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09 novembre 2009

Taxe professionnelle : le mirage de l'impôt indolore

Par Guillaume DUVAL - Rédacteur en chef d'Alternatives Economiques.

 

Depuis 25 ans, on cherche à rendre la taxe professionnelle indolore, mais c'est une illusion. Si on veut que les entreprises disposent d'infrastructures de qualité sur les territoires, il faut bien que leur activité les finance.

 

 

Le feuilleton de la Taxe professionnelle (TP) dure déjà depuis plus d'un quart de siècle : c'est en effet en 1983 que le président François Mitterrand avait jugé qu'il s'agissait là d'un « impôt imbécile ». Il faut dire que les recettes perçues par les collectivités locales au titre de cet impôt étaient passées de 0,8 % du PIB en 1979 à 1,4 % en 1984, soit une hausse de 75 % en l'espace de cinq ans seulement... Depuis lors tous les politiques se sont lancés dans la quête du Graal : comment rendre indolore cet impôt ? Une quête vouée à l'échec.

 

Dans un premier temps on avait reproché surtout à la TP de pénaliser l'emploi. Du coup, en 1999, le gouvernement de Lionel Jospin avait supprimé la part des salaires incluse dans l'assiette de cet impôt. Résultat : suite à cette réforme, entreprises d'intérim et sociétés de nettoyage ne payaient plus grand-chose. Les hauts fourneaux, les usines chimiques, EDF, la SNCF...  continuaient par contre de payer plein pot puisque cet impôt n'était plus assis désormais que sur les investissements matériels : terrains, bâtiments, machines... D'où le nouveau reproche (parfaitement justifié désormais) : cet impôt est discriminatoire vis-à-vis des entreprises industrielles. Il les incite en effet à délocaliser leurs activités, et gêne particulièrement les sociétés qui souhaiteraient investir pour se développer. D'où la suppression en 2004 de la TP sur les nouveaux investissements puis aujourd'hui sur tous les investissements...

 

Et, oh surprise, on se rend compte que quand il n'y a plus d'impôt, on ne risque certes plus de pénaliser ni l'emploi ni l'investissement. Mais il n'y a plus non plus de recettes pour financer les infrastructures matérielles et immatérielles dont les entreprises ont absolument besoin pour fonctionner sur un territoire donné. Ni d'intérêt pour une collectivité de chercher à accueillir chez elles des entreprises qui polluent, font du bruit, attirent les camions sans même souvent employer en majorité des habitants de la commune...

 

 

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Moralité : assez de démagogie. L'impôt indolore n'existe pas et si on souhaite que la France conserve une qualité d'infrastructures et de services collectifs élevée (une condition d'ailleurs pour espérer attirer les entreprises dans le pays), il n'y a pas d'autre choix que d'accepter d'y consacrer une part significative des richesses produites par les entreprises. Et sur ce plan, la base large associant salaires et investissements de la Taxe professionnelle d'avant 1999 était en fait la bonne. C'est d'ailleurs ce que le gouvernement est progressivement en train de redécouvrir, au fur et à mesure de ses reculs face à la révolte des élus locaux. Sa proposition de nouvelle « contribution économique territoriale » est en effet fondée sur la valeur ajoutée des entreprises, c'est-à-dire pour l'essentiel la somme de leurs coûts salariaux et de l'amortissement de leurs investissements. Retour à la case départ donc. A condition toutefois que le taux de cette contribution de remplacement soit suffisamment élevé et que toutes les entreprises soient bien concernées afin que les rentrées atteignent le niveau de feue la taxe professionnelle. Ce qui n'est pas encore le cas pour l'instant...

09:16 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : impôts, fiscalité | | |  Facebook | | |

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