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15 octobre 2009

Petit échange

J'ai eu, ces jours-ci un petit échange par e-mail avec Philippe Frémeaux (rédacteur en chef d'Alternatives Economiques) au sujet de l'un de ses articles paru sur le site internet d'AlterEco.

Voici d'abord l'article en question, puis ma réaction, la réponse de Philippe Frémeaux et...ma réponse à sa réponse!

Après France Télécom, la Poste ?

La transformation de France Télécom s'est faite au prix d'une grande souffrance pour ses salariés. Pour éviter le même sort à ceux de la Poste, il faut développer une vraie gestion des emplois et des compétences, et demander à l'Etat d'en assumer le coût.

Deux évènements récents, apparemment sans lien entre eux, méritent d'être rapprochés : le départ forcé de Louis-Pierre Wenes, le directeur général adjoint de France Télécom suite à la vague de suicides qu'a connue l'entreprise, et le succès de la votation citoyenne sur le statut de la Poste. Tandis que les salariés de la Poste protestent contre le changement de statut, ceux de France Télécom révèlent la part d'ombre d'une modernisation sociale mal gérée. L'enjeu aujourd'hui est d'éviter aux premiers la souffrance infligée inutilement aux seconds.

France Télécom et la Poste sont toutes deux issues de l'ancien ministère des Postes, Télégraphes et Téléphones et emploient, de ce fait, en dépit de leur statut industriel et commercial, des salariés bénéficiant du statut de la fonction publique. Elles ont également en commun d'avoir été ou d'être confrontées à de profondes mutations du cadre économique dans lequel elles opèrent. Dans les deux cas, les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, ont constamment menti aux salariés de ces entreprises afin d'éviter d'engager des négociations sérieuses sur le nécessaire accompagnement des transformations auxquelles ils allaient nécessairement être confrontés.

France Télécom - Orange pour ses actionnaires - est sans doute une des entreprises françaises qui a le plus changé en quarante ans. Qui se souvient aujourd'hui qu'au début des années 70, il fallait trois ans pour avoir une ligne téléphonique à Paris, alors qu'au même moment, à New-York, AT&T l'installait en moins de 24 heures ? Depuis, la poussiéreuse Direction générale des télécommunications (DGT) s'est transformé en un service public moderne, avec une forte culture technique. Elle avait contribué à l'émergence d'Alcatel, un temps leader mondial des équipements de télécoms. Au total, les fonctionnaires de l'ex-DGT n'ont donc pas démérité.

L'évolution technologique qui a suivi a provoqué une explosion de l'offre de service - désormais, le chiffre d'affaires de la téléphonie mobile dépasse celui du téléphone fixe - et permis des gains de productivité exceptionnels, diminuant d'autant les besoins de main-d'œuvre technique. Elle a aussi rendu possible l'ouverture à la concurrence et contribué à la rendre légitime, du fait de la diversité et du poids économique croissants des services liés aux télécoms. Du coup, les opérateurs historiques, comme France Télécom, se sont non seulement trouvés en situation de sureffectif, mais ont dû également rompre avec la culture technique d'hier au profit d'une logique plus directement commerciale.

Cette mutation s'est opérée dans la douleur. En effet, l'ouverture du capital de l'entreprise décidée par le gouvernement Jospin ne s'est accompagné d'aucune négociation sur le statut du personnel. La direction, incapable de gérer les effectifs et obsédée par la rentabilité, a progressivement développé des modes de management qui cumulent le pire du public comme du privé : autoritarisme bureaucratique, mutations forcées, objectifs individualisés, tout a été fait pour casser les collectifs de travail, pousser les agents à la démission, les rendre coupables de ne jamais en faire assez pour s'adapter à une mutation à laquelle ils n'avaient pas été préparés.

Le même scénario est en train de s'écrire dans le cas de la Poste. La Poste, ne nous leurrons pas, est déjà en situation de concurrence sur la plupart de ses activités : dans le domaine bancaire, où c'est plutôt elle qui taille des croupières à ses concurrentes ; dans le domaine de la messagerie, des colis, du courrier express. Seul le courrier de base demeure soumis au monopole, mais cette activité de base est en déclin rapide. Nos boites aux lettres ne contiennent plus que des factures et relevés divers qui commencent déjà à transiter par l'Internet. Prétendre dans ces conditions que tout pourrait continuer comme avant est un mensonge. Il faut certes maintenir le lien social dans nos campagnes, mais il n'est pas sûr que la présence de milliers de bureaux de poste sous-employés soit la meilleure façon d'y parvenir. Et ce n'est pas ainsi que la Poste relèvera les défis auxquels elle est confrontée sur les segments de marché où elle est déjà en concurrence.

Quant au débat sur le statut de l'entreprise, dans le contexte actuel il n'est qu'un épiphénomène. Il faut assurément ouvrir un débat national sur le service universel auquel chacun doit pouvoir accéder en tout point du territoire, sans surcoût excessif pour la collectivité. Il faut ensuite se donner les moyens de l'assurer de manière efficace et solidaire. C'est notamment un enjeu majeur pour l'acheminement des journaux et magazines. Mais surtout, il faudrait développer une vraie gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, et demander à l'Etat d'en assumer le coût, sinon les salariés de la Poste connaîtront demain le même sort que leurs collègues de France Télécom, si ce n'est pas déjà le cas.

Mon commentaire

Je ne pense pas, comme vous le dîtes, que le débat sur le statut soit un "épiphénomène".

Ce n'est sûrement pas par hasard si le gouvernement à choisi de prendre la question par cet angle !

S'il est incontestable que la poste doit évoluer pour tenir compte des changements dans les comportements des usagers (internet, ...), il est primordial que la poste reste un service public contribuant à l'aménagement du territoire (pourquoi ne pas utiliser le maillage des bureaux de poste pour faire des "maisons des services publics"?).

Le changement de statut est le prélude à une privatisation à plus ou moins long terme (cf France telecom, GDF). Même encadrée par des conventions de service public, la privatisation reviendrait à transformer un monopole public en quasi-monopole privé. Je ne vois pas pourquoi les bénéfices iraient à des actionnaires privés au lieu de servir à investir pour l'intérêt général (cf. les autoroutes).

Voilà pourquoi je pense que le changement de statut n'est pas un "épiphénomène".

 Réponse de Philippe Frémeaux

Epiphénomène, le mot est un peu fort, je vous l'accorde. Ce qui m'énerve, c'est que le débat sur le débat sur le caractère public ou non des entreprises, dans les services publics employant des salariés sous statut, aboutit souvent à occulter le débat sur ce que doit être le service assuré aux usagers. Enfin, en l'occurence, s'il y a création d'un monopole privé pour la poste, il sera bien limité dans la mesure où l'essentiel de son activité est d'ores et déjà soumise à la concurrence. La question est plutôt de savoir combien nous sommes prêts à payer pour maintenir un service universel de qualité en tout point du territoire.

Mais l'essentiel de mon propos était ailleurs : je voulais dénoncer l'hypocrisie de gouvernement, de gauche comme de droite, qui mentent sur les évolutions à venir, et imposent au management une injonction paradoxale : conserver des dizaines de milliers de fonctionnaires d'Etat et faire des profits en s'adaptant à des mutations du cadre économique hyper rapides...

Ma réponse

Vous dîtes : « je voulais dénoncer l'hypocrisie de gouvernement, de gauche comme de droite, qui mentent sur les évolutions à venir, et imposent au management une injonction paradoxale : conserver des dizaines de milliers de fonctionnaires d'Etat et faire des profits en s'adaptant à des mutations du cadre économique hyper rapides»

Je ne vous ferai bien sûr pas l'injure de vous mettre dans le même sac que les pontes de l'UMP qui expliquent la vague de suicides à France Telecom par les « mutations technologiques » auxquelles a dû faire face l'entreprise. Selon eux les salariés encore sous statut de fonctionnaire auraient eu du mal à s'adapter au nouveau rythme de travail. Ils n'auraient pas supporté la fin de la « pêche aux moules », comme le dit si élégamment Didier Lombard !

En l'occurrence, il semblerait que les problèmes de France Telecom ne viennent pas du fait que cette entreprise doive « conserver des dizaines de milliers de fonctionnaires d'Etat », mais au contraire qu'elle cherche à les faire partir.

Pour reprendre l'exemple de La Poste, il y avait en 2002 environ 214700 fonctionnaires pour 108 000 salariés de droit privé. En 2008, il n'y avait plus que 154 700 fonctionnaires pour 117 400 salariés de droit privé.

Je ne suis pas en train de dire que les fonctionnaires sont des sur-hommes pénétrés du sens de l'intérêt général alors que les salariés du privé seraient juste préoccupés de faire bouillir leur marmite.

Seulement, les fonctionnaires ont encore, du fait de la sécurité que leur apporte leur statut, le sens du collectif (qui confine au corporatisme dans certains cas) et sont encore capables de faire entendre des revendications. Plutôt que de voir cela comme un privilège exorbitant, il faudrait renverser la question et chercher à lutter contre la dégradation des conditions de travail des salariés du privé.

Théoriquement, en quoi le statut de fonctionnaire serait-il incompatible avec l'évolution de l'entreprise dans un contexte concurrentiel ?

 

D'un point de vue plus global, concernant les services publics, je ne pense pas que la question du statut de l'entreprise soit indifférente. Pour être clair, je ne crois pas à l'efficacité de la délégation de service public.

Même encadré par des conventions précises, le prestataire aura toujours un avantage sur son donneur d'ordre : il connaît ses coûts de revient et ses marges. Cette asymétrie d'information peut conduire à la captation de rentes indues, aux bénéfices des actionnaires du prestataire et au détriment de la collectivité.

Selon le rapport de la Cour des comptes de 2008, les partenariats publics-privés se révèlent « plus onéreux à moyen et long terme ».

On peut citer également la relative incapacité des acteurs privés, obsédés par le court-termisme des marchés, à se projeter dans le futur et à investir en conséquence (cf. le système européen de navigation Galiléo qui devait être financé par des investisseurs privés et qui doit être repris par les Etats en raison de la frilosité des investisseurs privés, cf. les déficiences d'investissement d'entretien des chemins de fers privés britanniques...).

Cela ne doit pas nous dispenser pour autant d'une réflexion sur le périmètre des services publics, que ce soit au niveau local, national ou européen.

 

A suivre ?

 

PP

08:01 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | | |  Facebook | | |

Commentaires

Bonjour à tous,

J’ai pu remarquer sur un site dédié aux fonctionnaires tous les avantages et les offres qui étaient offert aux fonctionnaires. Tant au niveau financier qu’au niveau lucratif ! Très intéressant car souvent nous, fonctionnaire nous en avons pas connaissance ! http://www.planete-fonctionnaire.com

Écrit par : vincent | 15 octobre 2009

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