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16 octobre 2009

Crédit renouvelable : on ne change rien (ou presque)...

Ce lundi, Christine Lagarde a présenté deux nouvelles mesures pour lutter contre le surendettement.

 

  • Étendre l'accès des commissions de surendettements aux propriétaires : à l'heure actuelle, la procédure de surendettement n'est pas ouverte aux ménages propriétaires de leur logement, les établissements bancaires leur proposant la vente de leur bien immobilier pour se sortir de leurs difficultés financières. Mais, a souligné la ministre, «dans l'urgence, ils peuvent être amenés à brader leur bien, sans négociation» et rencontrer des difficultés pour se reloger.

 

  • L'interdiction des intérêts intercalaires : certaines banques profitent de la période transitoire, entre le moment où le passif est arrêté et le moment où le plan de désendettement est homologué, pour facturer des frais supplémentaires. «Ce n'est pas juste, a estimé Christine Lagarde, au micro de BFM. Quand un passif a été arrêté, on doit s'en tenir là». Une fois le projet de loi devenu définitif, cette pratique ne sera plus permise.

 

En revanche, rien de sérieux pour encadrer le crédit-revolving (crédit renouvelable).

«Si le crédit renouvelable est utilisé de manière responsable, il est utile», a déclaré la Ministre au micro de la radio BFM.

 

Les associations de défense des consommateurs ne sont pas convaincues. «On améliore la situation des malades, mais on n'empêche pas qu'ils soient malades», a regretté Alain Bazot, président de l'UFC-Que Choisir, interrogé par l'Associated Press. «Christine Lagarde fait de la communication», car «elle ne veut pas remettre en cause la prépondérance massive du revolving par rapport à d'autres formes» de crédit, a déploré Alain Bazot qui juge la situation «désastreuse».

 

Pour Familles de France, c'est «un projet de loi trop timide» qui «ne changera rien». «On était pour l'interdiction complète sur les lieux de vente» du crédit renouvelable, car les «professionnels de crédit ne sont pas formés pour donner les informations utiles aux consommateurs pour emprunter en toute connaissance de cause». Et «on voulait un distinguo entre carte de crédit et carte de fidélité».

 

 

Interrogé par Le Figaro, l'économiste Nicolas Bouzou déclare : « Le crédit renouvelable  tient une place importante dans plusieurs pays d'Europe, mais il n'y a qu'en France que le débat se focalise autant sur le crédit renouvelable. Pourtant, on lui donne une importance qu'il n'a pas en réalité. Le crédit renouvelable représente en effet 20,3% de l'encours des crédits en France contre 27,5% au Royaume-Uni ou 56,3% aux Pays-Bas. Pire : la part de l'encours de prêts renouvelables dans les crédits à la consommation en France a tendance à reculer depuis plus de 10 ans. Certes, en Belgique, seulement 8% de l'ensemble des crédits sont des crédits renouvelables, mais cela s'explique en grande partie par la réglementation de la publicité en matière de crédits qui est plus stricte en Belgique. »

 

Qu'est-ce que le crédit renouvelable ?

 

L'établissement de crédit met à votre disposition une réserve d'argent dont vous allez pouvoir user en totalité ou partiellement, comme bon vous semble, dans la limite de ce plafond. Ce produit s'accompagne de mensualités de remboursement légères qui permettent une reconstitution automatique de la réserve, laquelle est toujours réutilisable.

 

Il en est de même pour les cartes distribuées par la plupart des grandes enseignes de magasin. Elles permettent principalement de bénéficier de réduction en cas d'achat mais sont, dans la plupart des cas, des réelles cartes de crédit. Dès lors qu'un règlement ou un retrait est effectué, le crédit est ouvert, à moins de rembourser immédiatement ou en fin de mois.

 

Inégalités face au crédit...

 

Souscrire un crédit revolving revient à se jeter dans l'inconnu: par exemple, si vous demandez une "réserve d'argent" d'un montant de 1 000 euros à Finaref, vous ne remboursez que 40 euros par mois, un montant qui semble supportable. Mais rien n'est dit sur le nombre de mois durant lesquels vous devrez vous acquitter de cette somme... Normal, les taux étant variables - ils changent tous les trois mois en fonction de l'évolution des conditions du crédit -, la durée des remboursements est régulièrement réajustée. En revanche, dans tous les cas, elle sera longue, très longue. La faiblesse des mensualités, pour allécher l'emprunteur, conduit à allonger fortement la durée de remboursement. Et compte tenu du niveau des taux pratiqués, le capital n'est remboursé que très lentement, puisque l'essentiel des mensualités sert à payer des intérêts.

 

Avec la crise, davantage de ménages, victimes du chômage ou confrontés à une dépense imprévue, risquent de recourir au crédit revolving: « de plus en plus, on constate que les ménages ont recours au crédit pour répondre à leurs besoins de base et remplir leur chariot », affirme Serge Maître, de l'Association française des usagers des banques (Afub). Mais pourquoi ne pas faire appel aux autres formes de crédit à la consommation, qui proposent le plus souvent des taux bien moindres? Si certains ménages le font pour des raisons de facilité, la plupart n'ont pas le choix: 15% des ménages n'ont accès qu'à ce type de crédit. Si un jeune couple de diplômés, tous deux en contrat à durée indéterminée, peut accéder à un prêt personnel au taux de 6% pour acheter une voiture d'occasion, un couple du même âge en emploi précaire n'aura accès qu'au crédit revolving à 16%.

 

En 2007, 95% de ces crédits avaient un taux d'intérêt supérieur à 16% lors de leur ouverture et près de 43% des taux d'intérêt de ces crédits étaient supérieurs à 19%. Des chiffres très proches du taux de l'usure, actuellement aux alentours de 21%.

 

La part de ce type de crédits dans l'encours du crédit à la consommation a tendance à reculer, mais ce sont principalement les classes populaires qui y ont recours. Et d'après les chiffres de la Banque de France, 85,5% des ménages en situation de surendettement sont titulaires au minimum d'un crédit renouvelable.

 

 

« Si le crédit renouvelable est utilisé de manière responsable, il est utile » nous dit Mme Lagarde.

« On lui donne une importance qu'il n'a pas en réalité » renchérit Nicolas Bouzou...

Circulez, y a rien à voir !

Mais, comme d'habitude, on voit bien qu'en creusant un peu, les choses sont un peu complexes que ça. En effet, il est difficile d'avoir une utilisation « responsable » lorsqu'on est pris à la gorge et que l'on est assailli par des offres toujours plus alléchantes (taux promotionnels, remboursement différés, faibles mensualités...). Certes le crédit renouvelable ne représente « que » 20%  du total des encours de crédit à la consommation, mais il est concentré sur les classes populaires qui n'ont pas d'autres choix pour accéder au crédit.

 

Voilà pourquoi, il serait nécessaire d'encadrer plus sévèrement ce genre de pratiques et de prendre des mesures en faveur de l'accession au crédit à moindre coût pour les classes populaires.

 

PP

13:33 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inégalités | | |  Facebook | | |

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