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02 décembre 2009

Thomson, otage de la sophistication financière

La restructuration de la dette du groupe attend les résultats d'une opération inédite sur des produits dérivés.

Par Bertille Bayart, Le Figaro.

Décidément, la banque de papa appartient au passé. La sophistication financière, qui a incontestablement permis à un plus grand nombre d'entreprises d'accéder aux financements, crée, avec la crise, des situations incroyablement complexes. Thomson, engagé depuis le début de l'année dans la renégociation de ses 2,84 milliards d'euros de dette, en fait en ce moment l'expérience.

Le groupe français a le «privilège» de faire l'objet d'une première mondiale : il étrenne une toute nouvelle procédure, mise en place par les professionnels des produits dérivés et joliment baptisée Small Bang Protocol. Car, les difficultés de Thomson n'étant pas nouvelles, sa situation financière a suscité une spéculation intense et l'émission d'un volume estimé à 60 milliards d'euros (en valeur brute) de credit default swaps (CDS), des produits dérivés qui assurent leur porteur contre une défaillance de la société.

À la demande d'un investisseur, la profession a déclaré que l'accord de restructuration de sa dette bouclé par Thomson fin juillet était un «événement de crédit», activant les CDS. Ce jeudi, les porteurs de CDS et ceux qui les leur ont vendus confronteront leurs estimations de la valeur de ces titres, dans le cadre d'un processus d'enchères inédit. Mais, s'agissant d'une première, personne ne se risque à pronostiquer un résultat.

 

Aréopages diversifiés

 

Dans le meilleur des cas, indique une source proche du dossier, les CDS seront «purgés» car ils auront tous été apportés à l'enchère. Cette hypothèse favorable aurait un grand mérite : Thomson saurait enfin à qui il a affaire. Car, dans le cadre de la restructuration de sa dette, le groupe avait face à lui des créanciers classiques - typiquement des banques qui lui ont prêté de l'argent et pour lesquelles un défaut de paiement se traduit immédiatement par une perte - et des créanciers en fait désintéressés parce que leur créance était couverte par des CDS. Si les produits dérivés sont effectivement purgés, Thomson n'aura plus comme interlocuteurs que les véritables porteurs de sa dette, exposés à son risque de crédit. Dès lors, la signature définitive de l'accord de restructuration ne devrait pas poser trop de difficultés.

Le cas Thomson, largement commenté dans le petit cercle des professionnels du crédit et des dérivés, témoigne de la façon dont les restructurations financières ont évolué ces dernières années. Le cas d'une entreprise s'asseyant à la table des négociations face aux représentants d'un syndicat bancaire est devenu théorique. En pratique, les groupes débiteurs se frottent à des aréopages diversifiés. Les porteurs d'obligations et les banques ne sont plus les seuls créanciers, puisque les uns et les autres sont susceptibles d'avoir revendu leurs créances, notamment à des hedge funds et le cas échéant à un prix décoté. Dès lors, autour de la table, tout le monde n'a pas le même prix de revient, ce qui peut induire un prix différent. Pis, par le jeu des CDS, certains créanciers sont immunisés... Dans certains cas, ils ont même financièrement intérêt à ce que la société dépose le bilan ! Une telle complexité présente le risque de ralentir le processus, alors même que le temps est toujours un facteur clef du succès des opérations de restructuration financière.

07:34 Publié dans Actualités, Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : finance, crise, libéralisation | | |  Facebook | | |

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