastreuse expédition, y compris dans sa phase préparatoire de mensonge aux opinions publiques sur la réalité des armes de destruction massives de Saddam Hussein ? Il en a hérité le surnom de « caniche » de Bush, qui lui colle à la peau, d'abord dans son propre pays, dans son propre parti.

L'Europe a certes besoin d'une personnalité forte, visible, déterminée. Mais peut-elle se livrer à un homme politique qui s'est, à ce point, trompé, a entraîné son pays dans le désastre irakien, et a profondément divisé l'Europe ?

Echec au Proche-Orient

D'autant que, depuis, Tony Blair occupe une autre fonction : il représente l'Union européenne au Proche-Orient. Vous avez des excuses si vous ne le savez pas. Depuis deux ans, c'est comme si ce poste n'avait pas existé. Seule la réception d'un grand hôtel de Jérusalem où Blair et ses collaborateurs occupent des chambres à l'année le savent... Le résultat de cette mission est proche de zéro (« le très modeste bilan », titrait récemment Le Monde), même depuis que les Etats-Unis, sous l'égide de Barack Obama, a tenté de relancer le processus de négociation.

Bref, si on ne change pas une équipe qui gagne, on ne promeut pas un leader qui échoue. Parmi les Vingt-sept, les résistances s'organisent : les trois pays du Benelux (Belgique, Luxembourg, Pays-Bas) se sont prononcés implicitement contre la candidature du premier ministre britannique, ce qui leur vaut quelques sarcasmes de The Economist.

Quels sont les autres candidats ? La liste, il est vrai, n'est pas réellement enthousiasmante. The Economist l'égrène à souhait : on y trouve le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, le Néerlandais Jan Peter Balkenende, le Finlandais Paavo Lipponen, et, sans doute, quelques autres personnalités européennes qui ne se sont pas encore déclarées.

Le plus extraordinaire dans ce processus, c'est la discrétion dans laquelle il s'effectue. Certes, on n'en est pas encore à élire le président de l'Europe au suffrage universel, mais on apprécierait un peu plus de lumière et de transparence dans la désignation de celui qui, au bout du compte, parlera au nom de toute l'Europe avec une autorité inégalée jusqu'ici. Merci à The Economist d'avoir permis de lancer publiquement le débat !

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14:15 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : europe | | |  Facebook | | |

Commentaires

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Écrit par : TonyGer | 15 octobre 2009

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