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10 novembre 2009

Identité socialiste

Malek Boutih (membre du Bureau National du Parti Socialiste et ancien secrétaire national chargé des questions de société) a donné il y a une quinzaine de jours une interview à VSD.

 

Question : «Pourquoi la gauche ne doit-elle pas gagner la prochaine présidentielle ? » 

Réponse de Malek Boutih : « Ce serait une impasse. D'abord, nous ne sommes pas en mesure de l'emporter en 2012 et si on y parvenait, ça pourrait nous détruire encore plus. »

 

Question : « Faut-il, malgré tout, présenter un candidat face à la droite ? »

Réponse de Malek Boutih : « Oui, même si aujourd'hui à deux ans du début de la campagne, on n'en a toujours pas. Mais je propose plutôt que le PS et la gauche se concentrent sur les législatives. »

 

En tant que militant PS « de base », ces déclarations m'ont fait bondir.

 

On le sait, lorsqu'un dirigeant socialiste s'exprime, cela n'engage bien souvent que lui. D'habitude c'est regrettable, mais dans ce cas précis on ne peut que s'en réjouir. En effet, ce serait dramatique pour la démocratie que le principal parti d'opposition jette l'éponge avant même de combattre ! « ça pourrait nous détruire encore plus » déplore Malek Boutih. Et cinq ans de plus de gouvernement de droite, n'est-ce pas un risque plus grave pour la France et les français ?

 

Mais ces déclarations sont à mon avis révélatrices de l'état d'esprit qui règne au sommet du PS : démobilisation, isolement et résignation.

 

On peut regretter cette dérive quasi monarchique, mais la vie politique française tourne autour de l'élection présidentielle. Que ça plaise ou non, il faut remporter cette confrontation pour espérer changer les choses. Au passage, n'oublions pas que c'est une majorité socialiste qui a voté l'inversion du calendrier électoral en 2001, renforçant le caractère central de l'élection présidentielle. A l'époque, il est vrai que la gauche avait un leader incontesté (pour quelques mois encore....).

 

Le PS n'aurait pas de candidat ? Il en aurait plutôt trop. On en a même trouvé un récemment qui serait en mesure de battre Nicolas Sarkozy ! Certes, on ne sait pas sur quel programme, ni avec quelle majorité...mais on ne va pas s'arrêter à ces détails.

 

Le PS n'aurait pas d'idée ? Pourtant il est entouré de fondations et autre think tanks qui produisent notes et études en quantité industrielles. Le Laboratoire des idées (le Lab' pour les intimes), Terra Nova, la fondation Jean Jaurès...

 

Ce qui manque vraiment au PS, c'est la cohérence, une vision de la société qui s'exprimerait en quelques lignes, quelques propositions clés.

 

Logo_PS.JPG

En ce moment où l'on réfléchit à l'identité nationale, il serait bon de réfléchir à l'identité socialiste. Qu'est-ce qui fait que l'on est socialiste ? Comment se mobiliser et convaincre si nous ne sommes pas au clair sur notre identité et les lignes directrices de la société que nous voulons ?

 

On pourrait aussi se poser la question de l'avenir même du PS en tant que parti politique. En effet, nous sommes quasi unanimes pour dénoncer la présidentialisation de la vie politique, mais nous faisons tout pour en accentuer les impacts sur la vie du parti. Récemment, les militants ont voté à une écrasante majorité le principe des primaires. Or, les primaires, c'est faire passer les individus avant le Parti et surtout avant le projet.

 

Dans un rapport de 2008 de la fondation Terra Nova, intitulé « Pour une primaire à la française » et rédigé par Olivier Ferrand et Olivier Duhamel, on peut lire ce passage instructif sur l'avenir du PS tel qu'il est vu par les promoteurs des primaires :

« La dernière réforme est liée à la réflexion programmatique. Cette réflexion ne doit plus être collective mais liée à chaque candidat : lors de la primaire, on choisit un candidat et son programme. La logique consistant à établir d'abord le programme du PS et choisir ensuite un candidat pour le porter à la présidentielle ne fait pas sens. Cela signifierait que la primaire porte exclusivement sur la personnalité, et pas sur les idées (déjà arrêtées). Cela aboutit inéluctablement à un conflit entre le programme du PS et celui du candidat. Il faut donc permettre à chaque candidat potentiel de mener sa réflexion programmatique de manière professionnelle, afin de la présenter in fine lors de la primaire. Cela passe par le renforcement des think tanks politiques liés au PS, avec lesquels les candidats pourraient librement travailler. »

Le PS est-il donc condamné à devenir un think tank parmi d'autres ?

Dans ce cas, que deviendra le rôle de militant ? Tenir des bureaux de vote pendant les primaires ?

 

Autre élément de l'identité du PS : son ancrage local. Dans le débat sur la réforme des collectivités territoriales, le PS se présente volontiers comme le parti de la décentralisation contre le gouvernement qui veut « recentraliser ».

Dans une émission de France Inter (Les questions du mercredi du 07/10/2009), Jean-Paul Huchon, président de la région Ile de France, a cru bon de déclarer que l'Etat fait « des tas de bêtises » et qu'il est « le plus mauvais gestionnaire qui soit ». Il n'a pas dit « la droite », il a dit « l'Etat ». Pour certains responsables socialistes, nous ne serions donc plus dans une opposition « gauche / droite », mais dans une opposition « Etat / régions » !

 

Agir pour nos concitoyens au plus près du terrain, dans les régions, les départements et les communes est une très bonne chose, mais il ne faut pas que cela confine à la gestion de bastions locaux...et à la transformation du PS en syndicat d'élus locaux. Dans les collectivités territoriales, nous pouvons « adoucir » les effets dévastateurs des politiques nationales. Mais il faut être lucide : nous ne changerons vraiment les choses en profondeur que si nous gagnons le pouvoir national c'est-à-dire la présidentielle.

 

Pour cela, il faut être au clair sur ce que nous sommes et où nous voulons aller ensemble, bref sur l'identité socialiste...

 

 PP

10:02 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : ps, gauche | | |  Facebook | | |

Commentaires

Être membre d'un parti ce n'est pas avoir une identité. C'est uniquement avoir une carte du parti dans la poche. Avoir une identité c'est avoir une philosophie commune. C'est par là qu'il faut commencer.
Faut-il bricoler ce qui existe. Ce qui existe est-il encore bricolable ou faut-il passer à autre chose de tout à fait différent. Le moment est-il venu de procéder à une mutation historique ?
http://associations.midiblogs.com

Écrit par : JOINVILLE | 10 novembre 2009

"Avoir une carte dans la poche" n'est qu'une contingence administrative.
Être membre d'un parti, c'est (ou ça devrait être) partager un ensemble de valeurs, une vision commune de la société.

Si je milite au PS, c'est parce que je crois que la solidarité est plus efficace et plus juste que la concurrence de tous contre tous.

Cordialement

Écrit par : Pierre POLARD | 12 novembre 2009

Bonjour,
SOLIDARITÉ. Voilà le mot qu'il faut ajouter à la devise de notre république.
LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ SOLIDARITÉ
Je ne vous reproche pas de militer au PS. Mais un parti est une force politique. Ce n'est pas une force morale. En politique il y a des hauts et des bas, des succès et des échec, des erreurs.... et des retournements. C'est donc le domaine du précaire et de l'éphémère. Il faut une pensée de référence qui soit une force morale à la fois stable et porteuse d'une dynamique d'évolution. Selon moi cette force morale n'existe pas, et sans cette force morale rien de durable ni de valable ne sera possible.
Notre civilisation étant le produit des religions, pour entrer dans une ère tout à fait nouvelle il faut nécessairement promouvoir une civilisation supérieure. Avec une autre philosophie que les philosophies religieuses dominantes. Cela prendra du temps mais il n'y a pas une minute à perdre.
J'espère m'être fait comprendre.

Écrit par : JOINVILLE | 13 novembre 2009

Un parti politique est avant tout une machine électorale ayant pour but de porter ses dirigeants au pouvoir. Y voir autre chose c'est aller au-devant de désillusions.

Écrit par : JOINVILLE | 15 novembre 2009

Cet aspect est effectivement à ne pas négliger. Pour changer les choses, il faut en effet accéder au pouvoir. Il n'est donc pas illégitime que cela soit un des buts d'un parti politique.
Mais le pouvoir n'est pas une fin en soi, il doit être au service d'un projet pour l'intérêt général.
C'est l'autre vocation majeure d'un parti : élaborer un projet pour la société.
Il est vrai qu'au PS, on a un peu oublié (surtout nos dirigeants) ce détail !!

Cordialement

Écrit par : Pierre POLARD | 16 novembre 2009

Le rôle d'un parti est d'élaborer un programme et non un projet de société. Or les programmes établis AVANT les élections on sait ce qu'ils deviennent APRÉS les élections. Les programmes sont faits pour allécher les électeurs.
Un programme de parti c'est un catalogue de la Redoute.
Un projet de société est une démarche philosophique devant être effectuée en dehors des partis. Le rôle du ou des partis étant ensuite de le mettre en oeuvre. Si la gauche pédale de plus en plus dans la semoule et ça peut durer encore longtemps, c'est parce qu'il n'y a à gauche aucune autorité morale qui ait la confiance du peuple.
Tant que nous aurons à gauche des partis se voulant totalitaires au sens de "Je suis une totalité. Je dois être seul à PENSER et à FAIRE" et qui ne voudront aucune autorité à côté qui leur fasse de l'ombre, qui ne voudront pas partager les rôles, il n'y aura aucune évolution possible.
J'attends que l'on me démontre le contraire mais ça peut durer logntemps/

Écrit par : JOINVILLE | 18 novembre 2009

Un programme politique doit s'appuyer sur une vision de la société.
Cette vision doit s'appuyer sur des points de vue différents : philosophes, militants associatifs et syndicaux, scientifiques... Le programme politique doit ensuite décliner cette vision en mesures concrètes.
La mise en oeuvre de ces mesures contribuera à faconner la société. Par exemple, lorsqu'on a créé la Sécurité Sociale, c'était une mesure politique, pourtant elle contribue à créer une socété plus solidaire, où le risque est mutualisé. Des décisions politiques pourraient favoriser la création de coopératives (Scop), cela modifierait le rapport au profit et contribuerait à changer la société.
Mais, je vous l'accorde, les partis politiques ne tiennent pas toujours leurs promeses. Comme toute organisation humaine, ils ne sont pas parfaits et sont tributaires des passions, des défauts de ceux qui les composent...Le PS en est un triste exemple aujourd'hui!
Pour autant je ne vois pas trop par quoi les remplacer.

Écrit par : Pierre POLARD | 19 novembre 2009

La gauche a beaucoup de stars et pas de généraux.

Écrit par : JOINVILLE | 21 novembre 2009

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